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Anthologie permanente : H.D. (Hilda Doolittle)

Par Florence Trocmé

La revue Siècle 21, dont le numéro 14 vient de paraître, publie une traduction par Auxeméry de l’intégralité de l’un des trois grands poèmes qui composent Trilogy.

[4]

Il existe, par exemple, une formule
en chaque coquillage :

la mer pousse, continuelle,
et ne peut rien contre corail,

os, pierre, marbre
taraudés du dedans par cet artisan,

l’hôte de la coque :
huître, palourde, mollusque,

c’est un maître-maçon qui façonne
la merveille de pierre :

oui, cet ermite amorphe, flasque
là-dedans, comme la planète

pressent le fini,
il limite l’orbite

de son être, sa maison,
temple, sanctuaire, lieu saint :

il délivre les portails
à intervalles fixes :

tiraillé par la faim,
il s’ouvre au flux de la marée :

mais l’infini ? non,
de rien-de-trop :

je ressens ma propre limite,
les mâchoires de ma coque claquent

et refusent l’invasion du sans-limite,
le poids de l’océan ; l’infinité de l’eau

ne peut me briser, moi œuf dans ma coquille ;
cercle clos, immortel, complète

plénitude, je sais la force
de la marée, et la bonace

tout autant que la lune ;
le poulpe et son obscurité

sont sans pouvoir contre
sa froide immortalité ;

de même moi à ma façon, je sais
que la baleine

ne peut me digérer :
tiens bon dans ton orbite limitée, statique,

toute petite, et les mâchoires de requin
de ce qui dehors t’entoure

te recracheront :
sois indigeste, dur, sans cœur,

et ainsi vivant en dedans,
engendre-toi, toi-même de toi-même,

et sans toi,
cette perle-de-grand-prix.

H.D. (Hilda Doolitle), extrait de « Les Murs ne croulent pas / The walls do not fall », Trilogy, traduction inédite d’Auxeméry, Revue Siècle 21 n° 14, printemps-été 2009, p. 92. (version originale en cliquant sur « lire la suite… »)
site de la revue

H.D. dans Poezibao :
bio-bibliographie, extraits 1,

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There is a spell, for instance,
in every sea-shell:

continuous, the sea-thrust
is powerless against coral,

bone, stone, marble
hewn from within by that craftsman,

the shell-fish:
oyster, clam, mollusc

is master-mason planning
the stone marvel:

yet that flabby, amorphous hermit
within, like the planet

senses the finite,
it limits its orbit

of being, its house,
temple, fane, shrine:

it unlocks the portals
at stated intervals:

prompted by hunger,
it opens to the tide-flow:

but infinity? no,
of nothing-too-much:

I sense my own limit,
my shell-jaws snap shut

at invasion of the limitless,
ocean-weight; infinite water

can not crack me, egg in egg-shell;
closed in, complete, immortal

full-circle, I know the pull
of the tide, the lull

as well as the moon;
the octopus-darkness

is powerless against
her cold immortality;

so I in my own way know
that the whale

can not digest me:
be firm in your own small, static, limited

orbit and the shark-jaws
of outer circumstance

will spit you forth :
be indigestible, hard, ungiving.

so that, living within,
you beget, self-out-of-self,

selfless,
that pearl-of-great-price.


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