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"la Menace fantôme" en lignes de fuite - partie 01

Publié le 18 mai 2009 par Vance @Great_Wenceslas

Aujourd'hui, nous sommes le 19 mai 2009. Il y a dix ans jour pour jour sortait dans quasiment le monde entier La Menace fantôme. Sauf en France, pays qui sera d'ailleurs largement pénalisé au niveau de la fréquentation et des habitus de publics par son retard de distribution. C'est d'ailleurs cette erreur de distribution internationale qui donnera naissance au système des sorties communes à tous les pays, au grand dam des journalistes de cinéma qui en perdront l'exclusivité de la critique sur les spectateurs.

Vu le premier week-end de son exploitation française, je me suis passionné pour La Menace fantôme. Par bien des égards, dont ceux cités juste au dessus, je la considère comme une œuvre charnière de l'Art cinématographique récent. Je continue dix ans après à prendre du plaisir à revoir le film tant sa complexité visuelle et narrative m'enchante et me fascine, aussi bien par son extrême intellectualisation que par ses échecs par trop plein d'ambition narrative. C'est une fresque épique, en quelque sorte au goût tout personnel. Cet anniversaire me rappelle également que je vieillis alors que cette sortie tant attendue ne me semblait il y a encore peu finalement pas si éloignée que cela !

Le 19 mai 1999 fut donc le jour de La Menace fantôme. Une date par bien des égards symbolique car elle marquera insidieusement, entre autres, la rupture par l'image numérique de la production cinématographique, la pensant autrement, ainsi que la montée en puissance des hordes de publics par Internet (les deux pôles ont d'ailleurs sans doute un lien plus précis qu'on ne voudrait bien l'avouer !). La Menace fantôme se pose, et encore plus avec le goût de la distance, comme une œuvre immensément révélatrice des liens complexes entre composition numérique et enracinement dans un certain patrimoine des arts et codes visuels, amorçant en 1999 des logiques de représentation que l’on retrouve, durablement ancrées aujourd'hui dans un nombre important de productions et relevant d’un certain genre de cinéma.

La menace perspectiviste

Je profite de cet anniversaire pour rendre hommage à La Menace fantôme, en lui rendant son dû : l'acuité et la pertinence de sa filiation et de sa participation à l'évolution des concepts et techniques de figuration de l’espace audiovisuel, tant en matière de production, d’encadrement économique et structurel, de logiques de représentation à l’image, de codes visuels éprouvés et de dépendance envers les intentions artistiques et de composition des champs, de la part de réalisateurs, metteurs en scène et responsables des effets visuels désireux de transposer à l’écran leurs visions de mondes imaginaires selon une certaine intégrité. Ces techniques – qu’elles soient le fruit de manipulations chimiques, de traitements optiques des photogrammes sur pellicule ou qu’elles concernent directement la malléabilité numérique – s’ancrent dans une certaine tradition de la représentation, mettant en jeu des codes aux pratiques figuratives durablement inscrites dans le patrimoine des arts visuels – et c’est d’autant plus vérifiable pour la mise en images d’espaces et de mondes par le numérique.

J'insiste sur l’importance à mon sens de la traduction de la perspective, parmi les arts visuels, comme bouleversement des notions et des pratiques de représentation et de perception de l’image, sous forme scénographique ou rendue avec des indices et/ou des empreintes d’achèvement plastique (peinture, grumeaux, traces de pinceau, d’huile, textures tactiles, degré de fraîcheur du travail exécuté, délabrement, marquage et inscription temporelle, etc.). Le nouveau langage plastique créé, à Florence au début du XVe siècle, par la découverte de la perspective, s’accorde du point de vue de l’image numérique via un mélange paradoxal de fidélité dans la reproduction des codes visuels bien ancrés dans les procédés de représentation et de déconstruction de ces mêmes codes pour mieux en simuler les rendus dans des compositions finales aux perceptions spectatorielles ambivalentes.

Il est intéressant d’observer que, dans le cas d’une image construite et composée numériquement, à l’aide de plusieurs couches hétérogènes, l’impression de relief, la notion de perspective, doit être totalement – ou presque – (re)créée et simulée. Ainsi, si tout espace capté de façon profilmique traduit les lignes de fuite et le relief du réel dans les images impressionnées, la perspective n’est pas immédiatement rendue comme telle lors d’une composition numérique. Il s'agit d'une démarche toute contemporaine qui voit les artistes et techniciens en charge des compositions s’obliger à penser l’image finale comme une image-unique pourtant construite à partir d’unités discrètes, et ne répondant pas forcément naturellement aux logiques de perspective et aux codes visuels communs aux cultures visuelles depuis plusieurs siècles.

(à suivre)



 

Cet article fut publié pour la première fois en septembre 2005 dans le cadre d'un mémoire universitaire. Il est présenté ici dans une version reconstruite, quelque peu modifiée (augmentée par certains aspects, réduite sur d'autres). Relatif au code la propriété intellectuelle, cet article et le texte original appartiennent exclusivement à son auteur et le texte original également aux Université de Nancy 2 et Paul Verlaine de Metz.

Les images de cet article sont utilisées uniquement dans un but d'illustration, d'étude et recherche. Elles ne répondent à aucun profit, ni exploitation commerciale. Elles sont la propriété de leurs ayant droits respectifs.


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