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Boris Vian, Les fourmis et autres nouvelles lues par François Marthouret et Thibault de Montalembert, Audiolib

Publié le 22 juin 2009 par Irigoyen
Boris Vian, Les fourmis et autres nouvelles lues par François Marthouret et Thibault de Montalembert, Audiolib

Boris Vian, Les fourmis et autres nouvelles lues par François Marthouret et Thibault de Montalembert, Audiolib

Changement de timbres de voix - donc de jeu d'acteur -, de format littéraire et d'ambiance dans cette autre production d'Audiolib. François Marthouret et Thibault de Montalembert se partagent la lecture de ces six nouvelles « animales », éditées en 1949, il y a tout juste soixante ans si vous calculez bien. Je n'avais jamais entendu parler de ce livre et suis donc entré dans le texte avec d'autant plus de curiosité.

« Les fourmis » sont celles qu'un soldat a dans les jambes à force de ne pas bouger. Il a posé le pied sur une mine. Il sait qu'il va mourir mais conseille à ses copains de continuer leur chemin, de le laisser là. Il s'agit d'un texte époustouflant car la chute vient couronner un récit sur l'horreur de la guerre – on reconnaît bien la patte de celui qui écrira Le déserteur en 1954 - et son absurdité. Absurdité magnifiquement restituée par des situations horribles et insolites qui provoquent d'emblée un rire d'effroi. Ainsi, lorsque le narrateur, après avoir débarqué sur une plage, raconte comment il glisse sur une boîte de conserve, comment il reçoit une jambe en pleine figure ou encore quand il dit : « comme cadeau d'anniversaire il nous a envoyé douze obus de 88 ». Absurdité des mots et des situations lorsque ce soldat se souvient que, par maladresse, il a fait tomber un mortier ce qui a provoqué l'envoi d'un obus sur le piano d'un gradé, déclenchant ainsi sa fureur. Mais le supérieur finira par le remercier car, un instant plus tard, un autre obus, ennemi cette fois, viendra détruire la pièce où il se trouvait.

Ce qui est intéressant chez Vian c'est ce côté un peu british qui consiste à presque tout dire sur le même ton, de ne jamais abuser de l'effet de surprise. Comme si rien ne l'interloquait lui-même. Et ce qui rend l'écoute des plus agréables c'est précisément que les deux narrateurs ont la même démarche. Ils ne font pas passer leur propre personnalité avant tout. Ils ne tentent pas de reléguer l'écriture au second plan. Le texte lu est encore un texte de Boris Vian et non du Boris Vian « revisité par ».

« Le loup-garou » raconte la transformation de Denis - un loup - en homme après une rencontre avec un couple, Lisette et le mage du Siam. Dans ce court texte, l'auteur inverse le mythe pour montrer que le monde des humains n'a absolument rien à envier à celui des animaux.

J'ai un faible pour « Les poissons morts », texte mettant en scène un homme chargé de pêcher des timbres avec des filets pour le compte d'un patron horrible qui donne a son employé de faux billets de train et le fait dormir dans une niche, la nuit.

Avec « Blues pour un chat noir », Boris Vian montre qu'il ne se contente pas de flirter avec l'absurde. Il le pousse jusqu'à son paroxysme. La nouvelle nous présente un frère et une soeur, tout juste sortis du cinéma, qui assistent, dans la rue, à un combat entre un coq et un chat. Après s'être fait marcher sur la queue, ce dernier tombe dans une bouche d'égout. La quasi-totalité du texte raconte les tentatives de faire sortir l'animal. Participent à l'expédition une « péripatéticienne » et deux soldats américains. Finalement, la bête sort de son trou noir. Et tout ce beau monde va boire un verre dans un bar pour fêter l'événement. A force de boire du cognac, le chat finit par mourir. Il sera finalement avalé par la bouche d'égout. Très étrange.

Je passerai sur « L'oie bleue » qui n'a pas reçu mon attention pour finir sur « L'écrevisse ». Nouvelle qui rappelle un peu la tonalité de L'écume des jours. Le personnage principal est un certain Jacques Théjardin. Ce musicien est souffrant. Il est alité, chez lui. Dans un couloir de cette maison se produit un orchestre de chambre. Si l'allusion orchestre de chambre/couloir peut faire sourire, elle montre aussi à quel niveau Boris Vian plaçait la musique, un art capable d'apporter une bouffée d'oxygène à un organisme malade – rappelons que l'auteur avait une malformation du cœur -. Les symphonies qu'interprète Jacques Théjardin lui rebondissent dans la tête. Le texte est intéressant en tant qu'il joue sur un vocabulaire commun à la musique et à la maladie. Ici, Vian parle de quinte – quinte de toux ou espace entre 5 notes -, là de cachet – à avaler pour soigner son mal ou rémunération pour ses concerts -. Je n'aime pas beaucoup la fin qui m'a rappelé celle d'un – pourtant – bon film Breaking the waves. A moins qu'il ne s'agisse d'une nouveau pied-de-nez à ses lecteurs pour brouiller les pistes.

Ça lui ressemblerait bien.


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