Magazine Beaux Arts

Brèves (Kassel 4)

Publié le 13 septembre 2007 par Marc Lenot

Documenta, à Kassel, jusqu’au 23 Septembre.

Cette année, 46% des artistes présentés à la Documenta sont des femmes; lors de la première Documenta, en 1955, elles n’étaient que 4%. Elle n’est pas la seule à s’en réjouir, moi aussi.

Dans le bâtiment provisoire, le Aue Pavillon, on a osé installer l’air conditionné ! Du coup, les architectes, Lacaton et Vassal ont refusé de “signer” le bâtiment et ont renié leur oeuvre. Non mais !…Ca m’a rappelé les cellules non chauffées, mais évidemment géniales, de La Tourette.

Pas d’architectes français, donc, mais pas beaucoup d’artistes français non plus (ou résidant en France). Sauf erreur, les deux seuls, Saâdane Afif (avec une classique salle de musique) et Maja Bajevic (avec une superbe vidéo), sont tous deux représentés par Michel Rein. Que font les autres galeristes pour promouvoir leurs artistes ? (au lieu du sempiternel : “Que fait l’Etat ?”). Ceci dit, les deux Françaises à Münster n’étaient pas très convaincantes. 

Une des pièces les plus étonnantes de la Documenta est bien cachée, sur un écran reculé, dans la salle où est présenté le projet autour des magazines. Le magazine estonien Kunst.ee présente, comme incidemment, le travail de l’Academia Non Grata, des performances échevelées, burlesquo-médicales, où tout tourne autour du corps et de la nourriture (ci-dessus et ci-contre). Un des titres, très beuysien, est “Comment expliquer l’art à un lapin mort“. Ils ont réalisé deux performances à Paris, à la Sorbonne en 2002 et aux Beaux-Arts en 2003. Quelqu’un les aurait-il vus alors et pourrait-il raconter ? C’est comme une réinvention du happening de ma jeunesse.

Dans une des salles du Fridericianum, soudain, ma voisine se met à bouger étrangement : ses pouces pivotent, elle se soulève sur la pointe des pieds en dressant sa poitrine, elle donne un coup de fesses dans ma direction, puis lève la jambe de l’autre côté. Je l’observe, fasciné, puis réalise qu’une dizaine d’autres jeunes femmes font de même dans la salle, en cadence. Le vide se fait peu à peu autour d’elles; la musique, qui les accompagnait, se tait et elles reprennent la même séquence en silence en direction des trois autres points cardinaux. C’est une danse minimale, mécanique, à la sensualité très contrôlée, due à la chorégraphe Trisha Brown, et titrée Accumulation. Ensuite, trois des danseuses en maillot se glissent dans une installation où divers vêtements sont accrochés à un réseau horizontal de cordes. Elles habitent tour à tour une chemise, un pull, un pantalon, s’y suspendent dans des positions invraisemblables. Selon l’angle de vision, bras, jambes ou fesses émergent de la mer ondulante des habits. Comme des cocons en hibernation, les jeunes femmes s’alanguissent, endormies, mortes peut-être, le regard vide, avant d’émerger à nouveau. Dans cette “sculpture”, les danseuses se créent leur propre espace, l’habitent, le transforment. C’est un des plus beaux moments de la journée. Cette danse se nomme Floor of the Forest.

Je voudrais encore mentionner la performance de Graciela Carnevale qui, en 1968 à Rosario, lors d’un “vernissage”, enferme les spectateurs dans la galerie et s’en va avec la clef, en se demandant d’où viendra la violence libératrice, qui osera briser la vitre et libérer les prisonniers. Pour finir, citons encore, parmi d’autres, les jolies broderies corporelles faites par Xiaoyuan Hu avec ses propres cheveux (A Keepsake I cannot give away, ci-contre), la collection de sang de poètes assemblée par Eleanor Antin, l’objet circulant conceptuel de Ricardo Basbaum (Voulez-vous participer à une expérience artistique ?) et le très hamletien Retake with Evidence de James Coleman, joué par Harvey Keitel.

En conclusion, donc, une impression mitigée, des moments d’ennui, voire d’énervement (je ne veux plus jamais voir un Davila), mais aussi de belles pièces et quelques découvertes. Cela fait-il un ensemble ? Cela répond-il aux questions posées (la modernité est-elle notre antiquité ? qu’est-ce qu’une vie à nu ? que faut-il faire ?) ? Rien n’est moins sûr.

Photos Non Grata provenant de leur site; photos Brown et Hu, de l’auteur. Copyright © Trisha Brown et © Hu Xiaoyuan.


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