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Écritures silencieuses, de l’Ile de Pâques à l’Espace Vuitton

Publié le 06 juin 2009 par Marc Lenot

Deux expositions vues à quelques jours d’intervalle et des correspondances qui se créent entre deux endroits si dissemblables, le Centre Culturel Suisse et l’Espace Louis Vuitton.

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Vuitton ayant une action de mécénat envers l’île de Pâques (une des grandes statues Moai viendra à Paris cet automne, dans un endroit que les Pascuans ont jugé empreint de bonnes vibrations, aux Tuileries), cette exposition, Ecritures Silencieuses (jusqu’au 23 août), est née de la découverte de trois pierres provenant de l’île et conservées au Vatican (ce ne sont ici que des moulages) marquées d’une écriture inconnue, indéchiffrable, dite Rongo Rongo. Autour de ce prétexte, une quinzaine d’écrivains ont été rassemblés, certains avec des liens plutôt ténus, d’autres au contraire très pertinents. Le fait d’utiliser systématiquement les caractères d’écriture dans leurs oeuvres est-il un critère suffisant pour inclure ici Lawrence Weiner, Barbara Kruger, Joseph Kosuth ou, pire, les graffeurs de Sun 7 ? Encore moins justifiée est la présence du néon de Tracey Emin ou des reproductions de documents sur Guantanamo assemblées par Jenny Holzer.
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Non que ces pièces ne soient pas belles (les peaux de vache martelées de Penone sont somptueuses et les empreintes de Neto sont émouvantes), mais l’intérêt, il me semble, est ici l’énigme, l’indéchiffrable, non pas la censure, la sémiologie ou la théorie des représentations.

Heureusement on retrouve Claude Closky qui nous offre un Alphabet avec 74 lettres supplémentaires, conçues selon un modèle quasi scientifique et bien évidemment incompréhensible, aussi mystérieuses que le

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Rongo Rongo; l’alphabet complet de 100 lettres est sur un mur courbe, l’oeil ne peut l’appréhender en entier. Charles Sandison, que j’avais admiré à Orsay face aux Nymphéas, se mesure ici au mot dans une installation nommée Cryptozoologie où les mots prolifèrent, grouillent, envahissent l’espace : leur sens est perdu, seule compte leur beauté visuelle, colorée, dansante.

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Et puis il y a ce mur de livres, de morceaux de livres taillés au carré, mais surmonté d’une bande moins clean, rajoutée sans doute, plus vraie. Il bloque un coin d’une salle, on en fait le tour et là une vidéo est projetée sur ce mur-écran, vidéo montrant des lignes de signes étranges, mathématiques peut-être mais difficilement reconnaissables et qu’une main efface. C’est Xeno-writings, les écritures étrangères, de Ni Haifeng. Bien sûr ça évoque des souvenirs, Estefania Peñafiel effaçant Ecuador d’Henri Michaux, un autre mur de livres que j’ai vu je ne sais plus où. Mais cette pièce d’un Chinois vivant à Amsterdam, à la confluence de deux langues aussi incompréhensibles l’une que l’autre pour la majorité d’entre nous, de deux écritures, de deux cultures,
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et inventant ce nouvel univers de signe, est sans doute la plus forte de toute l’exposition, en tout cas la plus pertinente.

Charles Sandison étant représenté par l’ADAGP, la photo de son installation sera ôtée du blog à la fin de l’exposition.


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