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PONY PONY RUN RUN ::: A cheval sur mes principes

Publié le 22 juin 2009 par Gonzai
carrousel:  1

L’un des avantages à n’être qu’un semi-journaliste, c’est qu’on peut souvent avoir à demi-raison. Ce n’est pas une fierté, mais il arrive qu’on reçoive par mail ses propres écrits avec le malaise des ex qu’on aurait préféré oublier.

« Pony Pony se complait dans la fange du passé tant décrié, couleur mauve pétante et brushings mal défaits, d’où le parfait Getting drunk on you, bien au dessus de la mêlée actuelle des sauces mal servies (Futureheads, Funeral for a friend, etc). Cours cours petit cheval, et ne revient jamais à l’écurie. » Mai 2006

Mais le droit d’inventaire existe aussi chez les semi-journalistes. En recevant ma propre chronique écrite sur Pony Pony Run Run voilà 3 ans, j’eus comme un glissando de sueur froide face à l’autre chronique que j’avais écrite un an plus tard sur le même groupe (et sûrement sur les mêmes compositions) :

« (….) Patchwork d’une génération qui cherche SA couleur, qui de peur de mal faire emprunte celle de papa et maman, le résultat, s’il est mitigé, fait incroyablement penser aux années 80 de Ricky la belle vie, ces séries américaines pour adulescents en manque de repères, amateurs de la génération Mattel et des Transformers. (…) C’est un brin putassier, un brin chiant, à jouer sur les aigues de la note, sans contraste dans les mélodies jetées sur le pavé comme autant de signes d’une indéniable envie de faire simple, de peur de compliquer le travail de l’auditeur qui attend le break à 01.03 avec la reprise du refrain à 01.15. » Mai 2007

Deux avis contradictoires en moins d’un an, mieux valait encore ne pas faire les choses à moitié (la devise promée des semi-journalistes). Plutôt que de les comparer aux comptables de demain et autres saltimbanques en VPC, les attaquer par écrans interposés sans réels arguments sur une chronique à demi-remplie ou me défouler encore sur un de ces groupes qui arrivent à vendre plus de 1000 exemplaires de leur premier album, ne restait donc qu’à rencontrer Pony Pony Run Run.

Faut dire que de You Need Pony Pony Run Run, je n’ai retenu que des bribes. Des synthés qui s’embrassent, une poignée de singles qui fonctionnent sur un riff de trois notes et un terrible gout d’éphémère qui colle le mot PHOENIX en gros sur le front de l’auditeur. Un de plus me direz-vous ? En relisant l’interview accordée par les trois nantais, j’ai enfin compris qu’il était plus facile de soutenir les loosers, tout ces artistes dont l’avenir ne serait qu’un éternel combat contre le système, que la jeune génération qui cherche encore à espérer. Cynisme VS Futurisme, cela pourrait presque être un titre d’album.

Entre deux punks révisionnistes qui ont connu l’ampoule à vis et un vieil auteur déterré mais déjà raide mort, voici venus les nantais de Pony Pony Run Run. Ou comment éviter les questions de courtoisie (« j’ai beaucoup aimé la piste 4 », « merci c’est cool man ») avec des musiciens de ma génération qui ont emprunté l’autre chemin. Au moment de faire l’appel, je me rends compte qu’on aurait pu être copains au collège, écouter les mêmes daubes radiophoniques (Scatman, Gala, Ace of Base), parce que le temps n’avait pas encore fait son ouvrage et que le combat pour le bon goût n’avait pas encore usé nos cerveaux de males éternellement frustrés par le vide.

PONY PONY RUN RUN ::: A cheval sur mes principes

Salut les gars, vous savez pour qui on fait l’interview là ?

SFR, Technikart, euh on sait pas trop en fait…

Non en fait c’est pour Gonzaï.

Ah tiens oui le site gonzo. On a relu ta chronique récemment, le manager et nous on l’a trouvé rigolote cette critique, pas méchante et sincère. Tant que c’est constructif…

(Merde, ca commence mal, j’ai raté mon effet « cool mais antipathique », rajoutons un peu de méchanceté sur la prochaine question)

Et justement, rentrons dans le cœur du sujet : votre album ne m’a pas renversé, disons même que j’ai trouvé ça un peu ennuyeux. En venant vous voir je cherche à comprendre comment en ayant le même âge que vous on peut avoir pris des chemins aussi différents. Sur Girl I know vous chantez « we are underage » mais tous les quatre on sait bien que vous avez la trentaine. Alors ? La génération Phoenix sans message ni technique, suis-je définitivement un vieux réac’ ?

(Tac, première question et j’ai pas bégayé une seule fois et en plus je leur montre que j’ai écouté l’album)

Il y a quand même une vision dans la pop, ce qu’on aime ce sont aussi les stéréotypes, ceux de l’adolescence des ricains, comme ceux que tu fustiges en parlant de Ricky la belle vie. J’aime cette vie idéale où chacun remplirait sa fonction, avec la bonasse, l’adolescent des teenage-movies, le geek, le footballeur américain… Pour nous l’album devait sonner comme ça, comme une BO de cette vie rêvée, avec un son synthétique parque quand même fans des Cars…

J’ai même vu que vous citiez Steve Reich dans la biographie.

Il fait parti de notre univers oui, sans que cela transpire dans la musique. Que cela se voit ou pas, c’est surtout dans la pratique musicale, la diversité, le fait de montrer qu’on aime les… la… le… merde je trouve pas le mot…

L’argent ?

Ah ah. On n’est pas dans une distinction par le genre. On a souvent du mal à justifier pourquoi on aime tel ou tel truc. J’aime la Lambada par exemple, qui reste quand même un énorme pillage au folklore sud-américain, par contre la chanson est bonne, pas la démarche. Ces gouts là, ca ne s’explique pas.

Justement, puisque tu parles de cela, j’ai trouvé votre bio encore une fois assez cohérente sur le fait que vous reconnaissiez votre mauvais gout.

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Oui mais quelque part cela devient une forme de gout. Et il est devenu tellement assumé qu’il est inconscient. On nous parle des années 80, 90, mais l’album reflète surtout la pop et l’habillage qu’on met autour.

Le fait d’être tous venus des Beaux-Arts vous a-t-il amené à la déconstruction de vos propres morceaux ?

(Ou comment comprendre pourquoi les chansons sont pas très bonnes en leur trouvant des excuses… C’est le début d’une longue descente vers la sympathie…S’en suit une courte discussion sur Philip Glass pour ou contre, un consensus se trouve que Glassworks. Et merde.)

C’est vrai qu’il y a eut un cadre de formation qui demandait de défoncer toutes les créations. Et même par rapport au début, les morceaux ont énormément évolué depuis trois ans. Tu parles de déconstruction, mais on penserait surement en terme d’ingurgitation. L’autre fois on a joué avec Calvin Harris et on a réarrangé un morceau en zouk, les gens ont pas vraiment compris mais ca nous faisait marrer.

(Le téléphone d’un des mecs sonne, c’est A.M. 180 de Grandaddy. Décidément impossible de les détester. Un brin dépité, je me résigne)

Bon bon, mais alors ca vous dérange pas qu’un vieux con un peu taliban vienne vous faire la morale sur vos chansons ?

Je ne crois pas que nos cultures musicales soient si éloignées que ca. On a écouté toutes les années 90, des choses comme Cheval de Frise, des passions cachées pour Human League ou Corona, j’en ai rien à foutre. Il n’y avait pas forcément de messages, mais c’était porté d’émotions.

Je me demande donc si ce que vous appelez du mauvais gout n’a pas plus à voir avec de la nostalgie de moments. Sur 1997 (She said it’s allright) j’avoue m’être demandé si vous ne regrettiez pas le dernier millénaire.

C’en est une. Tous nos albums fondateurs datent de 1997, l’année du basculement vers les années 2000 : Tortoise, toutes les sorties de chez City Slang, Gonzales même, Ok computer que j’écoutais avec une carte téléphonique en bas de chez moi sur Fun Radio…

Question plus musicale : Avez-vous conscience que tous vos morceaux commencent quasiment sans intro, le refrain au bout de trente secondes, en balayant le principe même du préliminaire ?

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Ca c’est pour éviter les mecs qui parlent trop longtemps sur les morceaux à la radio. Et historiquement nos formats sont courts et catchy, même plus longs qu’avant. C’est le format le plus logique et normal de la pop, tu as joué au foot avec tes potes avant et t’as pas envie d’attendre trois plombes pour le refrain. Parfois les choses profondément légères sont plus importantes qu’un truc grave.

Question subjective : Vous pensez que l’album va bien vieillir ?

Oui. On s’est justement refreiné sur les artifices, pour qu’il résiste. Cela explique le choix de Frédéric Lo à la production, même si on a pensé à Mirwais au départ. Lo nous a donné du recul, c’est notre point de vue. Bien évidemment cela reste le cliché d’un instant donné, 2008-2009, on ne sait pas encore comment sonnera la suite.

Il n’y a pas une seule mélodie en mineur sur votre album, c’est peut-être cela mon problème… (NB : Entamer une psychothérapie la semaine prochaine)

Je trouve cela beaucoup plus complexe d’arriver avec quelque chose de positive qu’avec un truc complexe. Le pathos en fond de commerce, c’est vulgaire non ? C’est comme le buzz, le fait d’être saturé avec un groupe avant même de l’avoir écouté.

Pourtant c’est exactement ce qui se passe avec votre album.

Ah bon ? On ne se rend pas compte. C’est peut-être le cas. On a surement la chance d’être un peu plus vieux et d’avoir pris le recul et de vivre encore à Nantes, loin de Paris. Et puis on n’est pas dans la représentation de notre musique.

Puis-je résumer votre musique à de la musique désincarnée ? Sans vous comparer au Ziggy Stardust de Bowie, vous êtes en train de me dire que vous ne cherchez pas à personnifier votre musique ?

On l’incarne par la promo, les interviews, mais on n’impose pas une image, on n’est pas égo-centré. La seule différence aujourd’hui c’est la possibilité d’avoir accès aux médias pour défendre notre musique, on est la caution de notre travail. Le buzz, sincèrement, nous échappe.

Je suis vraiment emmerdé les mecs, je vous trouve très sympas, c’est assez détestable comme sentiment. Dernière question, à l’époque on avait réalisé un dossier stupide sur les groupes à nom de poney. Deux ans plus tard, êtes-vous vraiment le meilleur d’entre eux ?

C’est un peu comme ca qu’on se vend, forcément…. Mais tous ces groupes ont pris des voies différentes, Poney Poney a changé de nom, Poni Hoax n’évolue pas sur le même registre, New Young Pony Club c'est pas pareil... Ca nous a par contre desservi à l’époque au niveau des concerts, les organisateurs nous disaient « ah non j’ai déjà trop de groupes à nom de chevaux ». Enfin bon… tu sais… entre poney, on s’est jamais vraiment tirer la bourre.

Voila, c'est la fin de l'interview. Le soir même, en évitant le concert de peur d'être déçu, j'ai bien compris l'ampleur du malaise. Car si l'album est aussi inutile qu'un lifting à Dunkerque, il devient tout de même très dur de détester les groupes qu'on aime pas, dès lors qu'on sort du pré carré (sic). Mon royaume pour un pain dans la gueule, ou comment dorénavant je réfléchirai deux fois avant de relire mes propres chroniques.

www.myspace.com/ponyponyrunrun


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LES COMMENTAIRES (1)

Par zizi
posté le 02 juillet à 21:34
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j'ai ecouté pony!! 2 minutes ...

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