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CHIPTUNE ::: 8 bit on the brat

Publié le 22 juin 2009 par Gonzai

Trop d’icônes envahissent le bureau alors que la piste son du futur a passé plus de vingt ans dans des pixels bien étroits. Au final, préférer laptop et autres soirées Playstation à n’importe quelle virée nocturne serait l’acte nihiliste qui donnerait enfin un sens à la musique de jeu vidéo.

Aux alentours de 2007, la marée hype a finit par ramener Crystal Castles. Ils pouvaient bien livrer d’extraordinaires concerts, j’avais plutôt envie de fuir leur public que j’imaginais rempli de pouffiasses à collant fluo. Ce qui m’intriguais chez ce groupe, c’était leur manie de saboter tout bourgeon de mélodies par des bip-bip game-boyophile. Une paire d’oreilles avertie me mit au courant : ‘’ Ces ‘’bip-bip game-boyophiles’’ on appelle ça du 8bit, gros blaireau’’.

CHIPTUNE ::: 8 bit on the brat

8bit. Chiptune. Voir même Micromusic. De la musique électronique au même titre que la Techno ou la House, ces termes qui m’effraient tout autant que le tuning et ses caissons de basse dans le coffre, régurgitant décibels synthétiques pour attirer les tâches étranges aux sièges cuir. Toujours prêt à empaler du DJ sur les manches de Stratocaster, je sais pourtant que le chant des circuits intègre l’esthétisme. D’Electronica en Intelligent Dance Music, j’ai été hypnotisé par Autechre, tremblé devant Aphex Twin, plané sous Boards of Canada. Mais je bloque sur mes dogmes : l’artiste accompli doit trouver sa révélation dans la grand-messe live. Cette excuse pour se coller à des corps étrangers interdit de lever les yeux sur un pauvre tripoteur de boutons. Il faut du solide, du palissandre.

Mais j’ai beau tenter de dresser un mur entre cette musique et moi, elle finit par suinter. Le 8bit qui emprunte minimalisme et sonorités aux consoles vintage m’a ramené tout de suite des morceaux froids d’enfance, des sons entendus sans vraiment y prêter attention. Confronté de nouveau à l’inintelligible naissance de ces sons, c’est la poursuite de Myspace en Myspace. Entre l’horrible barbapapa pixellisée d’YMCK et l’entrevue des paysages étranges de Cobol Pongide, j’écoute ces gens qui préfèrent se référer à Koji Kondo plutôt qu’à Kraftwerk.

Je ne comprends toujours pas, interdit de tout jugement critique. Un peu comme si là tout de suite on me demandait de faire un top 5 des meilleurs groupes de ska festif alors que la vraie question est : Y en a-t-il vraiment un de plus valable?

Dans mon errance, je finis par en arriver là. Bon ou Mauvais ? 8bitcollective, plate-forme où chacun vient mettre en ligne ses chiptunes, est la mine pour répondre à ma question binaire. La symphonie de bip-bip, cacophonie de moniteurs hospitaliers et de sirènes de l’ordre imprègne la pièce en même temps qu’une odeur de plastique brûlé. Mes narines et mes oreilles rejettent ces sensations désagréables. Mais je m’accroche, remontant la liste des morceaux compulsivement. Peu à peu, la logique des feux d’artifices numériques se fait entendre. Si mon jugement reste aphone, je commence à comprendre quand les fumées âcres viennent gêner la lumière de mon écran.

CHIPTUNE ::: 8 bit on the brat

Devant mes yeux rouges, c’est la musique passée au format 2.0, à consommer en lignes unidose de quelques minutes. Mode random, la piste sans besoin d’album ni de concert en droite logique du vecteur Mp3/Ipod pour de la symphonie d’écouteurs. Pas de groupe, pas de producteur. Des sons a portée de tous. Vendre studios et instruments pour acquérir la seule trinité qui compte : un ordinateur, une connexion internet et les logiciels adéquats. A l’étage du dessous quelque chose flambe, mais l’alarme incendie se marie plutôt bien à ce qui sort de mon casque. Je ne me décide pas à sortir. Plus souvent sur Facebook que dehors, plus de Ctrl+R que de bouffées d’air frais, fixé à l’écran, dilué en avatar, en identifiants, en password. Ma gorge est sèche et je tousse en écoutant le futur. Dans les sons rétros coincés entre 80’s et 90’s, j’entends des cyborgs raffoler de pistes générés en aléatoire par des logiciels désormais indépendants.

Communautaire comme Youtube, en réunissant création et solitude des écrans, 8bitcollective télescope Deviantart et Youporn. Chacun devant son logiciel en bidouilleur de mélopées, l’identité explosée au réseau dans l’uniforme de sons glacés pour ne rencontrer l’autre que désincarné dans l’Internet. Je respire mal dans la fumée mais je ne me lèverai pas. Je ne veux plus séparer réel et virtuel, je veux me perdre en .com sans le souci du corps. Le 8bit me parle sans me toucher. Ces robots doivent être plus sensibles que moi.


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