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Amos Tutuola : L'ivrogne dans la brousse

Par Gangoueus @lareus
Amos Tutuola : L'ivrogne dans la brousse
Etrange, mais passionnant est le roman que je viens de terminer. Je pourrais le renommer une odyssée dans la brousse africaine. Ce texte est alimenté par l’imaginaire débordant d’Amos Tutuola qui invite son lecteur à une plongée dans la dimension surnaturelle de la savane et de la forêt yorouba.
Repartons à la genèse de ce conte africain.

Je me soûlais au vin de palme depuis l’âge de 10 ans. Je n’avais rien d’autre à faire dans la vie que de boire du vin de palme. Dans ce temps là, il n’y avait pas d’argent, on ne connaissait que les cauris, aussi la vie était bon marché et mon père était l’homme le plus riche de la ville.
Mon père avait huit enfants et j’étais leur aîné, les autres travaillaient dur, moi j’étais un recordman du vin de palme. Je buvais du vin de palme du matin jusqu’au soir et du soir jusqu’au matin. A cette époque-là, j’en étais venu à ne plus boire une seule goutte d’eau ordinaire, seulement du vin de palme.
Quand mon père s’est aperçu que je ne pouvais rien faire d’autre que boire, il a engagé pour moi un excellent malafoutier qui n’avait rien d’autre à faire qu’à me préparer mon vin de palme pour la journée.


Page 9, Edition Gallimard, collection L'imaginaire
Le personnage narrateur situe bien le contexte. Il a à sa disposition une plantation de 560.000 palmiers et un malafoutier qui travaille à temps plein et de manière extrêmement efficace. Comme c’est souvent le cas, une cour se créé autour de ce jeune homme fortuné qui ne manque pas de vin de palme. Le hic intervient quand, quinze années après la disparition de son père, son malafoutier meurt d’un accident de travail. Le texte bascule alors dans une forme de délire. Ayant perdu tous ses courtisans du fait de sa pénurie chronique en vin de palme, notre ivrogne se lance à la recherche de son malafoutier. Vous me direz : mais il est mort non ? Seulement vous êtes au Nigeria. D’ailleurs, voici ce qu’en pense notre héros :

En voyant que je n’ai plus de vin de palme et que personne ne pouvait en tirer pour moi, je pense alors en moi-même à ce que disaient les anciens, que les gens qui sont morts sur cette terre ne vont pas au ciel directement, mais qu’ils habitent dans un endroit quelque part sur cette terre. Alors je me dis que je découvrirai où se trouvait mon défunt malafoutier.


Page 11, Edition Gallimard, collection L'imaginaire
Notre héros se lance donc dans cette quête qui semble à priori insensée et dictée par son addiction au vin de palme. Et c’est dans un univers fantastique qu’il pénètre. Je n’en dis pas plus.
Amos Tutuola écrit ce roman en 1953. Et contrairement à de nombreux auteurs africains de cette époque coloniale, il ne cherche pas à prouver qu’il maîtrise la langue anglaise. Ici, seule l’odyssée de son personnage compte. Un périple nourrit par les influences de sa culture yorouba. On a vraiment l’impression de voir se succéder une série de contes où, dans l’absurde de la quête de l’ivrogne, se révèle une philosophie de la brousse et des croyances animistes africaines. Et naturellement, si on est pris par cette quête, on ne lâche pas la main du narrateur dans ses rencontres avec des êtres terrifiants ou dotés de bonté, mais surtout on est saisi par l’âpreté de notre palm-wine drinkard à atteindre son objectif.
Bonne lecture,
Amos Tutuola, L’ivrogne dans la brousse
Traduit de l’anglais par Raymond Quéneau
Titre Original : Palm-wine drinkard,
Edition Gallimard, Collection L’imaginaire
1ère parution 1953, réédition 2000, 142 pages
Voir également la critique de Wodka

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