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Je vais te manquer… Euh, non, pas vraiment…

Publié le 21 juin 2009 par Boustoune


Amanda Sthers est une jeune femme charmante, doublée d’une écrivaine touche-à-tout plutôt douée, à qui l’on doit quelques romans, des livres pour enfants, des pièces de théâtre remarquées, et même des sketches et des chansons, plutôt pas mal, pour son ancien mari Patrick Bruel…
Mais Amanda Sthers n’est pas une scénariste de film, et encore moins une cinéaste. En témoigne son premier film, Je vais te manquer, hautement ambitieux sur le papier, mais bien trop creux et brouillon à l’écran.
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Ce film choral entremêle plusieurs histoires autour des thèmes de la séparation et de la rencontre, entre le Québec et la France :
Marcel, un écrivain misanthrope cherche désespérément l’inspiration pour un nouveau roman qui soit enfin digne de son talent. Il trompe l’ennui en s’amusant à placer ses anciens livres dans le rayon des nouveautés de librairies de gare ou d’aéroport.
C’est là qu’il va rencontrer Julia, une femme atteinte d’un cancer et trop lasse pour combattre la maladie, qui a décidé de partir au Canada pour s’y donner la mort. Une brève rencontre qui va illuminer un instant leurs existences.
Autre rencontre dans cet aéroport, celle de Lila et d’Olivier. Elle s’apprête à partir travailler au Canada, espérant secrètement y trouver le grand amour. Il est venu réexpédier sa fille, dont il avait la garde pour quelques jours, à son ex-femme, qui l’a quitté pour aller vivre au Québec. Un quiproquo va leur permettre de lier connaissance…
Dernière histoire d’amour, celle qui unit Fanny et Max. Anciens amants, ils se sont perdus de vue mais ne se sont jamais oubliés. Ayant renoué le contact grâce à internet, ils s’apprêtent à se retrouver, cinquante ans plus tard, avec la même impatience, les mêmes appréhensions que deux adolescents.
Avec ces seules  trois histoires à imbriquer, Amanda Sthers s'est lancée dans une entreprise ardue. Le film choral est en effet un exercice périlleux où il est impératif de bien équilibrer chacune des ramifications du scénario, de ne pas privilégier un personnage plutôt qu’un autre, et donc de veiller à choisir un casting homogène. Et il est également primordial de maîtriser l’art du montage pour rythmer l’ensemble… Il est vrai que quand un cinéaste parvient à trouver cet équilibre, cela donne des films magnifiques, comme certaines œuvres de Robert Altman ou d’Alejandro Gonzalez Iñarritu.
Malheureusement pour elle – et pour nous - la cinéaste débutante ne possède pas le talent de ses glorieux aînés. Ni la finesse… On est plus près de "21 tonnes" que de 21 grammes.

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Premier problème, et de taille, ses trois histoires ne sont pas d’égale teneur ou d’intensité et peinent à s’imbriquer les unes aux autres. La rencontre entre l’écrivain et la femme suicidaire est sans aucun doute la partie la plus intéressante du film, mais elle est malheureusement trop hachée, parasitée par les autres histoires, pour que l’émotion parvienne à nous gagner. La romance entre Lila et Olivier aurait aussi pu donner une comédie romantique acceptable, mais la multitude d’intrigues secondaires nuit au rythme nécessaire à la réussite d’une telle entreprise. Quant à la rencontre entre les deux anciens amants, elle est insuffisamment développée pour convaincre.
Résultat, alors que chacune des trois voies narratives auraient pu, séparément, donner naissance à des films agréables, en les étoffant un peu, l’alliage des trois donne quelque chose d’indigeste et de brouillon. Une sensation que n’arrange évidemment pas un montage assez calamiteux, trop brusque et dépourvu de nuances…
Deuxième problème, le jeu des acteurs est inégal. Si Carole Bouquet est une fois de plus impeccable, émouvante et lumineuse Julia, qu’Anne Marivin est décidément une belle héroïne de comédie romantiques et que le couple Michael Lonsdale/Monique Chaumette est assez touchant, Pierre Arditi en fait des tonnes dans le registre de l’écrivain aigri et cruel, et Patrick Mille est aussi insipide qu’à l’accoutumée. Même déséquilibre chez les seconds rôles : la jeune Clara Barbosa est d’une spontanéité rafraîchissante, Yves Jacques et Alexandra London s’en sortent bien, mais le duo Cécile Cassel/Mélanie Thierry n’est pas très crédible, et Fred Testot est assez ridicule en flic obsédé par Jack Bauer et la série « 24 ».
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Car en plus des trois histoires principales, Amanda Sthers s’est encore compliqué la tâche en développant plusieurs sous-intrigues mettant en scène un policier dépressif, donc, un clandestin venu tenter sa chance en France, les filles de Julia, fâchées depuis plusieurs années, les copines de Lila, la secrétaire de Marcel, et bien d’autres…
Trop, beaucoup trop pour une apprentie cinéaste ambitieuse, mais ne maîtrisant pas les codes spécifiques au cinéma…
Heureusement, l’émotion arrive quelquefois à passer et à nous porter, et on ne peut pas dire que l’on s’ennuie à la vision de cette comédie dramatique menée (un peu trop) tambour battant. Mais c’est hélas insuffisant pour hisser le film au-dessus de la moyenne…Malgré son titre qui affirme, péremptoire, Je vais te manquer, le film d’Amanda Sthers est tout sauf indispensable et ne satisfera probablement qu’un public peu exigeant et amateur de comédies douces-amères. Pour sa prochaine réalisation, on ne saurait que trop conseiller à Amanda Sthers de revenir à davantage de simplicité, et de se faire un peu la main sur des choses plus basiques avant de se lancer dans des projets aussi ambitieux, certes séduisant à l’écrit, mais très compliqués à réussir à l’écran.
Note : ÉtoileÉtoile


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