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Le dernier flux des choses

Publié le 03 mars 2009 par Menear
Le dernier flux des choses

La ligne D du RER frôle par la gauche (la droite dans l'autre sens des rails) cette casse-auto fichée entre Juvisy et Vigneux. Le train longe dans l'ordre les différentes étapes de désafférentation de la tôle. D'abord les premières carcasses de voitures nues, directement projetées après accidents, pare-brise en l'état enfoncé et hémoglobine tachée sur les sièges en option. Les squelettes sont entreposés phare contre l'autre, des allées de terre molle se dégage des rangées. On a pillé les roues, les pièces nettes, le moteur, les câblages, de sorte qu'il ne reste plus que le seul nécessaire compressible. La grue ensuite aimante par le toit et dépose dans la cuve les prochaines immatriculations à broyer. Le métal des machines-outils, des grues écaillées et des containers vides est bleu, bleu pétrole.
Plus loin les ombres des voitures empilées en colonnes sèches. Ils ont broyé le toit et les vitres ensembles, les armatures transversales ont plié, le verre Sécurit explosé. Ils ont tenaillé fort jusqu'à ce que le pare-choc avant devienne arrière et que les ailes froissées s'inversent à l'intérieur. Le châssis est brisé par les dents-machines, les coffres enfoncés-vides où il n'y a rien à mettre.
Les mains rouillées placent les cubes récalcitrants sur le tapis roulant aux portes du reste. La tôle est opaque de ce côté de l'entrepôt. A l'intérieur les mâchoires s'affairent, écrasent le rien à dents féroces. Il existe autant de forme de destruction douce qu'il y a de matériau ciblé. Différentes étapes pour différentes textures. La marche lente des carcasses vers leur fin est personnalisée, tunée, customisée.
Au bord du tunnel externe, de l'autre côté, la matière qui s'échappe est toujours identique, qu'importent les textures, coloris, finitions. La poudre alu au contact du corps post-formé : tout devient noir et le reste. Le panneau d'éjection des déchets est un long plateau oblique qui monte vers le haut. Arrivé au bord, la substance dernière, le strict volume incompressible, bascule dans le vide au bord, six mètres de fuite au dessus du sol. Dans la boue la bute agglomérée s'érige, ce sont des reflets de 8h15 qui grésillent, les particules d'aluminium qui répondent. Quelque part, dans cette pile de rien, la tâche de sang initiale, le coup de volant massacreur, sont peut-être retenus, à leur tour incompressibles.


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