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S'en fout la mort

Publié le 16 mars 2009 par Stéphane Kahn

S'en fout la mort On ne se connaiss ait pas.

Pourtant, je vais te tutoyer.

Pas plus qu'après Vilnius...

Il y a tes disques, tes chansons qui, elles, ne meurent pas, volutes incandescentes pas près de partir en fumées. Nos vies, tu les as suivies, tu les as racontées, tu les as précédées, compagnon de route essentiel autant que discret. Tu n'étais pas le seul. Non, vraiment pas. Des fois, même, j'oubliais à quel point tu étais important. Puis deux disques le rappelèrent sans sommation. Evidents. Sublimes. En 1998 puis en 2002. Fantaisie militaire puis L'imprudence.

Samedi après-midi, d'ailleurs, je t'écou tais. Rétrospectivement, c'est troublant. Forcément. C'était le deuxième CD de Confessions publiques. Hasard total. Du "live" pour conjurer la mort. J'avais aussi ressorti le 33 tours de Roulette russe (une envie, comme ça, de le réécouter depuis la lecture toute fraîche du Gaby de Marc Besse) mais je n'avais pas eu le temps de le poser sur la platine. Le temps me pressait moi aussi, mais pour des raisons bien plus anecdotiques que celles qui te firent emprunter ton dernier express.

On parlait beaucoup de toi depuis deux semaines.

Je ne t'avais pas vu ce fameux soir de fin février pour ta dernière apparition devant des caméras. Un triomphe paradoxal, une ultime boutade à la Faucheuse, dirent-il... Ton enterrement public peut-être, déjà... Tous ces commentaires tenant à distance la musique pour apprivoiser l'idée d'un départ m'indifféraient. Non, m'agaçaient, plutôt. Tout autant que cette dernière tournée à laquelle je ne voulais pas trinquer, sans doute pour de mauvaises raisons. Pas envie que tu deviennes un Monument. Pas envie d'aller te voir une dernière fois en me disant "Vite, vite, tant qu'il est encore temps". Les "J'y étais", plutôt envie de les laisser aux autres...Tiens, par exemple, à cette connaissance trop heureuse de me lâcher tout à l'heure au téléphone qu'elle aurait dû aller te voir après-demain au Grand Rex...

Ce soir, toujours sur la ligne blanche, je ne suis pas malheureux. Remettre tes disques, entendre ta voix, c'est bien. "S'en fout la mort", disait Claire Denis qui te shoota pour un clip. Ta musique, donc, elle, est bien là, qui résonne dans les grands espaces. Elle n'est pas près de s'arrêter. Pas de fading pour elle, toi qui nous habituais, toujours chantant - debout, volontaire, imprudent - à l'idée du pire depuis un an... Sur cette route où ta voix partagea (et continuera de partager) avec tant d'autres la bande-son de nos vies, rien ne change fondamentalement. Juste qu'il n'y aura plus, aux prochains virages, tes mots, tes notes, pour habiller nos nouveaux paysages.


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