Magazine Culture

Bullion - Young Heartache EP (2009)

Publié le 11 avril 2009 par Oreilles
Si le dernier album d'Animal Collective nous avait donné matière à réflexion en ce qui concerne la façon dont on peut aujourd'hui repenser la musique pop, Young heartache du Britannique Bullion, produit par le petit label One Handed Music, nous donnera également du grain à moudre. Du bonhomme, je ne peux guère vous en apprendre tant les informations sont rares pour ne pas dire inexistantes sur la toile. Tout juste puis-je vous signaler qu'il est originaire d'une bourgade du nom d'Acton, a déjà sorti deux maxis, donné une version électronique de l'album des Beach Boys Pet Sounds – détail d'importance – et est coupable d'un remix de bas-étage d'Amadou et Mariam.

Fort heureusement pour nous, cet EP, totalement passé inaperçu, relève plus du génie wilsonien que de la chanson populaire de Bamako. Pour autant, il serait tout à fait inapproprié d'imposer cette seule filiation à ce disque déroutant et pour le moins créatif. Rythmes hip-hop, incursions house, envolées de deep-electronica, lourdes basses dub, samples syncopés de voix soul, breaks rap, il devient rapidement vain de tenter d'accoler des étiquettes aux compositions savantes et luxuriantes du Britannique.

“Young heartache” s'ouvre sur un mystérieux cliquetis d'horloge avant que ne surgisse, dans un emballement de caisse claire, une voix à la fois lumineuse et spectrale, toute droit tirée d'une balade pop en mode 60's. La première écoute est circonspecte mais le temps va peu à peu faire son oeuvre. Le titre s'appuie ensuite sur un motif vocal pitché, serinant son chagrin de jeunesse (young heartache) sur un beat cinglant et des basses catégorie poids lourds. Par son foisonnement et son rythme saccadé, le morceau prend des allures de cut-up, coincé entre pop et dub électronique, avant de s'envoler dans des nimbes cosmiques lors d'un final résolument deep. “Are you the one” lui emboîte le pas dans une veine encore davantage orientée dub, à grands coups de basses-massues synthétiques et toujours porté par des voix de beach boys d'outre-tombe troublées sporadiquement par quelques sentences rappées.

Les deux titres qui complètent le maxi, à savoir “Time for us to love” et “Long Promissed”, reprennent – l'effet de surprise en moins – la structure des morceaux précédents, empruntant respectivement des détours disco et soul. Electroniques, flirtant avec la pop et la micro-house, richement arrangés et toujours teintés de dub. On ressort finalement de ce disque légèrement décontenancé et désorienté; pour se rendre compte, après digestion, de l'audace et du talent de composition éclatant de son géniteur.

En bref : Le Britannique Bullion convoque les spectres des Beach Boys et les accomode à la sauce dub électronique. Une décoction troublante et insidieuse, explorant de nouvelles formes mutantes pour la musique pop du 21e siècle.

Le myspace de Bullion.

Les titres “Are you the one” et “Time for us all to love”.

A lire aussi : Animal Collective – Merriweather post-pavilion (2009)


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Oreilles 3359 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines