Ce ne sont pas des parasols que John Batho photographie (à la Bibliothèque Nationale Richelieu jusqu’au 6 septembre), pas plus que Monet ne peignait des meules de foin ou la cathédrale de Rouen dans leur réalité changeante. Les Parasols (1981-2002) ne sont que des formes, qu’un support pour la couleur, pour les oppositions de couleurs, les frontières entre les couleurs, les dissonances et les correspondances entre elles ; à peine s’il se préoccupe de l’agencement des ces formes-parasols dans l’espace, ni de leur équilibre ou de leur tension.
L’objet ne l’intéresse guère en soi, il n’est que moyen de parvenir à une certaine vision, de bâtir une chromatie complexe, dérangeante, qui vient en quelque sorte perturber l’image, polluer notre vision, la rendre plus sensuelle, moins digne de confiance, moins indicielle. Ce ne sont pas des trompe-l’œil, le photographe ne prétend pas montrer un autre réel, mais entraîner son spectateur dans une expérience de perception visuelle. Le regard compte infiniment plus que la chose vue.

la couleur. Photographier des Papiers Froissés (1987-1990) tient de la gageure, voire du gag. L’objet photographié, dérisoire, n’est plus qu’un déchet, il perd toute existence, tout intérêt, sinon, justement, celui que lui confère le photographe en l’instaurant support de couleur et de lumière. Si la série des Nuages Peintures (1998) a encore une attache matérielle, encore que vaporeuse et cousinant avec la peinture, on perd quasiment tout sens du référent face aux Papiers-lumière (1992) sur fond noir ou devant les

Comme ces images quasi abstractisées semblent inciter à la méditation, encore que l’auteur se défende de tout spiritualisme, la tentation est grande de les mettre en résonance avec la peinture chinoise classique. Le peintre chinois de paysages (le genre le plus noble) ne peint pas un sujet donné, il peint à chaque fois le monde ; il ne représente pas la nature, il reproduit son processus incessant, il peint le cosmique. Si personnage il y a, il est peint à l’unisson du monde, intégré tout autant qu’un rocher ou un bambou. Ce refus de la mimesis, de la représentation / imitation du monde, au bénéfice d’une vision plus essentielle, transmettant l’esprit plutôt que la forme, c’est aussi ce vers quoi John Batho semble tendre.


* Rien à voir avec cette chronique d’un absent présent.
Toutes images copyright John Batho, courtoisie du service de presse de la BNF.
