Magazine Beaux Arts

A l’hôtel des impôts (Münster 1)

Publié le 06 septembre 2007 par Marc Lenot

Skulptur Projekte, à Münster, jusqu’au 30 Septembre.

Tous les dix ans, la petite ville de Münster organise ce festival de sculpture en plein air. Sculpture au sens large, rapports de l’art et de la ville, installations. Certaines des oeuvres présentées depuis 1977 sont toujours en place, aux côtés du cru de cette décennie. Le visiteur se livre à une chasse au trésor dans la ville, armé d’un plan sommaire, d’un parapluie indispensable, et éventuellement d’un vélo. Les jolies Münsteroises à bicyclette le regardent d’un air narquois et tendre, et daignent parfois l’aider à trouver le Penone caché derrière un arbre ou le cercle de Morellet tracé au sol.

Je suis donc entré dans l’hôtel des impôts de Münster, endroit imposant et toujours un peu culpabilisant, mais j’y suis entré par une fenêtre, en haut d’un échafaudage, comme par effraction. Là, trois vélos d’exercice attendent : on s’installe, on pédale et un film se déroule sur l’écran fixé au guidon. Plus je pédale vite, plus le film s’accélère; si je rétropédale, le film se déroule à l’envers. Dans le film, un homme d’une quarantaine d’années, sa fille et son fils visitent un musée; le gardien somnole. Le jeune garçon s’attarde devant quatre sculptures : la tête de taureau de Picasso, la roue de bicyclette sur un tabouret de Duchamp, le cyclograveur de Tinguely et les batteries détruites de Beuys. Il lui faut peu de temps pour repérer ici un guidon et une selle, là un cadre, des roues, et enfin, chez Beuys, une pompe. Nos trois lascars démantèlent les sculptures, assemblent un vélo et partent visiter Münster et les sculptures qui ornent ses rues et ses parcs. Sur un mode léger, c’est un travail intéressant sur la destruction et la regénération : un vélo détruit pour faire une sculpture, des sculptures détruites pour faire un vélo et pour aller voir d’autres sculptures. J’aime bien ces citations, cette mise en abyme; j’aime aussi la mise en scène, le fait que, visiteur, je sois le moteur même de la projection. C’est de l’Israélien Guy Ben-Ner et c’est intitulé “Je te le donnerais si je pouvais mais en fait je l’ai emprunté“.

Deux autres oeuvres, au moins, jouent aussi de la citation d’autres sculptures. L’installation de Dominique Gonzalez-Foerster reprend sur une pelouse, à échelle réduite, certaines des sculptures disséminées dans la ville lors des éditions précédentes : c’est fade et tristounet. Par contre les deux compères scandinaves Michael Elmgreen et Ingar Dragset ont concocté une pièce de théâtre, jouée deux jours seulement, mais dont on peut voir la vidéo, titrée Drama Queens. Les six personnages (plus un intrus de dernière minute, pour son quart d’heure de gloire) sont des sculptures; elles parlent, elles se déplacent sur scène, elles dansent. Chacune a sa personnalité, son style, son accent. L’homme qui marche, de Giacometti, marche sans répit, sombre et mélancolique. Le berger des nuages, de Arp, est un beau ténébreux romantique et séducteur, dont s’éprend Elegy III, de Barbara Hepworth, Anglaise distinguée et fragile. Quatre cubes, de Lewitt, théorise et pontifie, pendant que Sans titre (Granit) de Rückriem jure avec l’accent allemand, tempête, réclame une bière. Le lapin de Jeff Koons, surexcité et vibrionnant, donne son rythme à la pièce. Ces sculptures habituées aux visiteurs de musée s’étonnent de l’audience passive du théâtre et profèrent au passage quelques “vérités”; on rit beaucoup et on sort la tête pleine. Deux belles réflections sur la sculpture !

Photos 1 et 3, courtoisie de Skulptur Projekte; photo 2 de l’auteur.


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