...De MICHAEL CHABON
ETATS-UNIS,2009
Micheal Chabon est avec Jonathan Safran Foer l'un des jeunes prodiges de la littérature juive américaine. Les
héritiers de Philipp Roth mais avec un piment d'imagination et d'humour. Chabon a participé entre autre au scénario de Spiderman 2. Son plus célèbre roman, Les aventures de Kavalier et
Clay a remporté le Prix en 2001: on y voit le Golem cohabiter avec les super-héros !
Le club des policiers yiddish ne manque pas de piquant non plus puisque ce roman
mélange uchronie, roman policier et considérations géopolitiques actuelles. Imaginons qu'après la Seconde Guerre Mondiale, Israël ne fut pas créée sur la Terre Promise....mais en Alaska !!! Les
Juifs cohabitent donc avec les Indiens et les ours depuis cinquante ans. Mais les Etats-Unis ont prévu la rétrocession du territoire de Sitka ....les Juifs vont encore devoir vivre une période
d'exil.
C'est alors que le fils (junkie et homosexuel) du rabbin local de la communauté orthodoxe est retrouvé assassiné dans l'hôtel minable ou réside le policier Meyer Landsmann, dépressif mais dur à
cuire.
Accompagné de son cousin Berko et de son ex-femme (désormais devenue sa chef !), il va mener l'enqûete avec des méthodes....pas très juives !
Et voila partie la joyeuse bande sur le territoire des juifs ultra-orthodoxes, les "Verbovers" : le rabbin, le gardien des frontières (qui est le gardien des fils électriques censés délimiter le
territoire du shabbat !), les vaches rousses, les centres de désintoxication....Un monde fou où l'enquête va débusquer un complot international digne d'un conflit post-11 septembre...
On admirera les situations toujours rocambolesques ( lorsque Landsmann s'évade avec un matelas...Hilarant !), les déboires sentimentaux des personnages, la caricature du milieu orthodoxe. Mais
l'humour est au service d'une critique des dérives de l'extrémisme et des considérations géopolitiques actuelles. L'uchronie ne sert qu'à dénoncer les conflits actuels.
Un récit mené tambour battant dans une langue très inventive et colorée. On retiendra les multiples termes issus de l'argot ou du parler populaire yiddish et une poésie incongrue née de l'usage
de métaphores et de comparaisons très fantasques : le rabbin est "une montagne informe, un dessert géant dévasté,
une maison de B.D. aux fenêtres condamnées et à l'évier qui fuit » qu'un enfant « a dû modeler » en réunissant « la pâte de ses bras et de ses jambes à celle de son
corps » avant de « coller sa tête par-dessus » !!!
Du pur divertissement bourré d'intelligence !