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Guernica aujourd’hui

Publié le 12 avril 2009 par Marc Lenot

Après de longs travaux, Whitechapel (à Londres) a ouvert de nouveaux ses portes il y a quelques jours avec pas moins de huit ou neuf expositions, certaines rétrospectives (The Whitechapel boys, achats du British Council), d’autres monographiques (tout sur Isa Genzken, dont je ne sais trop quoi dire). J’attendais de cette réouverture quelque chose de plus impressionnant, de moins décousu; seule l’exposition de la Polonaise Goshka Macuga, The Nature of the Beast, m’a réellement plu.

Macuga s’inspire toujours de l’histoire des lieux où elle expose; ici, elle part de l’exposition militante de Guernica en 1939 à la Whitechapel même lors d’une manifestation pour l’Espagne républicaine, avant que le tableau ne parte à New-York. Whitechapel tentera à nouveau de montrer le tableau en 1952, lors d’une exposition Picasso (laquelle sera annulée de crainte que les communistes ne la ‘récupèrent’, explique le directeur de la galerie, Bryan Robertson, dans une lettre assez pitoyable à l’ambassade américaine, lettre exposée ici) et à nouveau quand le tableau sera rapatrié en Espagne en 1981, une fois la démocratie rétablie, en accord avec les volontés de Picasso (mais la toile est alors trop fragile pour une étape supplémentaire). Mais cette exposition n’est pas seulement l’histoire d’une exposition avortée, c’est aussi un ancrage dans le monde d’aujourd’hui.

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En effet, en 1955, Nelson Rockefeller commissionne une tapisserie géante reproduisant Guernica et, depuis 1995, cette tapisserie est accrochée à l’ONU devant la salle du Conseil de Sécurité. En 2003, quand Colin Powell présenta ses ‘preuves’ des armes de destruction massives irakiennes, la tapisserie fut recouverte d’un tissu bleu à la demande des Américains : les atrocités de Guernica voilées pour justifier les atrocités de Baghdad, quel beau symbole ! Cette tapisserie est présentée à Whitechapel, les visiteurs s’assoient presque religieusement devant elle, marchent sur le tapis cérémonial bleu qui mène à l’oeuvre, s’en approchent. Derrière eux, une table ronde avec archives et documents. La salle

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est disponible pour réunions, discussions, événements sociaux et politiques. Il y a aussi ce petit tapis guerrier afghan et un buste de Colin Powell.

Tant d’artistes dénoncent tant de choses tous azimuts, croyant faire de l’art engagé. La force de l’installation de Macuga est qu’elle nous inspire, qu’elle nous invite à réfléchir au passé et à l’utiliser aujourd’hui, qu’elle est, en un mot, pertinente. 


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