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Essais sur le monde du crime de Chalamov

Publié le 02 juin 2009 par Aurialie

Essais sur le monde du crime de Chalamov Pour avoir un petit aperçu de l'œuvre de Varlam Chalamov, auteur des Récits de Kolyma, rien de tel que de commencer par son Essais sur le monde du crime. En 160 pages, il raconte les us et coutumes de la pègre, leur combine pour échapper aux travaux de camps les plus durs, la place de la femme (mépris total, femme objet), la culture criminelle (le rôman), …

Dans son introduction, il s'insurge contre les auteurs qui ont cherché à rendre sympathique le monde des criminels, voire même à l'idéaliser, au titre de la liberté du voyou. Mais pour les avoir côtoyé au camp de la Kolyma, Chalamov connait les vices des truands, raconte les tourments subis par les politiques, les intellectuels (surnommés dans les camps les "Ivan Ivanovitch"), souvent en accord avec les autorités pénitentiaires.

"“Ces gens [les trotskystes] sont envoyés ici pour être anéantis, et votre tache est de nous aider dans ce travail”. Ce sont les mots exacts prononcés lors de l'un de ces cours [d'instruction politique pour les truands], au début de l'année 1938, par Charov, l'inspecteur de la section culturelle de la mine Partisan. (…) En la personne des trotskystes, ils se trouvèrent devant une intelligentsia qu'ils détestaient profondément. " (p. 27)

"L'intellectuel est brisé par le camp. Tout ce qui lui était cher est réduit en poussière, piétiné, la civilisation et la culture volent en éclats en un temps très court, qui se compte en semaines. (…) Cette dégradation des âmes, ce sont dans une grande mesure les truands qui en sont responsables, les repris de justice dont les goûts et les mœurs influent sur toute la vie de la Kolyma." (p. 97/99)

Essais sur le monde du crime de Chalamov
Enfin, il y a un passage assez complet sur le retour des criminels dans les camps après la Seconde guerre mondiale et la véritable guerre des gangs au sein même des camps entre les criminels qui avaient fait la guerre (et donc considérés comme soumis à l'autorité) et les criminels qui ne s'étaient pas battus.

En illustration de ce petit commentaire de livre, une photo diffusée par l'Union des prisonniers, qui s'inquiète des conditions de détention dans la colonie de Nijnevartovskaïa IR 99/15. Sur la tête de ce prisonnier est marquée l'abbréviation SDP – Section de discipline et d'ordre. Selon l'Union, ce prisonnier a été obligé, sous la menace de répressions, d'entrer dans cette section, de devenir "actif", c'est à dire de devenir un assistant volontaire de l'administration pénitentiaire. A la fois le marquage sur le crâne et l'obligation d'être actif, sont une humiliation pour le prisonnier. Mais ce n'est rien pas rapport aux moqueries, passages à tabac, violences, violations des droits subies fréquemment par les prisonniers. D'ailleurs, le 17 décembre 2008, un détenu est décédé des suites des coups reçus.

Alors loin de moi l'idée d'idéaliser le monde du crime et les criminels, mais les conditions de détentions dans cette prison ont l'air inquiétantes... et pas que dans celle-ci... et pas qu'en Russie.


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