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Ana Moura au Trifolion

Publié le 06 avril 2009 par Paulo Lobo
Je l'ai attendue, elle est venue et elle a vaincu! Enfin, Ana Moura a donné un concert au Luxembourg, et en plus dans l'une des plus belles salles du pays, dotée d'une acoustique pure comme l'eau de roche, le Trifolion. Dans mon petit imaginaire culturel, l'événement était de taille, je connais et suis Ana Moura depuis quelques années, je l'ai découverte dans le cadre intimiste de la Casa de Linhares à Lisbonne, avec en accompagnement à la guitare l'extraordinaire Jorge Fernando. Les trois albums qu'elle a publiés à ce jour sont un délice renouvelé à chaque nouvelle écoute et je ne m'en lasse jamais. Bref, je considère Ana Moura comme l'une des toutes grandes divas du fado actuel, aux côtés de Mafalda Arnauth, Cristina Branco, Katia Guerreiro ou Joana Amendoeira.Mais je ne l'avais jamais vue en concert. Une situation intolérable à laquelle j'ai finalement pu remédier ce samedi. Une promesse de plaisir exceptionnel, pleinement réalisée en cours de soirée. La belle était belle, sa voix rauque et sensuelle était absolument irrésistible, son sourire était un enchantement sorti des plus beaux films de Nicholas Ray, elle portait un robe magnifique de siréne aux écailles scintillantes qui soulignait la noblesse de sa fine silhouette. Avant de continuer sur ma lancée, un mot pour dire l'excellence des trois musiciens qui accompagnaient Ana Moura: à la guitare portugaise, Bernardo Couto, une jeune de 30 ans au doigté extraordinaire; à la guitare classique, José Elmiro, un maître de la rythmique, toujours discret et toujours parfait; à la basse, Filipe Larsen, un style inimitable, une touche de jazz-rock troublante.Voir Ana Moura en concert en ce moment, c'est assister à l'éclosion d'un printemps aux mille couleurs et senteurs, c'est se prendre la vie et la jeunesse en pleine figure, c'est plonger dans l'eau bleue de l'océan après des années d'absence, c'est voir un rayon de soleil caresser la frêle rosée du matin, c'est tant et tant de choses qu'on voudrait ordonner à tous les poètes du monde de composer.Je n'exagère pas, je transcris mon sentiment.Mais comment fera-t-elle, comment pourra-t-elle, garder ce trésor, cette vérité incroyable qu'elle détient maintenant, maintenant sûrement, cette fraîcheur et spontanéité, cette voix sauvage et brute, parfois on croirait entendre la rue en train de chanter, la vagabonde Paulette Godard dans "Modern Times" (si, si, elle chantait, je l'ai entendue dans mon coeur)?Comment fera-t-elle pour continuer dans sa fulgurance, dans l'éclat de son interprétation, dans la modestie de sa personne?Peut-être - j'ose l'espérer - en continuant à s'entourer de gens de qualité, à l'écriture et à la composition des chansons, à l'accompagnement, à la production ... et en ne succombant pas aux appels des marketeurs casseurs de coeur ... j'ose l'espérer, parce qu'alors Ana Moura pourra garder sa voix, la mûrir et nous parler encore longtemps des choses de l'âme.       

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