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Louis de Grenade : Méditation avant de communier (3)

Publié le 07 avril 2009 par Hermas

Ne t’offusques pas, mon Dieu, de ce qu’étant ce que je suis j’ose m’approcher de toi. Souviens-toi que tu ne t’es pas indigné lorsque cette pauvre femme, qui souffrait d’un afflux de sang, alla trouver remède à son infirmité en touchant le bas de ton vêtement, avant que tu ne la consoles et ne lui rendes force en lui disant : «  Aie confiance, ma fille, ta foi ta sauvée ». Souffrant moi-même d’un mal autrement plus dangereux et plus incurable que celui-là, comment ne m’approcherais-je pas de toi pour recevoir le don de ton salut ?

Tu n’as pas changé, mon Seigneur, la charité ni le rôle qui étaient les tiens sur la terre, même si tu es à présent au ciel. S’il en était autrement, si ta charité au ciel était différente de ce qu’elle était sur la terre, il nous faudrait une autre Ecriture, et un autre Evangile, pour nous éclairer sur ce qu’elle est désormais. Je lis, donc, dans tes Evangiles, que tous les malades, tous les misérables, se sont approchés de toi pour te toucher, parce que de toi émanait la force et que tu guérissais tout le monde. Les lépreux venaient à toi, et tu étendais sur eux ta main bénie, et tu les purifiais. A toi venaient aussi les aveugles, et les sourds, et les paralytiques, et jusqu’aux possédés, toutes les monstruosités du monde se présentaient finalement à toi, et tu n’en as rejeté aucune. En toi seul est le salut, en toi la vie, en toi le remède à tous les maux. Ta bonté à offrir le salut n’a d’égale que ta puissance à le communiquer. A qui, en vérité, pourrions-nous aller, nécessiteux que nous sommes, sinon à toi ?

Je sais en vérité, Seigneur, que ce divin sacrement n’est pas seulement la nourriture des bien-portants, mais aussi un remède pour les malades. Il n’est pas seulement force pour les vivants, mais résurrection pour les morts. Il ne comble pas que les justes d’amour et de consolations, il sauve et purifie aussi les pécheurs. Chacun s’approche comme il est, et reçoit la part qui lui revient.  Que s’approchent les justes, pour manger et jouir de cette table, et que résonne le chant de leur louange et de leur confession à ce banquet. Moi, je m’approcherai comme le pécheur et le malade que je suis, pour recevoir ce calice de mon salut. Je ne peux  aller nulle part sans ce mystère, et rien ne m’excuserait de n’y pas recourir. Si je suis malade, j’y trouverai ma guérison, si je suis bien portant, ma santé y sera maintenue. Si je suis vivant, j’y trouverai la force, si je suis mort, j’y ressusciterai. Si je brûle d’amour de Dieu, mon cœur sera embrasé, et si je suis tiède, j’y serai réchauffé.

Je ne me découragerai pas de mes aveuglements, parce que le Seigneur rend la vue aux aveugles ; ni de mes chutes, parce qu’il relève ceux qui sont tombés. Je ne fuirai pas de lui, comme l’a fait Adam quand il s’est vu nu, parce qu’il est puissant pour recouvrir ma nudité ; ni parce que je me vois souillé et plein de péchés, parce qu’il est source de miséricorde ; ni parce que je me vois si pauvre, parce qu’il est le Seigneur de tout ce qui a été créé. Je ne crois pas qu’en cela je lui fasse injure, bien au contraire, car je lui donne plutôt l’occasion, à la mesure de ma misère, de faire davantage resplendir en moi la grandeur de sa miséricorde en me portant remède. Les ténèbres de l’aveugle de naissance ont servi au plus grand resplendissement de la gloire de Dieu, et la bassesse de ma condition servira à montrer comme est bon celui qui, étant si élevé, n’a pas méprisé une si vile et si basse créature. Qu’on ne tienne compte aucunement de moi sur ce point, mais uniquement des mérites de mon Seigneur Jésus-Christ, par lesquels le Père éternel a bien voulu me prendre pour fils et me traiter comme tel.

C’est pourquoi je te supplie, Dieu très clément et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, que comme le saint roi David fit asseoir à sa table un homme paralysé et affligé de plaies en considération de la grande et précieuse amitié qu’il avait pour Jonathan, voulant ainsi honorer le fils, non pour lui-même, mais pour les mérites de son père, ainsi, toi, Père éternel, daigne faire asseoir ce pauvre et difforme pécheur à ta sainte table, non pour lui-même, mais en considération des mérites et de l’honneur de ton si grand ami Jésus-Christ, notre véritable Seigneur et Père, qui par tant de douleurs et de peines, pour ta gloire et ton honneur, nous a engendrés sur l’arbre de la Croix. Lui qui, avec toi, vit et règne pour les siècles des siècles. Amen.-


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