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William Carlos Williams/Beauté

Par Angèle Paoli
« Poésie d'un jour
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BEAUTÉ

Beauté

   ― toute la ville détruite ! Et

les flammes qui s’élèvent

  


   comme une souris, comme

   une pantoufle rouge, comme

   une étoile, un géranium,


   la langue d’un chat ou ―


   la pensée, la pensée


     qui est une feuille, un


   caillou, un vieillard


   droit sorti d’une histoire de


   Pouchkine   .


   Ah !


   des poutres pourries qui


   s’écroulent,


     une vieille bouteille


pulvérisée


La nuit ressemblait au jour à cause des flammes, flammes


dont il se nourrissait ― creusant la page


   (la page en flammes)


comme un ver ― pour mieux comprendre


Que nous buvons jusqu’à l’ivresse pour être finalement


détruits (par cette nourriture). Mais les flammes


sont flammes avec une exigence, une outrance destructrices


qui leur sont propres ― comme il y a des feux qui


couvent


   couvent très longtemps sans jamais


s’embraser


   Des papiers


   (consumés) éparpillés au vent. Noirs.


   L’encre brûlée à blanc, le métal à blanc. Ainsi soit-il.


   Viens, beauté transcendante. Viens vite. Ainsi soit-il.


   Poussière entre les doigts. Ainsi soit-il.


   Viens, futilité déguenillée. Triomphe.


   Ainsi soit-il.



William Carlos Williams, Paterson, José Corti, 2005, pp. 126-127. Traduit par Yves di Manno.
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