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L'Amérique au panthéon rock, part 35

Publié le 23 juin 2009 par Bertrand Gillet
Quel point commun existe-t-il entre Alice Cooper, cet échassier de haute volée aux noirceurs théâtrales assumées, et Dany le rouge, devenu vert le temps d’un scrutin et autrefois adepte de l’amour libre et licencieux ? A priori aucun me direz-vous, même si notre nouveau député européen se veut l’arbitre rock’n’roll des soirées électorales benoîtement chiantes. Et pourtant, en 1972, alors que Dany s’interroge sur son potentiel avenir politique, Vincent Furnier et sa bande balancent sur les ondes américaines un juvénile School’s Out (for summer) prompt à faire danser la gamine de façon suggestive, avec lancer de petite culotte obligatoire. Ce métaphorique morceau de coton encore tout imprégné de ses premières humeurs finira par habiller au sens propre du terme le vinyle de l’édition d’époque. Comble de la provocation, la pochette reproduit un innocent bureau d’écolier tagué de commentaires jubilatoires sur la vie de nos chères têtes blondes américaines, entre programme de révision et plans drague du vendredi soir. Il suffit de l’ouvrir (enfin d’ouvrir la pochette par le haut) pour découvrir le disque et la fameuse petite culotte qui dût en cette année nourrir plus d’un fantasme hilare autant que l’inquiétude des parents et des ligues de vertu. Oublions Dany et ses déboires culottés pour nous pencher sur ce que renferme le sous-vêtement en question : un album qui a « l’étoffe » (AHAHAHAHAHAHAH) des classiques immédiats. Et pour le prouver, le morceau titre démarre sur un riff acéré et des roulis de piano qu’aurait envié un Jerry Lee Lewis par exemple. Le refrain est cinglant, minimal, puissant et annonce le début du vice, des plaisirs de l’été, les soirées bières, la plage et la baise, nous sommes au cœur de la mythologie adolescente américaine, celle qui alimenta les films d’horreurs les plus funs. « No more pencyls, no more books » assomment les esprits, quelques années avant le « We don’t need no education » des Floyd. La sonnerie du lycée tinte, se noyant dans des échos synthétiques, l’album peut alors commencer. Au-delà du cliché hard rock grand guignolesque qui lui colle à la peau, Alice Cooper le groupe, est 1) fondamentalement rock’n’roll et 2) attaché à une certaine mixité de la musique, pétrie d’une esthétique qui l’amena à intégrer dans son corpus des éléments pop, prog et jazz. On retrouve cette démarche dans Luney Tune et dans Gutter Cats Vs. The Jets aux constructions élaborées, proches du psychédélisme,  pas très loin non plus des canons du rock progressif alors en vigueur de l’autre côté de l’Atlantique. La force du groupe étant de ne jamais se revendiquer du genre. Ce qui leur permet d’assumer cette folie, cette outrance que l’on apprécie encore aujourd’hui. Et puis il y a la voix d’Alice alias Vincent, engoncée dans les aigus, hurlant autant que miaulant, une voix de vieille baderne hystérique tranchant aussi profondément que les riffs envoyés par Glen Buxton, incisive, perçante, comme si le bon vieux Alice avait coincé ses cordes vocales dans la porte de sa loge en guise de rituel. Street Fight est ce que l’on pourrait appeler un instrumental contextuel avec bruits de castagne, de poubelles renversées, de chat et de sirènes de police. Ça sent le vécu autant que l’arrière rue cradingue ou les pires choses peuvent habituellement se passer. Blue Turk débute sur une sorte de swing vicieux enrobé de quelques murmures et autres feulements vaguement sexuels avec une descente de basse qui rappelle méchamment le Sunny Afternoon des Kinks, puis se prolonge sur des claviers doorsiens que n’aurait pas reniés Ray Manzarek, un saxo débarque à l’improviste pour taper le bœuf et sieur Alice Cooper de nous emmener à cœur perdu dans une jam jazzy parfaitement maîtrisée, ouah, sentiment classieux à mesure que se tricotent dans nos oreilles des soli de sax et de guitare ; putain, le rock serait-il affaire d’éclectisme, il semblerait que oui. Face B, on fricotte avec l’opéra ici délirant, et les accords de piano un brin lyriques nous aiguillent dans ce sens. C’est My Star qui brille de mille feux électriques, n’oublions pas que la chose a été encore une fois produite par Bob Ezrin dont on ne redira jamais assez tout le bien que l’on pense de lui pour avoir œuvré derrière les manettes lors de l’enregistrement de demi chefs-d’œuvre en forme de classiques cultes de la trempe de Berlin de Lou Reed ou de The Wall des Floyd, euh, de Roger Waters je voulais dire. On continue les enfants, les vacances ne sont pas terminées, écoutez donc Public Animal #9. Existe t-il morceau plus rock je vous le demande, quelqu’un veut répondre ? Vous avez noté comme Alice roule sa voix, à quel point celle-ci est grave, aussi rugueuse qu’un papier de verre ? On dirait qu’il va poncer tous les murs du studio avec. Alma Mater commence comme une ballade de l’ouest avec sa guitare western et sa rythmique sèche. Puis,  sans que l’on s’y attende, des chœurs beatlesiens façon double blanc surgissent sans crier gare, cela dit nous savons fort bien que la petite bande de Detroit révérait les merveilleux Fab Four. Nous approchons déjà de la fin qui en toute surprise se nomme Grande Finale, hé oui, Alice peut aussi se faire imprévisible. Un final grandiose, à la hauteur de tout ce que nous avons entendu auparavant, qui malgré tout se la joue peinard avec une gratte pro, des synthés funky et des cuivres roucoulants, et là on se dit, mais il se foutrait pas un peu de notre gueule le père Alice ?!! Où est le hard rock métal death démoniaque dont les exégètes du rock me parlaient à longueur de chronique ? Wake up mec, je crois que ces petits merdeux snobinards de mes deux n’avaient jamais daigné prêter une oreille attentive à l’œuvre complexe du groupe et au moment où je vous parle, le morceau se la pète grave avec ses accents soul rutilants façon générique fastueux de Starsky & Hutch mais que dire d’autre, c’est bon, c’est même jouissif de songer que des petits blancs peuvent nous filer la gaule et là, là, mes kids, à la quatrième et dixième seconde ? le thème prog roublard de Gutter Cats Vs. The Jets refait surface, fin de la dernière face et de l’album, ouf. Alors, comment conclure ? Quand la fin de l’été approche, que l’école s’apprête à rentrer en scène, il convient de faire preuve de sérieux, d’assiduité et de réviser ses classiques : School’s out en fait partie, comme Killer juste avant ou Billion Dollar Babies après. Je sais, il y a du boulot. Quant à Dany le rouge et ses premières amours interdites, oubliez toutes ces conneries. Il ne faut jamais avoir le « culot » d’insister avec ces blagues et autres insinuations de mauvais goût.

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