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Sylvain Chauveau, troisième

Publié le 27 mai 2009 par Irigoyen
Sylvain Chauveau, troisième

Sylvain Chauveau, troisième

Cet album est sorti en 2000. Son titre semble être un pied de nez au livre dirigé par Stéphane Courtois, Le livre noir du communisme, publié en 1997, pour marquer le quatre-vingtième de la révolution russe. L'ouvrage avait fait grand bruit à l'époque, certains accusant les auteurs de fanatisme droitier. Mais laissons tout cela de côté.

Le livre noir du capitalisme mélange savamment angoisse et catharsis. Il s'ouvre sur un morceau dont le titre est encore un petit bijou: « Et peu à peu les flots respiraient comme on pleure ». On s'abandonne volontiers corps et âme à cette ambiance qui ferait chavirer n'importe quel cœur de pierre. Ce qui me frappe ici c'est vraiment cet instant fugace entre les deux mouvements contradictoires de la mer, cette fraction de seconde où il ne se passe rien mais où l'on se retrouve face à soi-même. J'ai déjà évoqué, dans la chronique précédente, cet espace de temps indispensable à la compréhension si bien évoqué par Jean-Luc Godard, le cinéaste auquel il pourrait être fait référence dans le second morceau de l'album - « JLG » -.

Ce voyage harmonieux est soudain coupé dans son élan par « Hurlements en faveur de Serge T. » La voix que l'on entend ici est celle de Serge Turc qui m'a d'emblée fait penser à celle d'un Jean-Pierre Mocky encore plus révolté. Curieux propos de l'auteur qui convie son interlocuteur à « venir le baiser », à « tuer ces cons de riches ». Il évoque « l'auto-gestion après 1968 », « le suicide de sa mère », « les grosses cuisses flasques » d'une femme. Faut-il y voir une dénonciation du commerce sexuel, forme la plus obscène d'un capitalisme qui prétend faire de l'argent ? C'est ainsi que je le lis.

J'ai toujours beaucoup aimé que la musique, sphère de l'intime, se mélange avec des ambiances de la vie quotidienne– ce qu'a parfaitement développé Steve Reich dans son City Life -. Le procédé n'est pas nouveau, certes, mais en accentuant le contraste entre l'harmonieux - le son travaillé - et le dissonant - le son brut du dehors – l'artiste renforce le côté naturaliste de la démarche ce qui, je le crois très sincèrement, rapproche l'auditeur du musicien. En ce sens, la démarche de Chauveau me semble très « démocratique ».

Mais attention, Sylvain Chauveau n'abuse pas de ces sons de la vie quotidienne. Dans « Dialogues avec le vent », par exemple, nulle trace d'arbres dont les feuilles, soudain réveillées par une bourrasque, se mettraient soudain à chuchoter. « Dialogues avec le vent »: voilà encore un titre qui, pour moi, souligne l'isolement de l'être face au monde environnant. Il y a ici quelque chose qui est de l'ordre de la méditation, de le contemplation. On dirait de la philosophie zen, même si ce mot est aujourd'hui utilisé à tort et à travers. A propos de Japon, voici un autre titre qui évoque le pays du soleil levant: « Le marin rejeté par la mer » - ce n'est pas le roman que je préfère de Yukio Mishima mais je vous en conseille toutefois la lecture -.

Cet album est un voyage. Voyage y compris dans l'intime. On a l'impression que Sylvain Chauveau nous promène et nous dit: maintenant regardez. Voyez ces scènes si touchantes, frappantes comme ici dans « Je suis vivant et vous êtes morts » où l'entend des petits cris féminins lors d'un rapport sexuel, sans que cela ne puisse jamais s'apparenter à du voyeurisme. Autre moment, autre scène où l'on entend parler « d'individualiste mystérieux ». Les mots s'arrêtent net laissant place à quelque chose de plus harmonieux. Mais ne croyez pas que vous allez vous laisser bercer.

L'angoisse revient. Elle se manifeste par une cloche qui sonne, par une respiration, par la répétition d'un son pouvant faire penser à une pulsation cardiaque, à un métronome. Celui qui rythmerait notre vie. Une existence qui, si nous n'y prenons garde, pourrait bien s'achever avant que nous ayons eu le temps de dire ouf.

Un véritable joyau !


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