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[Th] La cerisaie.

Par Nibelheim
{Note express, encore.}
{Semaines de partiel.}
{Je suis d'ailleurs là incognito.}
{Ne le dites surtout pas à la linguistique.}

Tchékhov a été une des bonnes surprises du semestre. Et la Cerisaie, étudiée dans le cadre d'un programme sur le naturalisme au théâtre et débordant largement de celui-ci, est une pièce que j'ai lue (et relue) avec plaisir. La Cerisaie, c'est l'histoire d'une propriété qui passe des mains d'une aristocratie fânée à celles d'un parvenu dont les parents ont été serfs. C'est la Russie de la fin du XIXème siècle et tous ses bouleversements qui transparaît dans les errances des personnages.
[Th] La cerisaie.
Une drôle d'impression, à la lecture. Autour du nom de Tchékhov, on entend tout d'abord des mots tels que "réalisme", "mise en scène naturaliste" et "Stanislavski", des histoires d'effets de réels. Il est vrai qu'à la lecture, il en ressort l'impression de quelque chose d'authentique. Les échanges sont habilement orchestrés, et l'auteur créé une harmonie à partir de sons discordants. Dans la pièce, en effet, il y a un problème : celui de la communication. Les dialogues ne sont en réalité qu'une suite de monologues. Les personnages répondent souvent (toujours ?) à côté, chacun se trouvant prisonnier de ses propres obsessions. Lioubov ne vit que dans le souvenir, Gaev, entre deux termes de billard, se lance dans des envolées lyriques ridicules tandis que Lopakhine, fils de serf, parle sans cesse du temps qui court en regardant sa montre. Chaque personnage trouve son individualité dans des manies qui le caractérisent, de façon assez systématique. Et ça marche : on se retrouve au final avec une galerie de personnalités, marquantes, crédibles, avec leurs ridicules et leurs outrances. Et à travers ces échanges ratés et autres actes manqués, Tchékhov nous fait sentir le problème de l'incommunicabilité entre les êtres, les questionnements de l'homme face au monde.
Il y a une très forte dimension symbolique dans la Cerisaie. Fantômes imaginés par les personnages, paysage de la propriété, sont autant de reflets d'un monde en rupture. et d'une atmosphère particulière Et tandis que l'on entend au loin la hache sur les troncs des arbres de la cerisaie, la pièce se termine, non sans mélancolie, sur le sentiment d'un déracinement. Rien n'était pourtant inéluctable. Lioubov aurait pu suivre les conseils de Lopakhine et sacrifier le jardin pour conserver sa propriété. Si elle n'avait pas refoulé, dès le début, la question, refusant d'écouter les suggestions. Il y a bien quelque chose de tragique dans cette pièce, mais ce sont des drames de la vie de tous les jours qui s'étalent devant nos yeux. A contrario, le rire est loin d'être absent dans cette pièce. Les ridicules des personnages sont assez poussés, et mènent parfois à des situations assez cocasses : Gaev a beau se mettre à parler sérieusement, le voir mettre un bonbon dans sa bouche, comme un commentaire implicite de l'auteur, décridibilise le personnage.
Dans cette pièce aux sentiments exacerbés (mais pas tant que ça. On pensera notamment à la didascalie "à travers ses larmes", récurrente, mais indiquant un état d'âme plutôt que de véritables pleurs), Tchékhov a finalement jonglé avec les registres, afin de présenter au lecteur-spectateur un instant de vie. Pas d'intrigue à proprement parler, on sait dès le début ou presque que la cerisaie est destinée à disparaître. Juste des bribes éparses volées à un semblant de réel. A lire.
J'ai déjà beaucoup parlé de cette pièce, dans diverses copies.

Je me permets donc de ne pas en dire plus, cette fois-ci.
Musique : Opeth - Blackwater Park.

Publié par Nibelheim aux alentours de 17:28 |
Libellés : Défis littéraires, Lecture


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