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Dmitri Medvedev à l'épreuve de l'affaire Ioukos (Courrier International)

Publié le 03 mars 2009 par Aurialie

Merci à Courrier international pour cette traduction d'un article de Natalia Guévorkian sur le second procès de Khodorkovski (paru dans Gazeta.ru).

Le second procès Ioukos s'est ouvert le 3 mars à Moscou. Il offre au nouveau président russe l'occasion de rompre avec l'époque de son prédécesseur. Cependant, rien ne permet de dire s'il est prêt à oublier les méthodes de Vladimir Poutine.

Le second procès Ioukos est le premier procès Ioukos de l'ère Medvedev. C'est aussi une preuve flagrante que cette ère n'a toujours pas débuté, et que nous sommes encore dans l'ère Poutine. Quoi qu'il en soit, si les choses se déroulent comme la première fois, c'est bien le jeune président qui sera éclaboussé par cette affaire. Et il promet d'être intéressant, ce second procès. Tout d'abord, il se déroule à Moscou, au tribunal de Khamovniki [nom d'un quartier de la capitale], ce qui signifie que la presse n'aura pas à aller au bout du monde pour en rendre compte [certaines audiences judiciaires avaient eu lieu en Sibérie orientale].

Pour l'accusation, manifestement, la solution idéale serait que le procès se tienne sans témoins, sans avocats et sans couverture médiatique. Il serait alors plus simple d'accuser l'ancien PDG de Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, et son ex-associé, Platon Lebedev, d'avoir, entre 1998 et 2003, fait disparaître 350 millions de tonnes de pétrole. Selon les chiffres officiels, Ioukos et ses trois filiales auraient extrait en tout 347 millions de tonnes d'or noir durant cette fameuse période. Cela voudrait dire qu'ils auraient détourné l'ensemble de leur production, et même un peu plus. L'argent que représente ce pétrole volé équivaudrait, d'après l'instruction, aux bénéfices de la société sur cette période.

Mais, au fait, avec quoi ont-ils payé pour les années concernées près de 17 milliards de dollars d'impôts, une somme que la justice a trouvée insuffisante, ce qui a constitué l'objet du procès précédent [en 2005] et le moyen d'anéantir Ioukos ? Si je comprends bien, ce dont on accuse aujourd'hui Khodorkovski est en totale contradiction avec le verdict du premier procès : il aurait volé tout l'argent gagné entre 1998 et 2003, alors qu'on l'a condamné pour ne pas avoir payé tous ses impôts. Du coup, à quoi riment les huit années d'emprisonnement qu'il est en train de purger ? Des gens intelligents m'ont répété que le pouvoir a maintenant bien d'autres soucis que Khodorkovski, et qu'il doit avant tout s'occuper de la crise. C'était ce que je pensais aussi. En effet, ce deuxième procès a lieu dans un pays qui n'a plus rien à voir avec celui du premier. A l'époque, le prix du pétrole s'emballait, le pouvoir jouait sur du velours, les gens avaient du travail, des revenus, ils étaient contents de leurs dirigeants, et aucun des dix plus grands oligarques n'avait été mis en prison. Mais au fond, peut-être que, dans la grave situation actuelle, un nouveau procès mettant en cause un oligarque tombe à pic ? Comme me l'a dit récemment un de mes collègues, le pouvoir dispose toujours, au pire, d'une formule qui a fait ses preuves : "Sus aux oligarques".

Pourtant, j'ai l'impression que même une foule avide de grand spectacle aura du mal à comprendre pourquoi on monte un nouveau show en reprenant les mêmes acteurs, qui sont déjà en détention et dont on ne peut plus rien tirer. La Russie est dirigée par deux juristes [telle est la formation universitaire de Medvedev et Poutine]. Poutine, on le connaît à peu près. Mais Medvedev ? Je l'ai déjà dit et je le répète, ce n'est pas "son affaire", et pourtant elle le deviendra dès l'ouverture du procès devant le tribunal de Khamovniki. Je ne pense pas que Dmitri Medvedev ait rêvé de cela. Mais c'est ainsi. Il sera jugé, entre autres, sur ce qui se passera lors du deuxième procès de Khodorkovski et de Lebedev, par les élites russes et étrangères. Et même, dans une certaine mesure, par une partie des simples citoyens, ceux qui réfléchissent et qui, depuis plusieurs mois, ont perdu le réflexe de manifester une joie infantile à propos de chaque décision du gouvernement. Quelle que soit la vraie structure du pouvoir, il tente de faire croire qu'il a deux visages. Avec le tribunal de Khamovniki qui reprend le rôle du tribunal de Basmanny [autre quartier de Moscou, où avait eu lieu le premier procès], cette illusion vole en éclats.

On peut toutefois ne pas réitérer l'erreur de Poutine. Celle-ci a entraîné un très grand nombre d'erreurs connexes qui ont mené le pays dans la siutation actuelle. Medvedev peut encore fixer ses propres priorités, en préférant, par exemple, le droit au populisme. Il a encore le choix, a condition bien sûr que ce soit effectivement lui qui rédige l'histoire de sa présidence.

Source photo : Le Monde


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