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Le jour où Rock&Folk; a failli me tuer

Publié le 11 avril 2009 par Eddie

Le jour où Rock&Folk a failli me tuer

Le jour où Rock&Folk; a failli me tuerC’était pourtant une journée que j’abordais avec un entrain tout à fait naturel chez une vacancière moyenne dont l’occupation essentielle allait vraisemblablement être l’observation attentive de ses doigts de pied en éventail, couchée sur une serviette pleine de trous, thermostat 4. Mais le Destin, en la personne de Philippe Manoeuvre, en a décidé autrement. Je dis Philippe Manoeuvre car ce monsieur est le rédacteur en chef du magazine musical nommé de plus en plus bizarrement Rock&Folk (il me faut de plus en plus de temps pour localiser la partie “folk”) auquel je suis abonnée depuis mes 13 ans et que je dévore chaque mois telle une hyène affamée en plein désert se retrouvant face à une gazelle les tripes à l’air.

Seulement voilà, il a fallu qu’un concours de circonstances des plus improbables fit que ce magazine failli provoquer ma mort, et tua effectivement quelque chose en moi : l’espoir que le meilleur groupe de rock français ne soit pas les BB Brunes. Je n’ai vraiment rien, le plus sincèrement du monde, contre ce groupe, je trouve la musique aussi intéressante qu’une pêche trop mûre qui viendrait s’écraser sur mon pare-brises, mais les textes par contre sont plutôt sympas, et même plutôt pas trop mal écrits, portant sur les malaises de la jeunesse, assez bien rendus (la “preuve”, ça “marche” et en tant que “jeune” on s’y “reconnaît” “!”). Les BB Brunes sont un groupe auquel je donne péniblement la mention écoutable-et-appréciable-avec-quelques-verres-et-d’autres-substances. Passons.

Enfin, «Passons.» c’est ce qu’aurait dû se dire l’équipe de rédaction quand un(e) inconscient(e) a eu cette idée quasi-blasphématoire : “Hé ! Si on mettait les BB Brunes en Une ?”. Je sais pas vous, mais pour moi, la Une, c’est quand même quelque chose d’assez symbolique. C’est aussi la seule partie du magazine que verront ceux et celles qui passeront devant vous pendant que vous lisez l’exemplaire (dont le contenu est malgré tout, et dans l’ensemble, d’excellente facture, comme toujours, avec notamment 9 très bonnes chroniques absolutely live, un des meilleurs papiers d’Eudeline, à propos d’Hugues Aufray, et, surtout, une interview très précieuse par M. Soligny du tout aussi précieux Alvin Lee, l’ex-leader de Ten Years After), partie qui vous identifie en tant, d’une part, que lectrice d’un magazine rock de renom, et, d’autre part, en possible fan du groupe présenté en Une, c’est un dommage collatéral inévitable qu’on accepte plus ou moins facilement.

Comme on me le fait remarquer, c’est aussi la partie hautement marketing du magazine, celle qui doit dire au public “Rrrr, venez m’acheter, rrrrr” tout en étant pas racoleur, car il est bien connu qu’être rock’n'roll en 2008, c’est surtout pas être racoleur. Taxer cette Une de racoleuse serait trop facile ; évidemment, c’est un groupe réputé “pour petites filles” (ce qui doit effrayer pas mal de monde, malheureusement, car ils passent tout de même à côté d’un petit groupe sympa), donc en faire sa Une… non, cette Une n’est pas racoleuse, je ne veux pas y croire. Surréaliste. Déprimante. Impossible à mettre à côté des Whites Stripes, Joe Strummer, Daniel Darc et autres Neil Young ou Pete Doherty, qui ont tous eu récemment la faveur d’une Une. Impossible à présenter dans 40 piges à mes petits-enfants. J’imagine la scène : “Dis Mamie Eddie, c’est qui ça ?”. Qu’est-ce que je leur dis ? Un groupe repéré dès le début par le magazine et en qui ils ont placé des espoirs démesurés et qui s’est révélé être un groupe sympa mais sans plus, qui s’est retrouvé dans la liste des “bénéficiaires d’une Une de Rock&Folk” par un concours de circonstances et l’érection d’une “scène parisienne”, d’une “génération Gibus”, en laquelle on a du mal à trouver quelque chose d’original si ce n’est cette intumescence ? Ou alors “Allez demander à Papy Eddy”. Plus probable.

A qui s’adresse la Une du Rock&Folk n°492 ? Au public ‘traditionnel’ du groupe, en l’occurence les gamines en pleine puberté, mais ça on s’en fout parce qu’elle s’adresse aussi et surtout à ceux et celles qui ne connaissent pas le groupe ou n’en ont qu’une vision biaisée par, justement, son public de base, ou par l’image transmise par les médias, ou encore par la pensée qui traverse l’esprit de tout auditeur radiophonique averti : “Bah, j’ai juste entendu le single à la radio, c’est peut-être juste une chanson faite pour être un single, l’album est peut-être meilleur”. C’est ce que lui dira, plus qu’implicitement, la Une de ce Rock&Folk n°492. Il faut remonter loin pour voir un groupe français en Une de Rock&Folk. Moi qui pensais que je passais juste à côté de pleins de bons groupes français et que si je me plongeais sérieusement, je pourrais dire “Il y a pas que BB Brunes !”. Et BLAM, il semble qu’ils soient le meilleur de ce que le rock français puisse offrir, selon mon magazine musical préféré, puisque c’est le premier qui a la primeur d’une Une depuis des lustres. Depuis… Les Plastiscines ? Les héritières des Ramones selon Philippe Manoeuvre ? Aaaaaaaaaaaah et re-aaaaaaaaaaaah !

J’espère que la photo se veut ironique. Je l’espère sincèrement. De gauche à droite on a un candidat pour une pub pour un produit contre l’acné, un beau gosse mi-Dylan (mêmes lunettes noires et cheveux en vrac), mi-Cantat (boucle d’oreille, mal rasé), et, tout à droite, celui qui fait le plus jeune des trois (ils ont quoi, 18, 19 ans ?), au regard plus vient-là-que-j’t'attrape-ma-cocotte tu meurs, tout ça enroulé dans un drapeau français du plus mauvais effet. Il ne manque plus que : “Le meilleur groupe de rock français du moment” en surimpression, et le tableau est complet. Remarquez, on s’en approche avec le “Tombés du ciel” qui surmonte le nom du groupe. Les BB Brunes seraient donc des anges tombés du ciel pour sauver le rock français ? Rock&Folk devrait, il me semble, retomber un peu sur terre (ou alors m’envoyer un mail en m’assurant que c’est bien de l’ironie complètement foirée) (ou un job, haha).

Terre que j’ai failli quitter lorsque l’on m’a gentiment rapporté mon exemplaire du magazine du kiosque à journaux. C’est en traversant la route que je découvre la Une et reste interdite au milieu de passage clouté qui failli devenir ma tombe lorsqu’un bus passa en trombe quelques centimètres derrière moi, m’arrachant quelques cheveux au passage, ce qui me fit tourner la tête en un “Putain !!!” strident et retentissant qui fut réédité à plusieurs reprises en découvrant un détail de la Une qui me donna envie de la jeter à la tronche du vendeur de beignets qui passait à ce moment-là : la petite pastille “Rien sur Carla Bruni dans ce numéro”.

Mon magazine préféré serait-il tombé si bas ? Je n’ai pas envie d’avoir l’air de donner une leçon a des gens qui ont assurément oubliés d’être cons, mais je trouve cette pastille parfaitement stupide, d’un goût si mauvais qu’il m’en vient des hauts-le-coeur de dégoût. Et j’exagère à peine (c’était paëlla à midi). Pourquoi mettre cette pastille en Une (en Une, putain !) si ce n’est pour mettre une goutte de faux-politiquement incorrect du genre : “Ouais, nous on est rock’n'roll, on boycotte la femme à Sarko!”. S’ils n’ont pas envie d’en parler, qu’ils restent un minimum pros et de bon goût, et qu’il ne le mettent pas en avant.

Merde, elle est peut-être racoleuse en fait cette Une… Lasse, je la mettrai dans ma bibliothèque, espérant que ce ne soit pas la dernière de ma collection.

***

Ce billet a été originellement posté sur le site Le Post le 26 juillet dernier (voir l’original). La raison était que je trouvais qu’il ne correspondait pas à “la charte” du Choix. Or celle-ci a plus ou moins explosé récemment, donc j’ai décidé de le remettre à sa place !


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