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Chuck Palahniuk, Snuff

Publié le 28 juin 2009 par Menear
Après Choke et Rant et avant Pigmy (sorti le mois dernier aux US, les t-shirt dédiés sont déjà en vente sur le site du Culte) voici Snuff, signe que Chuck Palahniuk aime trouver le titre de ses livres en éternuant. Autrement je ne vois pas.
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Snuff movies (ou Snuff films) : films courts généralement sous forme d'unique plan-séquence mal filmé et instable qui mettent en scène un meurtre réel, parfois précédé de pornographie avec viols de femmes ou d'enfants.
Cassie Wright, célèbre porn-star de son état, organise un nouveau record mondial : baiser devant caméras avec 600 hommes au cours d'une seule nuit. Les corps huilés des acteurs pornos ou simples anonymes venant profiter de l'aubaine attendent dans le couloir que leur tour sonne. On a inscrit sur leur peau un numéro – leur numéro – qui correspond à leur ordre de passage dans le film à venir. Une caméra fictive se balade entre les rangées des candidats pour prendre leurs témoignages sur le vif ou leurs pensées tacites du moment (quelques rares élus sont conservés au montage : Mr 72, Mr 137, Mr 600 et Sheila, l'assistante de Cassie Wright). Le roman est en quelque sorte le making-of écrit de ce world wild record qui se met en place au fil de la nuit.
Avec Snuff, Chuck Palahniuk prend une recette qui fonctionne : celle de Rant notamment (Peste en français). Il abandonne la narration fixée-panoramique au dessus des personnages ou la première personne pure pour un récit multiforme et polyphonique qui s'articule autour de témoignages, qu'ils soient ici oraux ou flux de conscience. Exactement comme pour Rant (mais à plus petite échelle : beaucoup moins de voix sont ici concernées), le récit prend la forme d'une enquête, enquête de seconde zone peut-être, mais enquête malgré tout. L'enjeu : décrypter l'envers d'une réalité donnée par le biais de visions multiples et fragmentées.
The reason they're shooting dudes out of order is so the editor can cut the pop shots together, one to six hundred. After that, Cassie will moan and flop around as much with number 599 as she does with number 1. In between, she'll only lie there like she's sleeping, but really in a coma. Or worse. Nobody here, none of us shmucks, will know any different than the official press release: "Adult Superstar Dies After Setting World Sex Record."
Ce roman, censé être un pamphlet, n'en est pas un. On reste dans le tout divertissant, un pied suffisamment loin dans le trash pour rester dans une gamme marketing ciblée, un autre suffisamment ancré dans des bases narratives somme toute assez classiques. Le monde du porno est effleuré en surface et les témoignages alternés empilent les lieux communs et autres légendes urbaines d'une voix métallique. Une légère intrigue familiale se développe, on l'attend malsaine, elle l'est, mais fragile, qui ne prend pas vraiment. Certaines pages mentent mieux que d'autres, certaines accroches sont intéressantes, mais trop vite noyées dans un défilé de latex et de chair trop systématique pour être véritablement pertinent.
One could always ask Bacardi about the mass-production aspects, the assembly lines in China where sweatshop workers wrap and package endless silicone-rubber copies of his erection, still hot from stainless-steel molds. Or they package and ship jiggling armies of pink plastic vaginas cast from the shaved pussy of Cassie Wright. Chinese slave labor, by hand, tweezing in pubic hairs or airbrushing different shades of red or pink or blue. Accurate down to Cassie's episiotomy scar. Bacardi's every vein and wart. The way people used to make death masks, casting plaster faces of celebrities in the hours between their demise and their decomposition.
Long after Cassie Wright becomes old and demented or dead and rotten, her vagina will still haunt us, tucked under beds, buried in underwear drawers and bathroom cabinets, next to dog-eared skin magazines. Or, showcased in antique stores, Bacardi's rubber erection, priced the same as the hand-carved scrimshaw dildos of lonely, long-dead Nantucket whaling wives.
A kind of immortality.
On reconnaît facilement un roman de Chuck Palahniuk : il répond toujours aux mêmes schémas, structures, concepts. Le parti pris est toujours volontairement chargé, osé, trash, la narration est toujours brève et sèche, les paragraphes courts et les constructions répétitives. Il y a toujours ces petits slogans qui reviennent toutes les cinq ou dix pages pour forger une marque de fabrique qui accroche, idem pour les paragraphes-phrases dont le but est de renforcer lapidairement en quelques syllabes le propos du paragraphe précédent. C'est souvent sec et cynique, c'est souvent acide et violent, tant pis pour l'Amérique bien pensante. Puis humour noir, citations de demeurés et questions rhétoriques empilées sur la page. Ensuite on mélange un peu de sang, sueur, sperme et tripe et la légende urbaine se poursuit : mesdames et messieurs les gens s'évanouissent en lisant du Chuck Palahniuk.
Dudes tell a joke. They say, "How many queer fuck films end as snuff films?" The answer being, "You wait long enough—all of them!"
Snuff est un roman plaisant mais mécanique. Palahniuk a trouvé une recette et il s'y tient. Ce n'est pas désagréable en soit, mais très peu inspiré. Avec Rant, Palahniuk essayait de sortir de ses névroses narratives sans y parvenir. Il reprend avec Snuff les bonnes vieilles habitudes de son écriture. S'il nous arrive de sourire par moment à la lecture de ces pages, l'arrière-goût permanent est moins flatteur : difficile de trouver plus anecdotique dans la bibliographie de Chuck Palahniuk que ce Snuff bancal et fainéant. Passons à autre chose.

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