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Sur la lecture, texte de Marcel Proust lu par André Dussolier, Thélème

Publié le 27 juin 2009 par Irigoyen
Sur la lecture, texte de Marcel Proust lu par André Dussolier, Thélème

Sur la lecture, texte de Marcel Proust lu par André Dussolier, Thélème

Je vous ai déjà dit, ici-même, l'admiration que j'ai pour André Dussolier. Elle se vérifie une nouvelle fois avec ce CD où le comédien nous lit Sur la lecture, un texte écrit par Marcel Proust et qui sert de préface à sa traduction du livre de John Ruskin intitulé Sesame and lilies.

L'auteur de A la recherche du temps perdu nous dit ici le bonheur que lui confère la lecture, de savoir qu'il a « deux heures avant le repas » à consacrer à la découverte d'une œuvre, enfin quand tout va bien et que personne n'est là pour interrompre cette rencontre intime, quand le dîner ne tarde pas.

Plaisir de lire quand il se retrouve dans sa chambre, « sorte de chapelle ». L'auteur nous dévoile aussi la crainte d'être surpris par ses parents. Il nous parle aussi de la cruauté qu'il y a de se séparer des gens dont il a été question dans les ouvrages. Plaisir enfin d'être dérouté, en quelque sorte, quand nous, lecteurs, attendons des réponses d'un auteur alors que celui-ci donne avant tout des désirs.

La lecture, pour Proust, est une initiation, non une discipline, un moyen non une fin. Grâce à elle, poursuit-il, nous regardons et apprenons à voir. Plus loin, il nous confie que la lecture lui apporte une impulsion, qu'elle est une incitation. Qu'en aucun cas elle ne doit se substituer à la vérité.

J'ai été véritablement bouleversé par cette audition. D'abord parce qu'elle émane d'un auteur dont je n'imaginais pas un seul instant qu'il ait pu écrire de telles lignes. Vous me direz que c'est parce que je ne connais pas Marcel Proust. Sans doute. Il me semble toutefois surprenant d'apprendre, sous sa plume, qu'il ne faut pas être un « fétichiste des livres ».

Il y a certainement d'autres moments tout aussi délicieux. En voici un : « nous ne sommes tous, nous les vivants, que des morts qui ne sont pas encore entrés en fonctions. » Si Marcel Proust nous conseille de ne pas être des fétichistes des livres, il compare toutefois ces derniers à de « vrais amis ». Une amitié qui passe par le silence, celui du lecteur face à l'œuvre. Une amitié qui, joie suprême, donne tellement à son lecteur.

Les propos qui suivent vont certainement vous paraître extrêmement naïfs à une époque où tout individu qui réfléchit est un danger potentiel pour ses contemporains, mais qu'importe. Je pense que cette préface devrait être diffusée auprès d'un large public, jeunes ou vieux – d'ailleurs ça n'a pas d'importance puisqu'on trouve des opposants à la lecture dans différentes tranches d'âge -.

A défaut de répandre ce texte, peut-être devrions-nous, nous qui aimons la compagnie des livres, le relire régulièrement, ce qui permettrait d'agrémenter des propos toujours un peu généraux sur tel ou tel ouvrage. Dire combien lire est une chose merveilleuse sans laquelle vivre a nettement moins de saveur.

Je me souviens d'avoir eu un professeur de français en classe de première, Monsieur Tran, originaire du Vietnam, qui disait avoir été sauvé, lors de sa traversée en bateau pour fuir le régime communiste alors victorieux des troupes américaines en pleine débâcle, par un écrivain et un de ses livres : Gustave Flaubert et son Madame Bovary.

Plus de vingt ans ont passé. Je n'ai jamais oublié cette phrase qui résonne toujours dans ma tête. Elle a sans nul doute déclenché un goût pour la littérature qui, je le crois, ne s'est jamais éteint. Il est curieux tout cela me revienne à l'écoute de ce CD.

Si vous n'avez jamais été l'élève de celui que j'appelle toujours avec respect Monsieur Tran, alors allez sans plus tarder faire l'achat de cet audio-livre. Vous verrez combien un texte écrit avec beaucoup de finesse et qui cherche à convaincre par la séduction peut s'avérer poignant quand il est lu par un comédien dont tout le jeu montre à l'évidence qu'il s'inscrit dans la lignée des plus grands: ceux qui servent un texte sans jamais s'en servir.

Une telle authenticité est bien rare, n'est-ce pas ?


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