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OTAN : la Turquie y a-t-elle encore une place ?

Publié le 30 mars 2009 par Roman Bernard

Vendredi et samedi aura lieu le Sommet de l'OTAN à Strasbourg et à Kehl, pour les 60 ans de l'organisation atlantique. Il est à envisager que les débats tourneront surtout autour de la décision de la France de réintégrer le commandement militaire intégré, 43 ans après celle du général de Gaulle de le quitter. Une formidable hypocrisie fera dire aux socialistes et centristes, dont les prédécesseurs Guy Mollet et Jean Lecanuet avaient critiqué le retrait de 1966, que la France " intègre ", " rejoint " ou " réintègre " l'OTAN, alors qu'elle ne l'a en fait jamais quittée. Que la décision de Nicolas Sarkozy avait été envisagée par François Mitterrand et Jacques Chirac, en leur temps, n'en déplaise aux chiraco-villepinistes. Que c'est bien mal connaître le Général que d'en faire un anti-américain primaire, lui qui a toujours soutenu les États-Unis en période de crise, comme celle des missiles soviétiques de Cuba, en 1962.

Bref, que les gaullistes n'ont pas le monopole de De Gaulle, et que dans le contexte de 2009, le Général serait probablement bien plus atlantiste qu'il ne l'était en 1966.

Et qu'enfin, si les Français et les Européens continentaux veulent vraiment ne pas être " inféodés à l'Oncle Sam ", il existe une solution simple : augmenter leurs dépenses militaires à la hauteur de celles des États-Unis, et faire avancer la PESD, afin de pouvoir parler d'égal à égal avec eux au sein de l'Alliance atlantique, dont aucun politique sérieux ne remet en cause l'existence, attendu que c'est elle, et non la construction européenne, qui a imposé la paix à un Vieux Continent en perpétuelle guerre civile.

Ce faux-débat, qui ne devrait même pas avoir lieu tant la décision sarkozienne relève plus de la cohérence que de l'audace, risque d'en occulter un autre, bien plus crucial.

Il s'agit de la légitimité de la présence de la Turquie dans l'OTAN, que Barack Obama entend réaffirmer lors de sa visite à Ankara, lundi et mardi de la semaine prochaine.

Harry Truman et la doctrine du containment
Il convient de rappeler que si la Turquie a rejoint l'OTAN en 1952 (ainsi que le Conseil de l'Europe en 1950), si elle a bénéficié du Plan Marshall à partir de 1948, c'était en application de la doctrine Truman de l'" endiguement " ( containment).

Il fallait en effet éviter que l'URSS fît entrer la Turquie dans le camp soviétique. Les Occidentaux se sont donc alliés à la Turquie pour la même raison qu'ils s'étaient alliés à l'Empire ottoman lors de la Guerre de Crimée (1853-1856) : empêcher la Russie de contrôler les détroits du Bosphore et des Dardanelles. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le péril pour la Turquie devenait communiste en plus d'être russe.

La dislocation du Bloc soviétique et l'effondrement de l'URSS auraient dû rendre caduque la présence de la Turquie, qui, à la différence de l'après-guerre, n'était plus menacée. Mais jusqu'à récemment, cette présence n'a pas posé de problème excessif.

Veto contre la liberté d'expression
La succession du secrétaire général, le Néerlandais Jaap de Hoop Scheffer, en juillet prochain, pose le premier problème majeur : le favori, Anders Fogh Rasmussen, Premier ministre du Danemark, pourrait subir le veto de la Turquie... en raison des caricatures de Mahomet publiées en 2005 par le journal danois Jyllands-Posten.

Rasmussen avait en effet défendu leur publication au nom du respect de la liberté d'expression. Une fermeté qui pourrait lui coûter sa probable nomination.

Qu'un État-membre, au mépris du respect de la liberté d'expression qui est l'une des valeurs fondatrices de l'Alliance atlantique, puisse opposer son veto à l'élection de son secrétaire général tend à prouver que la Turquie n'y a plus sa place depuis 1991.

Avant de pouvoir répondre définitivement à la question posée dans le titre, il faudra attendre le résultat de cette nomination. La réponse sera positive en cas de veto turc.

Cela relance parallèlement le débat sur l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, comme je l'ai fait dans un article en décembre :

[O]n peut penser à l'interview récente de l'ancien Premier ministre français et avocat de l'européanité de la Turquie, Michel Rocard, lequel ne définit l'identité européenne que sur de purs critères économiques, et plaide ainsi pour une intégration de la Turquie à l'Europe. Cette démarche n'est pas raisonnable, pas plus que ne l'est celle, symétriquement opposée, des opposants à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne comme Nicolas Sarkozy, qui se contente de dire que la Turquie est en Asie mineure, alors qu'Istanbul, l'ancienne Byzance/Constantinople, est située en Thrace, et qu'elle enjambe allègrement par ses ponts ce détroit du Bosphore dont d'aucuns croient pouvoir faire une " frontière " de l'Europe. À la vérité, l'identité européenne, qui n'est qu'un sous-ensemble de l'identité occidentale, ne repose pas sur des critères géographiques : l'Islande est isolée dans les mers arctiques, et nul n'osera prétendre qu'elle est moins européenne que la Turquie. Si l'identité européenne n'était que géographique, il conviendrait alors de dire que la Turquie, pour être européenne, n'est pas occidentale et ne peut donc pas intégrer l'Union.
[...]
Quelle qu'ait été l'occidentalisation, suivant les modèles politique français et économique allemand, opérée par Mustafa Kemal Atatürk dans les premières décennies de la République turque, on voit bien[,] du fait des victoires électorales récurrentes des islamistes " modérés " de l'AKP du Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, que la Turquie ne peut intégrer l'Union.
Roman Bernard Criticus est membre du Réseau LHC.

À lire aussi, l'article de la membre de LHC Polluxe.


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