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Le coup de chaud / xi

Publié le 16 mars 2009 par Lejournaldeneon


(ROMAN EN LIGNE)
LE COUP DE CHAUD
-11-
Un roman... et c'est évidemment Tony™ qui s'y recolle ! Sacré Tony ™ ! Un roman... ou une somme de lignes superposées au mouvement de l'air ambiant. Un de ces procédés écologiques pour dire la couleur verte qui lui coule dans les yeux au lieu d'une industrie lourde incapable de le distraire vraiment. Un roman... disons plutôt une correction à la volée d'un vieux manuscrit laissé pour compte par faute de temps, l'été 2003. Le coup de chaud... où ce qui arrive à force de prendre des douches froides au travers du cadre strict d'une météo de merde. Le coup de chaud ou une façon de décliner un paquet d'histoires anciennes, des engrenages, la mécanique rouillée des passions en retard. L'effort illuminé d'en découdre avec ses vieilles leçons de voyages, les malles défaites un peu partout dans le coeur de gens admirables et réconfortants. Le coup de chaud... comme on dirait : de La poésie, le cinéma... un tas d'emmerdements à la fin.
(PUBLICITÉ)
CHAPITRE 6
MORT AU PILIER DU FRENEY
(DEUXIÈME PARTIE - FIN )
La nuit s’annonçait magnifique. Avant de sauter dans la dernière benne du téléphérique de l’aiguille chargés de tout leur matériel d’escalade, Antoine prit la peine de téléphoner à sa mère. Un rituel auquel il ne dérogeait jamais. ni l’un, ni l’autre n’avait évidemment le moindre moyen de s’en douter, mais à ce moment précis des toutes dernières précautions d’usage, et d’un ciel bleu, dense et presque noir où pointeraient bientôt les premières étoiles... Madeleine et Antoine se parlèrent pour la dernière fois. Elle l’embrassa très fort à plusieurs reprises et Antoine ressentir ses lèvres humides et chaudes, réconfortantes sur ses joues. Un court instant, les yeux plantés dans la grâce du couchant, il pensa au papillon... se dit qu’il devrait un jour renseigner sa mère d’une vague préférence qu’il éprouvait pour les papillons au lieu des rats, mais s’avisa de n’en faire rien pour cette fois. L’esprit d’Antoine grignotait la ligne d’horizon accablée sur les crêtes occidentales pendant que Madeleine se rongeait le sang dans son luxe inutile de recommandations. Sa mère lui fit promettre de faire attention à lui, de ne prendre aucun risque inutile, de ne rien envisager qu’il puisse regretter ensuite... Madeleine fit comme font toutes les mères du monde dans ces cas-là, puis raccrocha. Les ombres du Brévent achevaient d’embarquer l’architecture typiquement savoyarde, et le béton gris des constructions nouvelles, sans distinction de classe. La montagne, immense colosse, prit le relais sous la forme d’une silhouette monumentale en mouvement sur la ville. Puis ce fut le rugissement métallique du téléphérique s’arrachant du monde veule, amorphe et ses reflets violets, vers les hautes sphères éclatantes.
Le lendemain vers onze heures trente, La bonne retrouva sa patronne debout sur un fauteuil à médaillon, nue ou à peu près nue... installée juste au pied de la fenêtre ouverte de la chambre d’où l’on aurait juré que Madeleine avait pris la décision de s’envoler !... L’employée de maison tenta tout ce qu’elle pu afin d’essayer de ramener Madeleine dans l’alignement d’une ère d’atterrissage plus propice, mais n’en trouva pas la force suffisante. Une véritable hystérique.
-Voulez-vous que j’appelle Monsieur ? Répétait la bonne...
Madeleine ne répondait plus qu’en jurant, ou par de longs râles stridents.
-J’appelle le docteur madame. Faites pas de bêtise, je l’appelle tout de suite... Terrifiée, l’employée avait composé le numéro du médecin de famille, mais avait avalé sa langue en même temps.
Pierre et Antoine n’étaient plus qu’à quelques longueurs de corde du sommet. Ils attaquaient la traversée difficile qui mène au grand dièdre-cheminée surplombant. Antoine, engagé sur quelques prises mal-aisées avait tout d’abord ressenti des picotements comme des fourmillements aux extrémités des doigts. C’est à peu près au même instant que Pierre remarqua l’énorme masse noirâtre se comprimer au-dessus d’eux. Les jambes d’Antoine se mirent à flageoler, légèrement pour commencer, mais qui communiquèrent en ondes successives et de plus en plus fortes au reste du corps, comme un frissonnement.
-Vacherie de merde, qu’est-ce que tu fous ?!... Pierre voyait l’issue de leur aventure se dessiner en une suite logique de verticales tirées vers le bas. Il était 11h30 ce dimanche matin, c’est-à-dire 66 heures et 30 minutes exactement après qu’ils eurent quitté la vallée de Chamonix par le téléphérique. Soit 12 heures d’escalade depuis le col de Peuterey. À 11h31 calculait Pierre... Antoine décrocherait « de ce putain de pas de VI » (selon l’échelle de cotations proposée par Lucien Devies pour les alpes occidentales, et qui coïncidait pour le VIe degré aux limites des possibilités humaines). À peine une seconde plus tard, il l’entraînerait lui, dans une chute que rien ni personne alors ne pourrait enrayer, lui... ses savants calculs et sa panoplie de petit géomètre. Aussi et en conséquences tragiques de quoi ; considérant encore de l’ordre de la minute... le temps qu’il leur faudrait pour parcourir le segment de droite précédemment cité sous la forme du Pilier central : Pierre estima À 11h32 au grand maximum, le moment où ils auraient rejoint le col Italien par la voie la plus courte. Un record de descente toutes catégories. La grande classe !
Antoine enviait tout de même cette faculté de Pierre à pratiquer le calcul mental avec autant d’esprit, sincèrement ! Mais pas ce jour-là, non ! Pas cette fin de matinée juste avant midi. Pierre, son frère de courses. Un génie de la règle des trois et de la preuve par neuf ; un savant considérable en système métrique ; un accro des chiffres ronds, des nombres proportionnels et inversement... Le Georges Mallory du pourcentage, le Paul Preuss(X) de la racine carrée... Avec un peu de chance, on l’aurait même plus tard embauché à la SNCF ou au service des sports d’un journal télévisé. Mais pas tout de suite, pas maintenant ! Pour l’heure, l’arpenteur bloquait sur le zéro, le trouillomètre figé sur le premier chiffre d’un alphabet quantique qu’il maîtrisait pourtant mieux que personne. L’aventure de leur vie, « le tournant décisif », l’aurore de leur fortune prochaine... basculait indubitablement du côté des chiffres impairs, et de leur stricte part variable... Dans un instant, Antoine allait planter-là, au comble d’un vide affreux, les plus beaux rêves de son avenir d’expert géomètre. Tout était joué, « comme deux et deux font quatre »... Antoine allait lâcher prise. Ils mourraient tous les deux comme Antoine parlait toujours d’un grand éclat blanc à la fin. Voilà Tout.
-X- Paul Preuss. Grimpeur autrichien célèbre pour ses ascensions de parois difficiles en solitaire. Une référence dans le domaine qui servira d’exemple à beaucoup de grands alpinistes qui suivront comme le tyrolien Reihnold Messner ou encore Patrick Edlinger d’origine toulonnaise. Preuss fut l’auteur d’un théorème appliqué à cette discipline dont un des point essentiels consistait en cette simple formule. À savoir que le principe de sécurité dérive d'une honnête estimation de ses capacités, et non de l'utilisation de moyens de progression artificiels. Preuss meurt en octobre 1913, après une chute de 300 mètres alors qu'il gravissait en solo la face nord du Mandlwand.
Le grimpeur de tête, sentit la force considérable de la terre aimantée ; toute la puissance des atomes. Mais le garçon ne cria pas d’instinct. « Immortel... » persuadé d’une assurance individuelle unique contre les aléas des grandes énergies cosmiques ; protégé des trous noirs et de toute la matière instable. Les anges célestes n’expirent-t’ils jamais qu’à la stricte limite des fournaises sidérales ?
Au même moment, Hélène ressentit l’abîme brûlant ; mille flammes infernales... et une multitude d’archanges célestes complètement dépassés face à la puissance terrible du grand incendie. Le moment exact où la mère d’Antoine tenta d’engager le pire des combats contre les forces réfugiées en une commissure calcinée de son ventre pillé. La pire des batailles. Un vrai carnage ! Mais Hélène ne se laisserait pas faire... Non, Hélène ne laisserait pas son petit Antoine supplicié de telle manière, infâme... sans réagir. Hélène sauverait son petit ange, son martyr, oui, quitte à se faire cramer elle-même dans l’ypocauste de la maison de son fils prodigue, et pour l’éternité éternelle... Son artiste, son petit rat d’amour... son angelot, son petit bout de mulot à elle...
Antoine n’avait éprouvé qu’une chaleur intense lui traverser le corps ; un éclair fulgurant. La foudre s’était abattue sur la paroi qui gardait encore son odeur écœurante. À quelques mètres... ou quelques centimètres seulement de la cordée. La frayeur de leur vie, mais saufs. Une simple manœuvre d’intimidation. Faible, pauvre argument ! Le cœur de l’orage, lui, s’était déplacé plus à l’Est, et la neige qui tombait maintenant sur les dalles lisses de protogyne menant au sommet, conférait à cette fin d’expédition le caractère singulier, d’un monde tout entier, qui recommencerait.
À 12h30 l’équipe marchait sur l’arête du brouillard en héros. Trois heures plus tard, selon les prévisions de Pierre, la cordée tiendrait sa victoire définitive au sommet du Mont-blanc. Dans une sorte de joie confinant à l’euphorie, l’élève ingénieur s’accorda la faveur d’un dernier calcul...
-4606m... Encore 201m et c’est gagné mon pote !
Ce furent ses derniers mots. Pour une raison inconnue, le garçon se détacha du Cordon ombilical qui le reliait à son compagnon depuis la veille, et disparut à jamais dans la tempête.
Marie avait écouté l’histoire d’Antoine, serrée tout contre son corps bouillant. Pour la première fois, la jeune femme s’était rendu compte de son amour pour lui. Son amant... Son amant d’alpiniste d’Antoine, son Antoine aujourd’hui photographe ou tout ce qu’il pouvait bien lui faire plaisir d’imaginer être encore pour tenter de l’épater !... Elle et son p’tit cul. Elle fut aussi un peu triste pour Tony, mais c’était déjà trop tard. Marie n’avait pas envie d’y penser, pas maintenant ! Marie ne voulait plus penser à rien justement. Je crois qu’ils écoutaient un truc d’Edith Piaf à ce moment-là. Paris, cet air d’accordéon lancinant. Paris... Montparnasse et le café du dôme, les faubourgs, le quartier latin, les Tuileries et la place Vandômeuh... Antoine aimait beaucoup les sonorités, le timbre de voix de la nana de Paname. Ses vieilles voix étranges et ronronnantes dans l’arrière-plan sonore craquelé... Tout ce qui lui rappelait son enfance avec sa mère. Ces souvenirs d’un cinéma réaliste en noir et blanc, un peu chiant aussi.
Marie sut qu’Antoine repartirait encore loin d’elle. Elle sut qu’elle aurait mal encore une fois, qu’elle aurait encore froid et qu’elle pleurerait sûrement.
Alors Marie s’occuperait de son petit Jules... Marie entourerait Jules d’un amour total qui l’accompagnerait chaque jour, chaque nuit, à chaque seconde... Ça lui prendrait beaucoup de temps bien sûr ! pas assez pourtant... Non, pas assez pour occuper les absences d’Antoine. Lui, continua de parler, de chercher une explication rationnelle, évidente à la chute de Pierre. C’était il y a longtemps déjà, cette perte de mémoire subite, cette amputation d’un frère, son seul et véritable ami. Elle, Pleura sur L’hymne à l’amour avant que le disque ne s’arrête de tourner. L’année 1968.
Toutes ces questions qu’Antoine C. Beauregard se posait sans cesse étaient consignées dans ce qui représentait aujourd’hui une collection assez conséquente de carnets scrupuleusement numérotés. Les carnets d’Antoine et ceux de sa mère.
« Qu’est-ce qu’il croyait ce p’tit con !?... »
(À SUIVRE)
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