Magazine Beaux Arts

La photo à Toulouse (4)

Publié le 03 octobre 2007 par Marc Lenot

Le Printemps de Septembre (jusqu’au 14 Octobre) montre assez peu de photographies et les vues de banlieue ou les photoshoppages présentés n’y sont guère enthousiasmants. Mais un photographe sort du lot, le Guyanais Mathieu Kleyebe Abonnenc. Il faut s’éloigner de la rue, traverser une cour, prendre l’ascenseur, longer des couloirs de bureaux. La salle est noire, plongée dans l’obscurité. La vidéo projetée est sombre, très sombre, à peine trouée parfois de fulgurances lumineuses où on distingue à peine des hommes, un bras, un arbre : c’est filmé la nuit dans la jungle amazonienne. Dans cet univers hostile, on perd tout repère, l’image disparaît. Mais ce sont les photos à côté qui sont le plus impressionnantes. En vous approchant, en tentant de voir, en profitant de la moindre lumière, vous distinguerez des hommes souriants ou hilares, heureux, triomphants, avec sur leur visage la satisfaction du travail bien fait. C’est alors seulement que vous remarquerez qu’une partie de la photo est floue, manquante, effacée, invisible. C’est la lecture du cartel de Location Unknown qui vous révélera l’horreur : ce sont des photos de lynchage, pendaison ou crémation, de Nègres dans le Sud des Etats-Unis. Ce qu’on ne voit pas, ce que l’artiste nous cache -et, en nous le cachant, nous le rend mille fois plus visible, plus présent- c’est le corps de la victime, le cadavre brûlé ou pendant, la preuve, le témoignage. Les photos proviennent de là (si vous avez le coeur bien accroché) et l’artiste les a retravaillés. Ce travail sur le visible et l’invisible me rappelle le travail sur les photos d’Auschwitz d’Estefania Peñafiel (Fiat Lux) : faut-il montrer l’horreur ? (lire aussi ici et la polémique entre Georges Didi-Huberman et Jacques Lanzmann).  

Le festival off à Toulouse s’appelle Manifesto (jusqu’au 14 Octobre aussi). la première galerie de Manifesto montrait…. David Hamilton ! Après Lyon, j’ai cru à un cauchemar ! Heureusement (mais peut-être que je n’y comprends rien, et que les nymphettes pré-pubères ont un sens caché), le reste est mieux. En particulier, un garage désaffecté, dénommé Le Bunker, montre pas mal de bons jeunes photographes, dont les diptyques d’Estelle Lagarde où des femmes apparaissent, inopinées dans des pièces délabrées, d’où soudain la couleur disparaît et ceux d’Etienne Audebrand, qui capture et juxtapose des proximités, des bribes d’une histoire qu’on ignorera toujours.

Parmi les galeries toulousaines, Sollertis présente les travestissements de Pierre Molinier et les bêtes à mille dos et deux mille jambes de Madeleine Berkhemer, EXPRMNTL de belles compositions de Charley Case, mais allez surtout voir Jason Oddy à GHP (Halle aux Poissons). Ses photos de lieux vides recréent des absences, dans des lieux de pouvoir (ONU ou Guantanamo) ou de mort (maisons de défunts ou cryonautes); ci-contre un sanatorium. Une de ses séries s’appelle DINGFY (Diying is not god for you). Là encore, pour y revenir, l’espace, même vide, déserté, reste omniprésent, Oddy l’occupe véritablement.

Enfin, prenez le métro : chaque station héberge une oeuvre. Voici celle de Sophie Calle.

Photo Mathieu Kleyebe Abonnenc : courtoisie de l’artiste et du Printemps de Septembre. Photo Jason Oddy : courtoisie Galerie GHP.


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