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Porter l'enfant d'une autre

Publié le 03 octobre 2007 par Willy
La gestation pour autrui reste interdite en France et doit se pratiquer à l'étranger. | ANOSHA/GAMMA
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La gestation pour autrui reste interdite en France et doit se pratiquer à l'étranger.



Au départ, l'idée d'avoir recours à une mère porteuse était pour moi inacceptable. Mais la souffrance de ne pas pouvoir avoir d'enfant était si grande que je me suis mise à faire des recherches sur Internet et avec mon mari nous nous sommes lancés dans cette aventure que nous savions risquée." Magalie (les prénoms ont été changés) revient des Etats-Unis. Son bébé a quelques semaines. Il a été conçu avec les gamètes de ses parents, mais porté et mis au monde par une "gestatrice", une "nounou" comme l'appelle Magalie. Cette pratique de la "gestation pour autrui" (GPA) est interdite en France, mais autorisée dans certains Etats américains, ainsi qu'en Australie, en Israël, en Afrique du Sud, en Grèce et en Grande-Bretagne.

Magalie est venue témoigner de son expérience, samedi 29 septembre, lors d'une réunion organisée par l'association Maïa, spécialisée dans l'aide aux couples infertiles. Pour cette jeune femme qui a subi une ablation de l'utérus, la GPA était l'ultime solution pour avoir un enfant. "Nous avons tout trouvé par nous-mêmes : l'agence, l'avocat, la gestatrice, raconte-t-elle. Nous étions à l'hôpital pour l'accouchement, et j'ai pu prendre mon bébé dans les bras dès ses premiers instants." De retour en France, son enfant a un passeport américain, mais n'a aucun lien officiel de filiation avec ses parents.

FAIRE AVANCER LE DÉBAT

"La GPA entraîne des problèmes juridiques très aigus, sans compter son coût financier très élevé", constatent les responsables de l'association Maïa. Laurent et Patricia n'ont pour l'instant que faire de ces problèmes de filiation. Du fait d'une endométriose importante, Patricia ne peut pas être enceinte et fera "tout ce qu'il est possible de faire" pour devenir mère. "Toutes ces difficultés liées à la GPA, ça fait peur mais il faut s'accrocher", estime Laurent. "On se fera discret, on prendra le passeport du petit et puis voilà. On attendra l'évolution de la législation", envisage Patricia.

L'association Maïa, qui milite en faveur d'une légalisation encadrée de la GPA, compte sur la révision, en 2009, de la loi de bioéthique pour faire avancer le débat. "Un cadre législatif est nécessaire pour autoriser la GPA aux couples confrontés à des problèmes médicaux empêchant toute grossesse. Cela permettrait d'éviter les excès - agences commerciales jouant les intermédiaires, annonces sur Internet, etc. - auxquels ils peuvent être confrontés à l'étranger", explique un membre de l'association.

La première enquête nationale sur ce sujet, menée en début d'année par l'Agence de la biomédecine, montre une opinion publique assez ouverte. 55 % des personnes interrogées estiment que "le fait qu'une femme en bonne santé prête son corps à un couple pour porter leur enfant et lui donner la vie" est acceptable, 53 % considèrent que la loi devrait autoriser cette pratique et 44 % pensent que le recours aux "mères porteuses" est déjà autorisé par la loi en France. "Personnellement, je ne sais toujours pas comment font ces femmes pour accepter d'être mère porteuse, avoue Magalie. Je n'ai pas eu d'élan d'amour vis-à-vis de ma nounou, mais c'est vrai qu'elle nous a donné cet enfant avec une générosité incroyable."

Sandrine Blanchard

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