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Génocide, métissage, des mots et des imaginaires

Publié le 19 mai 2009 par Naravas

19 mai 2009

Génocide, métissage, des mots et des imaginaires

Génocide, métissage, des mots et des imaginaires

" L'invention en 1944, par le juriste Lemkin, du concept de génocide, c'est-à-dire d'une notion désignant la destruction d'un groupe " en tant que tel ", a eu pour effet paradoxal de signaler et en même temps d'occulter la problématique constructiviste des groupes, qu'il s'agisse des peuples ou des classes sociales. Le processus de destruction de groupes entiers exige en effet leur construction préalable [...]. Mais précisément, l'arbitraire des groupes constitués - Juifs, Tsiganes, homosexuels, malades mentaux - aurait du signaler le processus constructiviste à l'œuvre au sein même de l'entreprise génocidaire. Bien que cela puisse paraître une affirmation scandaleuse, il est évident que le génocide a pour effet de constituer en tant que tel le groupe même qu'il s'acharne à détruire et qu'il donne en particulier au groupe des survivants une consistance qu'il n'aurait jamais eu sans cela. Le génocide , de par les procédures qu'il met en œuvre - sélection des " éligibles ", élimination des " inéligibles ", hésitation sur la question des métis - est donc le paradigme identitaire le plus efficace de notre époque. C'est en effet à l'aune du génocide ou du judéocide que se fixe aujourd'hui le cours des différentes identités contemporaines. Dans le cadre du modèle de la " concurrence des victimes ", toute une série de groupes emboîte le pas aux Juifs [...] Mais ce qu'il faut bien voir, c'est que la généralisation du modèle du génocide a pour effet de racialiser l'espace conceptuel à l'intérieur duquel se pensent et se construisent les différents groupes, et donc les conflits qui les opposent. [...] On le voit, génocide et métissage sont des notions intimement liées en ce qu'elles apparaissent toutes deux étroitement associées à une problématique raciologique "


Amselle Jean-Loup, Logiques métisses, Paris, Ed. Payot, 2009
[1990 pour la 1 ère édition]. Introduction, pp. VIII-IX.


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