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Tokyo Black Star - Black Ships (2009)

Publié le 03 mars 2009 par Oreilles
De bonnes fées se sont penchées sur Alex Prat et Isao Kumano dès le début de leur association, à la fin des années 90. D’abord, le New Yorkais Kerri Chandler, qui baptise le duo Tokyo Black Star. Ensuite, le Berlinois Dixon, qui choisit de lancer son label Innervisions avec leur premier EP, Psyche Dance. Né à Paris, Alex Prat a grandi à Bangkok et Tokyo avant de s’installer à New-York. Traveller infatigable et activiste house depuis le milieu des années 1990, notamment aux côtés de DJ Deep et DJ Gregory, il cumule les activités de DJ, producteur, styliste et même traducteur - il a récemment permis aux Japonais de lire le bouquin de notre Laurent Garnier national, Electrochoc. C’est au Japon qu’il a rencontré Isao Kumano, l’un des ingénieurs du son les plus demandés là-bas, véritable maître du mixing et du mastering.
Incarnation parfaite d’une mondialisation musicale particulièrement flagrante dans les sphères électroniques, le duo voyage non seulement dans l’espace, mais aussi dans le temps, en puisant son inspiration dans le disco, le dub, la techno ou la synth-pop des années 80. Cette abondance de citations finit d’ailleurs par handicaper Black Ships. Tandis que “AES-S3” paraphrase le mythique “E2-E4” de Manuel Göttsching, “Sepiaphone” sonne comme un hommage à l’un des plus célèbres groupes japonais, le Yellow Magic Orchestra. Et la liste des emprunts plus ou moins explicite pourrait se prolonger... Autre sérieux défaut : la plupart des tracks, à trop hésiter entre le dancefloor et le home-listening, se perdent dans un entre-deux un peu gênant, ce qui empêche ce premier album de décoller réellement.
Loin d’être indigent pour autant, il offre d’excellents moments, à commencer par le titre d’ouverture, “Powder Dreams”, et “Reincarnation”, tous deux marqués par des nappes de synthé tellement profondes qu’on croirait entendre des pastiches de techno de Detroit - un art de l’outrance dans lequel les Nippons sont passés maîtres. Pour le seul morceau vocal du disque, le binôme invite le poète Rich Medina à déclamer un texte intéressant qui s’éloigne du classique “Relax yourself and let your mind be free” et autres clichetons auxquels la house a trop souvent recours : “Not quite sure where I last lost my innocence/ Maybe I lost it on the road to manhood/ Why is it so hard to exercise due diligence/ Why does being bad feel so good ?”, etc. Finalement, même en ajoutant la montée deep-house de “Caballero”, le bilan reste très mitigé, et une bonne moitié du disque flirte avec la médiocrité et le soporifique.
A noter : Innervisions innove cette année en proposant un abonnement à l’année. Pour 102 euros (tout de même), vous pourrez recevoir les trois albums (dont celui-ci) et les sept maxis à paraître sur le label en 2009, plus quelques goodies. Une formule bien pensée, qui devrait faire des petits.

En bref : Black Ships aurait pu être un grand disque électronique s’il n’hésitait pas en permanence entre clins d’oeil au passé, euphorie techno et poses plus méditatives ou expérimentales. Admirablement réalisé, il propose quelques bons titres mais reste globalement décousu et assez décevant.


L’intégralité de l’album en streaming ici
Tokyo Black Star - Powder Dreams.mp3
Tokyo Black Star - Reincarnation.mp3
Leur Myspace
Le site et le Myspace du label Innervisions

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