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Pink Floyd - The Dark Side of the Moon (1973)

Publié le 08 juin 2009 par Eddie

The Dark Side of the Moon

par Pink Floyd

Album 5 étoiles

Année : 1973
Label : Capitol
Stéréotypes : Rock, Expérimental
Liens : Site - MySpace - Acheter

J’ai l’impression de m’attaquer à une sorte de “vache sacrée” de la musique en chroniquant ce Dark Side of the Moon. Le problème avec les vaches sacrées, c’est que je ne sais jamais trop comment les aborder. Là il faut sortir de la métaphore, sinon vous allez m’imaginer en grande discussion avec une vache, peut-être même avec celle-ci, et je n’aimerais pas que cette image perturbe votre lecture.

Je n’ai pas découvert Pink Floyd avec ce disque, mais avec The Wall, sorti 6 années après le Dark Side. Le premier a longtemps été mon “préféré” ou en tout cas celui que j’écoutais le plus régulièrement (”Comfortably Numb”, “In the Flesh”, “Hey You”, “Mother”, “Another Brick…”, “The Trial”…) et puis je me suis penchée un peu plus sur le Dark Side, en ayant passé quelques temps à le “démystifier”.

Et puis il faut dire que les concept-albums, c’est vraiment compliqué à aborder. The Wall était plus ou moins clair comme de l’eau de roche une fois que vous jetiez un coup d’oeil aux paroles. Mais pour le Dark Side, c’est une autre paire de manches. Et franchement à l’époque où j’ai découvert le disque, j’ai rien compris, et j’ai juste aimé la musique, peu importe les concepts que les Anglais voulaient véhiculer derrière.

L’album débute et se termine avec un battement de coeur. Bon, là c’est simple : le disque veut décrire le “cercle de la vie”, en s’intéressant aux différentes étapes de celle-ci. On commence avec “Speak to Me” et “Breathe”, et ce cri symbolisant donc la naissance d’un type dont on sait qu’il va finir avec un “Brain Damage”, en référence à l’état mental de Syd Barrett qui a été exclu du groupe en 1968 (pour cause de schizophrénie, d’usage abusif de LSD, dépression nerveuse…).

Et puis on passe direct à “On the Run”, un morceau assez anxiogène symbolisant je crois le stress omniprésent dans les sociétés modernes, puis “Time” qui explique la manière dont le temps semble passer plus vite quand on vieillit (“every year is gettin’ shorter”) et comment l’on se rend compte des opportunités perdues, le calme désespoir que l’on ressent arrivé à un certain âge… et voici “The Great Gig in the Sky”, métaphore sur la mort, avec cette improvisation vocale incroyable de Clare Torry. Je ne sais pas vraiment quelle est la nature de la métaphore, j’imagine assez bien une représentation de l’âme s’échappant du corps d’un vieux bonhomme et s’envolant vers le ciel, propulsé par la voix surpuissante de Clare Torry…

La face B début sur “Money”, une diatribe sur le consumérisme, le matérialisme, qui est, paradoxalement, le single ayant eu le plus grand succès commercial. Ligne de basse splendide, solo de saxophone qui me fait frémir à chaque fois, tout comme le solo de guitare de David Gilmour… Pfouah. Des carrières de air guitarists ont été lancées par ce solo, c’est moi qui vous l’dis !

Contrairement à leurs précédents disques, The Dark Side of the Moon fait beaucoup moins la part belle à ce que Gilmour qualifia de “that psychedelic noodling stuff” (”du tricotage psychédélique”, en gros des solos interminables et sans autre intérêt que de planer plus longtemps). Cette absence de “tricotage psychédélique” est donc l’une des forces du disque (force commerciale diront certains), qui devient dès lors bien plus accessible aux non-consommateurs d’acide !

Bah oui, “Pink Floyd, c’est de la musique de drogués”, vous ne le saviez pas ? V’là une des phrases toutes faites qui me met le plus en rage. “Ah bah oui mais Hendrix c’est un drogué” ou encore : “Un concept-album ? De la branlette intellectuelle, ouais !”. Graoumpf. Comment voulez-vous répondre à ces choses-là ? Eh bien comme ça :

The Dark Side of the Moon, c’est une des grandes merveilles musicales de l’Univers. C’est “Any Colour You Like”, ces paysages sonores incroyables que les Anglais peignent dans votre tête, “Us and Them”, un des morceaux les plus cools de l’Histoire, avec des paroles incompréhensibles (à part la référence à Henry Ford) mais peu importe, la musique est tellement belle qu’elle vous percute par vagues émotionnelles…

C’est aussi un travail sans précédent sur le son, un des disques les plus respectés par les ingénieurs du son. Toutes les technologies de pointe de l’époque y sont utilisées, une vraie claque sonore à l’époque, et encore aujourd’hui. C’est juste du grand art. Mais de l’art à ne pas prendre au sérieux. Ok, c’est un chef-oeuvre, un disque culte, qui transcende les époques, mais ça reste de la musique. Je comprends d’ailleurs ceux qui trouvent les synthés de “Any Colour You Like” très kitsch, et qui s’amusent de voir des gens (comme moi), tripper à mort dessus.

J’écoute le Dark Side comme je vais au musée, c’est-à-dire rarement. Mais quand j’y vais, j’en profite à fond. Je m’assoie devant les oeuvres que j’ai choisies, et j’y plonge, sans savoir trop quoi chercher, mais en sachant que j’y prendrai forcément du plaisir. C’est comme ces gens qui trouvent du plaisir à rester assis devant la Joconde (perso, j’ai du mal à lui trouver un quelconque intérêt). Chacun son trip.

Dans le Dark Side, j’aime tout. J’aime les expérimentations, les envolées de synthés de Wright qui apparaissent sans prévenir, les solos de sax, le génie guitaristique de Gilmour, les paroles de Waters…

C’est aussi le disque que je préfère mettre dans la voiture avec mon papa.

Et voilà, j’en ai oublié le concept. Je l’oublie tout le temps. Arrivé à “Any Colour You Like”, je n’écoute plus un concept-album, j’écoute juste l’album le plus impressionnant des années 1970, un truc intemporel, d’une qualité inégalable, une oeuvre d’art. Et quand le dernier battement de coeur d’”Eclipse” retentit, je n’ai qu’une envie : mettre mon tee-shirt “Dark Side of the Moon” et faire de l’air-saxo et de l’air-guitar sur “Money” en hurlant “aaah putaaain c’est boooooon çaaaaa !!!” et en souriant comme une conne, le sourire béat de l’orgasme musical.

Voilà, quoi. The Dark Side of the Moon.

Y a des disques comme ça qui échappent à toute tentative de chronique en bonne et dûe forme.

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