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L'Histoire vue par les enfants

Par Shalinee
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Nancy Huston est née en 1953 à Calgary au Canada, et elle vit à Paris depuis les années 1970. Dans Lignes de faille (Actes Sud, 2006 – Prix Femina 2006), elle convoque à rebours l’imaginaire et le vécu de quatre personnages d’une famille juive, lorsqu’ils avaient six ans, et balaie plus d’un demi-siècle d’Histoire.


Lignes de faille nous propose un regard insolite sur les grands événements de la politique internationale : celui d’une lignée de quatre narrateurs, qui ont tous en commun d’avoir six ans au moment où ils nous livrent leur récit. Tout d'abord celui de Sol en 2004 ; puis son père Randall en 1982 ; Sadie sa grand-mère en 1962 ; et enfin Kristina son arrière-grand-mère en 1944. Cette progression à rebours permet à l’auteur de mettre en perspective les histoires intimes de ces personnages et les relations intergénérationnelles qui les unissent, sans oublier la grande Histoire dessinée en filigrane.


Chacun des personnages a en effet été marqué d’une façon ou d’une autre par un grand conflit international, de la Seconde Guerre mondiale à la guerre en Irak. Dans un style et un ton fidèles à ceux des enfants, l’auteur nous offre leur perception tantôt cruelle, tantôt bouleversante de la vie. Le premier récit nous plonge par exemple dans l’histoire de Sol, qui prend un plaisir sadique à regarder des vidéos macabres sur la guerre en Irak en ligne, alors que son père nourrit une haine latente envers les Arabes. Dans un tout autre genre, Sadie raconte avec beaucoup de sensibilité l’amour qu’elle ressent pour sa mère, et qui semble s’être effacé une fois qu’elle est devenue adulte.

Tout l’intérêt de cette construction chronologiquement inversée du livre est de mettre en relief l’évolution des personnages de l’enfance à l’âge adulte, et d’examiner les raisons des bouleversements qui ont eu lieu chez eux. C’est ainsi que se révèlent peu à peu des blessures intimes et des lourds secrets de la filiation, liés essentiellement aux guerres qu’ont vécues les personnages. Nous comprenons par exemple que l’origine de la haine de Randall envers les Arabes provient d’une histoire d’amour ratée avec une jeune Arabe en Israël, dans le contexte difficile du conflit israélo-palestinien.

Même si le point de vue des enfants sur les guerres n’a rien de nouveau dans la littérature, Nancy Huston a su réinventer la façon d’écrire l’Histoire, en démontrant comment elle façonne les caractères au fil du temps. À travers le regard et l’imaginaire de ces quatre enfants, à qui l’on a transmis de génération en génération le douloureux poids de l’Histoire, elle nous démontre que l’un des plus grands méfaits des guerres, c’est aussi la perversion de notre innocence à nous.

Le lendemain matin, pendant que maman se sèche les cheveux dans la salle de bains ce qui veut dire que j’ai dix bonnes minutes devant moi, je vais sur le Net et absorbe les images d’Abou Ghraïb. Les mecs sont empilés les uns sur les autres, à genoux, (...), on voit beaucoup de chair arabe qui n’est ni noire ni blanche mais d’une couleur brun-or, et les soldats US hommes et femmes ont l’air de prendre leur pied à se faire photographier avec tous ces Arabes nus et à se moquer d’eux et à les tenir en laisse et à les accrocher à l’électricité et à les obliger à s’enculer ; mon pénis devient très dur mais je en me frotte pas parce que je n’ai pas le temps.



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