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Revanche

Par Rob Gordon
RevancheS'il est difficile d'adhérer totalement à un tel film, on peut néanmoins comprendre pourquoi Revanche a été nommé à l'Oscar du film étranger. Par sa construction en deux actes et sa psychologie poussée, le film de l'autrichien Götz Spielmann parvient en effet à créer une sorte de fascination. On en voit déjà chausser leurs gros sabots et citer Haneke, comme à propos de tout film tourné à moins de 1000 kilomètres de Vienne : la froideur pratiquée par Spielmann est bien différente, car moins austère, moins clinique, en simple adéquation avec la psyché du héros.
Deux actes donc. Dans le premier, l'homme de main d'un proxénète décide d'emmener Tamara, la prostituée qu'il aime, loin de cet univers peu propice à l'épanouissement d'un amour. À la façon de bien des duos mythiques ou ayant voulu l'être, les deux amants fuient vers des lendemains meilleurs, mais Alex commet l'erreur d'aller braquer une banque entretemps. Ce qui amène au deuxième acte : un policier tire, tue Tamara, et Alex se réfugie chez son grand-père pour se faire oublier. Avant de découvrir que le flic en question habite à deux pas de là... D'où la possible revanche du titre, à ceci près que le film de Spielmann n'est pas franchement un polar. Plutôt un drame un peu glauque mais terriblement humain sur un homme qui s'est vu grand et beau, a finalement tout perdu, et ignore comment clore cette sordide parenthèse.
Le problème de Revanche, c'est que si le metteur en scène évite soigneusement de livrer un film purement clinique ("à la Haneke", comme dirait l'autre), l'ensemble reste trop froid pour que s'installe une envie de compassion et d'identification avec le personnage principal. Aussi solide soit son interprète, Alex restera jusqu'à la fin un étranger, dont le destin ne nous laisse pas indifférent mais dont la pensée profonde n'arrive pas jusqu'à nous. Demeure l'impression d'avoir vu un film mis sous cloche pour éviter tout contact humain. Ce qui ne pose pas de problème chez Haneke (jamais deux sans trois), celui-ci souhaitant laisser le spectateur à l'extérieur, comme condamné au voyeurisme à perpétuité. C'est plus embêtant chez Spielmann, qui voudrait que chacun puisse se mettre à la place du héros, ceci devenant impossible du fait de la distance imposée par la mise en scène. Que cela n'empêche pas de découvrir ce drame jamais ennuyeux mais péchant un peu dans la cohérence forme / fond.
6/10

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