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Huis-clos au soleil

Par Chatperlipopette
Huis-clos au soleil
Martial et Odette, retraités parisiens aisés, sans enfants et sans animal domestique, ont acheté une jolie petite maison dans une résidence idyllique au nom évocateur Les Conviviales, tout confort, dans le Sud de la France.
C'est avec empressement qu'ils déménagent là où ils vont pouvoir "vivre en vacances toute l'année": une résidence, réservée aux seniors seulement, sous haute surveillance, avec Mr Flesh, le gardien (peu locace et peu avenant) et caméras de surveillance, piscine, club-house (pour la convivialité) avec animateur, et surtout, assurance d'être en compagnie de gens convenables, à leur image!
Très vite, Martial et Odette se rendent compte qu'ils sont les seuls occupants: tout est bien calme, bien gris lorsque la belle saison est passée (il pleut même souvent!), bien isolé loin des commerces de proximité et de la convivialité de voisinage; c'est que Martial n'est plus reconnu par le boulanger, le boucher ou le marchand de journaux...il ne peut aller faire ses achats ni un petit tour en ville sans prendre la voiture! Pour un peu, il regretterait d'être evnu s'enterrer aux Conviviales. Parlons-en des Conviviales: elles ressemblent chaque jour un peu plus à un cimetière désert et leur jolie maisonnette à leur dernière demeure, sans compter que la piscine se résume à un trou carrelé sans eau et le club-house désespérement vide!
Odette s'obstine à vouloir enjoliver leur maison, à faire des confitures, à donner des bricoles à faire à Martial....histoire de tuer le Temps: il n'y a rien à faire lorsque la météo est moche et lorsque le voisinage est inexistant, même la télé est décevante....alors, on lit, beaucoup d'ailleurs, mais au bout d'un moment, ça lasse.
Enfin, de l'animation survient: un nouveau couple s'installe. Marlène et Maxime arrivent briser la monotonie d'Odette et Martial. Puis arrive une femme seule (est-elle veuve? Vieille fille? est-elle vieille ou plus trop jeune?), Léa qui va semer un peu le trouble chez Maxime, le matuvu de service au sourire éternel de vendeur de serres, celui qui a tout vu, tout entendu et tout réussi). Enfin, Nadine entre en scène: recrutée en urgence comme animatrice et un peu désemparée devant les personnages d'un huis-clos luxueux et un peu angoissant.
Un modus vivendi se met en place: sorties culturelles et pittoresques, soirées chez les uns et les autres, bronzage au bord de la piscine et papotages.
Peu à peu, les désagréments enrayent les rouages huilés de la belle mécanique immobilière: les caméras tombent en panne et ne sont pas réparées (d'ailleurs ont-elles jamais fonctionné?), le gardien a un comportement de plus en plus étrange (brrr, la manière dont il débarrasse Les Conviviales des chats fait frémir!) et cerise sur le gâteau, Mr Flesh réussi à provoquer la peur chez Marlène en la mettant en garde contre les Manouches installés non loin.
La situation est mûre pour que se produise le dérapage que le lecteur pressent depuis le début du récit!
Garnier décortique, comme à son habitude, de manière subtilement corrosive l'âme humaine et explore, grâce à ce huis-clos original, les peurs, les fantasmes, les rancoeurs et les haines enfouies chez ses personnages. La vieillesse et le délire sécuritaire est un cocktail explosif des plus sidérants: Garnier distille les indices au compte-goutte, au fil des remarques anodines qui prennent leur importance lors du bouquet final. Les différentes pilules du bonheur vantées auprès d'une génération vieillissante et jalouse de son bien-être, sont loin d'être une marchandise anodine: les dégâts collatéraux sur la fin de vie sont sordides et mortifères. Le miroir aux alouettes de la société de consommation est un redoutable piège, une cage dorée qui peut s'avérer devenir rapidement un véritable enfer.... "Une poussière dans l'oeil et le monde entier soudain se trouble", cette exergue empruntée à Alain Bashung est un fil conducteur au bout de l'angoisse. Ce qui rend les personnages,malgré l'agacement qu'ils peuvent susciter, attachants dans leur solitude et leur ridicule.
Garnier, au fil de ses romans noirs, très noirs, déroule un réalité crue, douloureuse et presque effrayante. A chaque fois, l'abysse devient plus profond qu'au précédent roman malgré les touches de poésie disposées parci-parlà, au gré de la peinture de l'auteur.
Bref, vous l'aurez compris, "Lune captive dans un oeil mort" est encore un bel opus offert par Pascal Garnier dont l'écriture est un vrai bonheur à lire!


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