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Enfance lumineuse

Par Chatperlipopette
Enfance lumineuse
Tomoko part passer un an chez son oncle: après le décès de son père, sa mère part à Tokyo parfaire sa formation professionnelle. Tomoko a douze ans et va découvrir un monde qu'elle était loin de douter qu'il puisse exister. Elle rencontre son oncle, dont la mère, Grand-Mère Rosa, est allemande, souvent absent, sa tante qui oublie sa solitude entre l'alcool et la recherche des coquilles d'impression, et sa cousine, la tendre et rêveuse Mina, souffrant d'asthme et grande collectionneuse de boites d'allumettes à partir desquelles elle invente d'incroyables histoires. Elle fait al connaissance aussi de Pochiko, l'hippopotame naine, ultime animal du zoo de l'entreprise dirigée par son oncle.
Alors que Mina est une grande lectrice et est attirée par la culture européenne, Tomoko regarde ces choses de loin, étonnée par les particularité de ce qui vient de l'étranger.
"La marche de Mina" est à inscrire dans la continuité de "La formule préférée du professeur": un roman initiatique dont les racines appartiennent à l'enfance qui lentement s'enfuit, qui doucement apporte les éléments pour accéder au monde adulte. L'admiration amoureuse pour le cousin vivant en Suisse, la tendresse éprouvée envers Pochiko, original animal de compagnie, la douceur des moments passés aux côtés de Grand-Mère Rosa et de Mme Yoneda, l'enquête secrète sur le livreur de Fressy amenant à découvrir le pourquoi des absences prolongées de l'oncle, le Noël aux parfums européens orchestré par Rosa et ses souvenirs, la complicité avec Mina dans la salle de bain de lumière mais aussi l'apprentissage de la mort. L'enfance, moments merveilleux de l'éphémère, de ce fragile éphémère que l'on regarde avec tendresse par-dessus son épaule une fois adulte. La sérénité d'un temps qui sera vite révolu, l'époque d'une génération unique: la sienne.
Ogawa nous promène dans les années 70 au Japon avec comme point d'orgue les Jeux Olympiques de Munich en 1972: "La marche de Mina" tire un fil de cette pelote, le fil de l'équipe japonaise de volley-ball, celle qui remportera le titre olympique, celle qui scande les heures de Mina et Tomoko, fervente supportrices des volleyeurs. Une pelote des souvenirs de Grand-Mère Rosa dont on déroule, subrepticement, quelques mailles: son mariage l'emmenant vivre au Japon et la sauvant de la déferlante nazie, sa capacité à ne pas oublier d'où elle vient, son attachement aux Noëls allemands, son regard chargé de tristesse devant la prise d'otages israëliens par un groupuscule palestinien, miroir lui renvoyant la disparition des siens.
Lentement, le tricot d'enfance de Tomoko s'achève, rang par rang: le monde des adultes est rempli de secrets qu'il ne fait pas bon de découvrir, l'attachement enfantin envers le cousin qui a la beauté du métissage, la découverte d'un ailleurs non japonais, une comète traversant le ciel, instant unique dans une vie, le partage virtuel de lectures avec le bibliothécaire, ouverture sur un monde inconnu mais fascinant.
"La marche de Mina" se lit comme on sirote un diabolo grenadine et se déguste comme une pâtisserie que l'on mangeait enfant: on retourne aux sources de nos souvenirs couleurs sépia et des instantanés aux couleurs devenues pâles avec le temps, sur un doux air accompagnant cette tendre plongée dans les derniers feux de l'enfance.
...Les plus beaux souvenirs sont ceux que le temps et ses transformations n'effacent pas.

Roman traduit du japonais par Marie Makino-Fayolle
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