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Avec le temps...

Par Celinouchka

Ses roues ont quitté le sol, l'avion s'est envolé, direction un ouest que je ne connais pas, que je ne voulais pas connaître, vers un monde de conquistadors qui effraie, éblouit, horrifie.
Mes pieds sur les pavés de cette ville ancienne, Lisboa, pavés, chaleur, le vent un peu frais, parfois, et ces pavés, ces pavés, cette histoire ancrée dans ces pavés.
Tremblement de terre, Candide me revient à l'esprit, j'ère dans Baixa, démoli, reconstruit, amour, humour, tourisme.
Les boutiques de marchands de catelles, les maisons de catelles, les pavés, encore et toujours les pavés, qui nous entourent, instables, murés dans un goudron fondu, déplacé, déformé.
Mes pieds brûlants dans les ruelles étroites, la chaleur suffocante, le château, Salazar et puis tous les autres, les Maures et leur influence, toute ces beautés étalées à mes pieds.
La tombe de Vasco Da Gama, celle de Fernando Pessoa, les memoriams, les théâtres mal entretenus, ce concert que je n'ai pas été écouter, par peur d'errer toute seule dans cette nuit trop noire, trop dangereuse, ces ruelles étroites, la vie décalée, qui commence tard et finit tôt le matin.
Chiado et ses boutiques, les livres en portugais, les quelques exemplaires en anglais et en français, ma langue brûle d'ébrécher les mots dans ma bouche, je ne sais que penser, et je divague, divague, enfermée dans ce cocon humain que je n'ai jamais voulu.
Mes pieds brûlants dans l'océan, envie de jeter une bouteille à la mer, un appel au secours loitain, embarquer dans le bateau de pêche, et partir au loin, et les brûlures du soleil sur tout le corps, le rire et la douleur se côtoient, et finalement, les mots se mélangent dans ma tête. Dostoïevski a goûté au sable de la plage, au vent de cette plaine désertique, à l'odeur de poisson omniprésente, mais mes yeux se sont fermés dessus, vaincus par la fatigue de la vision.
Mes pieds brûlants tapant les pavés, courant, écouter le Fado dans le petit restaurant, en retard, je me suis endormie, trop épuisée par tant de voyages et d'expériences. Les cris des femmes, et la beauté et la pureté de sa voix, mélancolique, me plongeant dans une tristesse qui se noie dans le vin rouge, versé dans le gosier pour satisfaire une envie de fuite.
Mes pieds brûlants d'avoir reçus mes larmes d'incompréhension, de difficulté, de différence. Et ses mots, cette discussion, et puis, je rêve, à nouveau, j'espère, lève les yeux, et vois les nuages se rapprocher, se fondre dans le ciel, se dissoudre sous moi.
L'avion a décollé, et est reparti, rammenant mes pieds brûlants au point de départ.
L'ouest s'est révelé à moi, et l'est m'appelle, à nouveau, encore.


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