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Khaled Meshal à Obama : « Des actes, pas des paroles »

Publié le 08 juin 2009 par Tanjaawi
 Meshaal s’exprime quelques heures à peine après le discours d’Obama et dans le cadre d’un large entretien dans l’un des bureaux du dirigeant Hamas, dans la capitale syrienne.
Helena Cobban
IPS Khaled Meshal à Obama : « Des actes, pas des paroles » Damas, 5 juin (IPS). Le chef du bureau politique du Hamas, Khaled Meshaal, a réservé un accueil nuancé, jeudi, au long discours que le président Barack Obama a adressé au monde musulman depuis Le Caire.

«  Le discours a été intelligemment conçu dans sa façon de s’adresser au monde musulman... et de montrer du respect pour le patrimoine musulman, » a déclaré Meshaal à IPS lors d’un entretien exclusif. « Mais je pense que cela ne suffit pas. Ce dont nous avons besoin, c’est d’actes, d’actions sur le terrain, et d’un changement de politique. »

Meshaal s’exprime ainsi quelques heures à peine après le discours d’Obama et dans le cadre d’un large entretien dans l’un des bureaux du dirigeant Hamas, dans la capitale syrienne.

Lors de l’entretien, Meshaal se montre amical, serein et plein d’assurance, et d’une réflexion très riche. Il est ferme quand il présente les positions de son mouvement, notamment quand il réaffirme qu’il veut que le Hamas soit traité comme une « partie à la solution et non comme une partie au problème. »

Il dit qu’il serait heureux de rencontrer le sénateur George Mitchell, qu’on attend à Damas dans les deux prochaines semaines et ce, pour la première fois en sa qualité d’émissaire des Etats-Unis pour la paix.

« Si Mitchell veut me rencontrer, nous l’accueillerons avec une tasse d’un thé excellent, » confie Meshaal avec un sourire.

Cela paraît peu probable dans un proche avenir. Dans son discours du Caire, Obama a réaffirmé les trois conditions préalables que le président George W. Bush et ses alliés du Quartet international (USA, UE, ONU, Russie) avaient posées en 2006 pour que tout membre de ce Quartet puisse accepter de traiter avec lui.

Meshaal fait part de son mécontentement sur cette partie du discours, indiquant que dans le même discours, Obama se disait prêt à engager des pourparlers avec l’Iran, «  sans conditions préalables et sur la base d’un respect mutuel ».

«  Pourquoi Obama est-il prêt à traiter avec l’Iran sans condition préalable, et pas avec nous ? » demande Meshaal. « Obama utilise certains mots nouveaux dans sa rhétorique, quelque peu différents de ceux que nous entendions de Bush, mais en aucun cas, nous n’accepterons des conditions préalables. »

IPS demande à Meshaal s’il pense qu’une démarche comme celle utilisée par Mitchell lors de sa médiation pour mettre fin au conflit d’Irlande du Nord dans les années 90, pouvait être efficace dans l’arène israélo-palestinienne. Dans son approche, Mitchell avait défini un ensemble de principes concernant des questions comme l’abandon de la violence et l’engagement de résoudre les différends par la démocratie, principes qu’il avait exigé à part égale des deux parties au conflit.

Meshaal : «  Avant d’entrer dans les détails, si Mitchell veut résoudre le conflit ici, il doit parler avec tout le monde. Les principes pour l’Irlande du Nord ont été le résultat d’un dialogue, pas de conditions préalables.  »

C’est là que Meshaal indique qu’il est prêt à inviter Mitchell à venir le rencontrer autour d’une tasse de thé.

IPS l’interroge également pour savoir si - et de quelle façon - il estime que le souhait depuis longtemps exprimé par le Hamas d’être considéré comme une partie de la solution peut s’accorder avec la mission de Mitchell.

« Oui, nous voulons être partie prenante de la solution, mais sur la base des droits des Palestiniens », déclare-t-il. « Nous avons déjà dit que nous travaillerons au succès de tout projet qui mettra fin à l’occupation de 1967, qui permettra aux Palestiniens de rentrer dans leurs droits, et qui nous garantira notre autodétermination. »
Nous attendons deux choses de la part d’Obama...

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«  Nous attendons deux choses de la part d’Obama, de Mitchell, du Quartet et du reste de la communauté internationale. D’abord, qu’ils fassent pression sur Israël pour qu’il reconnaisse et respecte ces droits. Ce qui fait obstacle à cela est tout du côté israélien. En second, nous avons besoin d’acteurs internationaux qui s’abstiennent de s’ingérer dans les affaires internes palestiniennes. Vous devriez nous laisser, à nous Palestiniens, le soin de régler nos différends pacifiquement. Vous devriez respecter la démocratie palestinienne et ses résultats, » affirme Meshaal.

Là il fait référence à la campagne sans concession qu’Israël, les Etats-Unis et leurs alliés ont poursuivi contre le Hamas depuis que ses candidats ont remporté la victoire aux élections législatives de l’Autorité palestinienne, en janvier 2006.

Dans cette campagne, ils ont multiplié les efforts pour délégitimer le gouvernement constitué par le Hamas, lequel sortait des élections, Israël a essayé d’assassiner les dirigeants du gouvernement notamment durant sa dernière agression contre la bande de Gaza et avec la mission du général américain Keith Dayton en Cisjordanie qui arme et entraîne une force de combat contre le Hamas, dévouée à la direction palestinienne de Ramallah elle-même soutenue par les Etats-Unis.

En réagissant au discours d’Obama, Meshaal fait allusion aussi au rôle des Etats-Unis dans cette intervention, « Plutôt que les mots doux du président Obama sur la démocratisation, nous aurions préféré que les Etats-Unis commencent par respecter les résultats des élections démocratiques que nous avons déjà tenues. Et plutôt que de parler de démocratisation et de droits de l’homme dans le monde arabe, nous aurions préféré qu’il retire le général Dayton qui est en train de monter un Etat policier en Cisjordanie. »

Jeudi, les tensions entre le Hamas et les forces dévouées à la direction du Fatah à Ramallah ont dégénéré en un véritable combat à Qalqilya, ville de Cisjordanie, où deux combattants du Hamas ont été tués ainsi qu’un agent de la sécurité de Ramallah.

Les divisions profondes entre Hamas et Fatah sont considérées par beaucoup comme un obstacle majeur à la levée du siège israélien extrêmement dommageable sur la bande de Gaza, au motif qu’Israël refuse d’ouvrir les passages frontaliers avec Gaza tant que des gens pro-Fatah ne contrôleront pas le coté Gaza desdits passages.

Meshaal, à IPS, «  Nous souhaitons ardemment une réconciliation avec le Fatah. C’est à la fois une nécessité politique et une nécessité humanitaire. Mais nous n’y réussirons probablement pas, parce qu’il y a une intervention extérieure. »

Depuis février, des tentatives de réconciliation ont été engagées, de façon sporadique, au Caire mais jusqu’ici en vain. IPS demande à Meshaal si, selon lui, l’Egypte a échoué comme médiateur. « L’Egypte n’est pas le problème, » répond-il. «  Le problème n’est pas le médiateur, c’est l’intervention extérieure. »

Il ajoute que les différends qui perdurent entre Hamas et Fatah ne doivent pas être vus comme posant un obstacle insurmontable à la levée du siège de Gaza. Et de faire valoir que si la communauté internationale veut vraiment que le siège de Gaza soit levé, elle peut en trouver les moyens.

La plus longue frontière terrestre qu’a Gaza est avec Israël, lequel contrôle aussi ses côtes. Elle a aussi une courte frontière terrestre avec l’Egypte.
Quel Etat palestinien, quelle occupation... ?

IPS insiste auprès de Meshaal au sujet d’une grande préoccupation pour certains Israéliens : quand il parle de la « fin de l’occupation israélienne », fait-il allusion à l’occupation israélienne de la Cisjordanie et de la bande de Gaza de 1967, ou à la création de l’Etat israélien de 1948 sur ce qui était auparavant le territoire du « Mandat de la Palestine » ?

Meshaal : « J’ai déjà dit que j’acceptais un Etat palestinien si Israël se retire sur la ligne d’avant 1967. Cela n’efface pas la réalité historique de l’occupation israélienne de 1948, mais le Hamas, et les autres factions, ont toutes accepté cette solution d’un Etat palestinien sur la ligne de 1967. Mais Israël n’a toujours pas accepté cela, et la communauté internationale n’a jamais reconnu notre position. »

Est-ce que la création d’un Etat palestinien juste sur le territoire occupé en 1967 assurera la fin du conflit israélo-palestinien ? : «  Cet Etat est ce que nous demandons aujourd’hui. Quand notre peuple sera libre et qu’il aura son propre Etat, il décidera de la position à prendre. »

Sur la question du droit de ces nombreux réfugiés palestiniens de 1948, et de leurs descendants, à revenir dans leurs maisons et sur leurs terres d’autrefois, qui sont maintenant en Israël, il considère que ces réfugiés possèdent toujours le droit de revenir dans leurs «  maisons, villages et villes. »

Le Hamas est souvent présenté en Occident comme politiquent rigide, mais sur certaines questions clé, il a agi d’une façon réaliste qui démontre que sa direction a la capacité d’adapter ses positions aux évolutions des réalités sur le terrain.

L’une de ces adaptations fut d’aller jusqu’à accepter l’idée d’un Etat palestinien dans seulement la Cisjordanie et la bande de Gaza. Une autre fut la décision qu’il a prise en 2005 de participer aux élections législatives de l’Autorité palestinienne, alors que dix ans plus tôt, il s’était opposé à une telle participation.

Meshaal explique cette dernière évolution ainsi : «  En 1996, nous avons refusé les élections parce qu’elles étaient considérées comme découlant des Accords d’Oslo auxquels nous étions opposés. Mais en 2006, les Accords d’Oslo étaient morts... De même, en 2005-2006, l’Autorité palestinienne était devenue un véritable fardeau pour le peuple palestinien, avec toute sa corruption. Le peuple palestinien voulait que le Hamas soit représenté dans les institutions de l’Autorité palestinienne, et pour lui ôter ce fardeau, nous avons dû être réceptif à cela. »

Toujours en réaction au discours d’Obama, Meshall se félicite de l’abandon de la rhétorique dont se servait le président Bush - mais en indiquant que cela n’est pas allé aussi loin qu’il l’aurait souhaité. Il insiste aussi sur le fait que changer de rhétorique est, à lui seul, loin de suffire.

« Obama a parlé d’un Etat palestinien, mais pas de ses frontières, » dit-il. «  Il n’a pas indiqué si cet Etat devait comprendre tout le territoire palestinien occupé en 1967, ou simplement une partie, comme Israël le veut... »

« Oui, il a parlé de la fin de la colonisation qu’Israël poursuit ; mais peut-il vraiment obtenir qu’ils arrêtent ? Sans aborder ces questions, le discours reste rhétorique, sans grand changement avec celui de son prédécesseur. »

En attendant, à tout moment, quand George Mitchell sera à Damas, et s’il a envie d’une tasse de thé, il sait où il peut en trouver une.
Helena Cobban est une analyste de longue date sur le Moyen-Orient, et écrivain. Son blog : http://www.JustWorldNews.org.

Alterinfo / 5 juin 2009 - IPS - traduction : JPP


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