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Homélie 6° dimanche de Pâques B: Aimer : vision chrétienne du travail

Publié le 16 mai 2009 par Walterman
Suivre le Christ, cela n'est pas compliqué.  Jésus exprime en une seule phrase ce que cela veut dire. Cette phrase, c'est le commandement nouveau qui résume tout son enseignement : "Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés." Si nous faisons cela, nous sommes sur la voie du Christ, et nous ferons l'expérience de la joie et de la paix que Dieu seul peut nous donner.
Pour simplier encore les choses (car, nous le savons, nous avons tendance à compliquer les choses sans aucune nécessité), Jésus explique exactement ce qu'il entend par le mot "amour", un mot dont le démon essaie toujours de travestir le sens. "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis." En d'autres mots, l'amour consiste à se donner soi-même. Plus il y a de l'amour, et plus on se donne. Si nous nous mettons au service des autres, si nous vivons pour donner et non pour prendre, si nous sommes disposés à souffrir pour d'autres puissent se réjouir, alors nous pouvons nous dire disciples du Seigneur.
Mais Jésus est encore allé plus loin pour être sûr que nous comprenions bien. Il ne s'est pas contenté d'expliquer le sens du véritable amour avec des paroles ; il l'a fait aussi en actes, par ses souffrances et sa mort. Il a accepté les moqueries, les humiliations, la torture, le rejet, l'injustice, les incompréhensions, la trahison, et, finalement, la mort, non pas parce qu'il était trop faible pour résister, mais pour nous montrer ce que signifie le véritable amour : don de soi, oubli de soi avec générosité. Jésus Christ, suspendu à la croix, portant le poids de nos péchés, ne pensant pas à lui-même mais aux hommes et aux femmes qu'il est venu sauver, implorant le pardon de leurs fautes jusqu'au bout, donnant sans compter, sans rien espérer en retour : voilà la conception que Dieu se fait de l'amour. Est-ce la nôtre ?

Homélie 6° dimanche de Pâques B: Aimer : vision chrétienne du travail

En novembre 2008 est sorti à Hollywood un film mettant en scène un jeune vampire : "Twilight". Lors de sa première journée d'exploitation, le film a réuni plus de 35,7 millions de dollars de recette, ce qui le met en seconde position du classement du meilleur démarrage d'un mois de novembre, derrière Harry Potter et la Coupe de Feu. Il fait aujourd'hui partie des 100 films ayant le mieux marché de tous les temps. L'attraction principale du film était Edward Cullen, le beau et grand vampire, un jeune lycéen. En l'espace de quelques jours il est devenu le chouchou des filles et des jeunes femmes aux États-Unis et dans le monde entier. Cela peut paraître assez étrange, à première vue, parce qu'après tout, les vampires font peur. Ce sont des monstres destructeurs, non ? Oui, habituellement ... mais ce film a introduit une nouvelle note dans les classiques du genre. Ce vampire a soif du sang de Bella, sa petite copine. Rien d'original, me direz-vous. Mais à la différence d'autres vampires, celui-ci aime Bella assez pour résister à ses propres pulsions. Au lieu de la dévorer, il se sacrifie pour la protéger. C'est un garçon qui ne veut pas que quelqu'un fasse du mal à sa copine, même si cela entraîne la nécessité de dire non à lui-même. Et c'est cet aspect de sacrifice de lui-même qui l'a rendu si attirant pour les spectateurs (spectatrices). Comme le disait une jeune fille à qui l'on demandait pourquoi elle aimait tant ce film :
"Edward aime Bella et veut être avec elle pour toujours ; alors il se contrôle. Cette maîtrise de lui-même est extrêment difficile pour lui, mais à ses yeux, le fait de la voir blessée serait pire."
Donc, même dans ce royaume païen d'Hollywood, la vérité de l'amour est ce qui branche les coeurs des hommes (ou plutôt : des jeunes filles) : l'amour ne consiste pas à se chercher mais à se donner soi-même. Sainte Thérèse de Lisieux aurait applaudi !
Au mois de novembre dernier, Benoît XVI, en commentant  saint Paul, a admirablement résumé cela au cours d'une de ses catéchèses du mercredi (26 novembre 2008) :
"... l'amour, pour s'exprimer en plénitude, exige la maîtrise de soi."
Cette idée du véritable amour (se donner soi-même, au lieu de se chercher soi-même) nous aide à comprendre la vision chrétienne du travail. La culture ambiante nous porte à vivre pour le weekend, pour les vacances. Le travail est considéré comme un mal nécessaire. Mais la perspective du Christ est très différente. L'Église nous enseigne que le travail humain possède une dignité. Que ce soit le travail manuel, les études, les disciplines artistiques ou autres, le travail humain "honore les dons du Créateur", est appelé à "prolonger l'oeuvre de la création" (2427) et peut "contribuer à une abondance profitable à tous" (2429).
En d'autres mots, vu dans la perspective de Dieu, ce travail dans lequel nous engageons quotidiennement, si nous avons le coeur à la bonne place, peut être une des expressions les plus authentiques de l'amour chrétien. Travailler des heures et des heures, uniquement par ambition ou pour l'appât du gain, cela n'est pas de l'amour aux yeux de Dieu. Mais consacrer notre temps et notre énergie à parfaire le monde et pour gagner notre pain quotidien et celui de notre famille, cela est une belle forme de don de soi. C'est ce que Jésus a fait pendant près de trente années, en travaillant dans l'atelier due saint Joseph, charpentier à Nazareth, à la sueur de son front et en endurant la fatigue jour après jour. Voilà ce que la Vierge Marie a fait pendant encore plus longtemps, en s'acquittant des travaux du ménage et de la cuisine, et dans ses relations avec le voisinage. Il n'est pas nécessaire d'entrer dans un monastère pour devenir des experts en charité chrétienne. Nous n'avons qu'à exercer notre foi, afin que l'idée que Dieu a de l'amour devienne notre idée. Voilà la voie vers la vraie sagesse et la joie durable.
Aujourd'hui, au moment où Jésus renouvelle son engagement envers nous, promettons-lui de lui permettre de donner un sens à notre labeur quotidien, en faisant de notre mieux en toute chose, pour l'amour de Dieu.

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