Magazine Chanson française

Bénabar

Publié le 03 octobre 2007 par Plumes
 
Le dîner
 
J'veux pas y'aller à ce dîner, j'ai pas l'moral, j'suis fatigué, ils nous en voudront pas, allez on n'y va pas. En plus faut que je fasse un régime ma chemise me boudine, j'ai l'air d'une chipolata, je peux pas sortir comme ça. Ça n'a rien à voir je les aime bien tes amis, mais je veux pas les voir parce que j'ai pas envie.
On s'en fout, on n'y va pas, on n'a qu'à se cacher sous les draps, on commandera des pizzas, toi la télé et moi, on appelle, on s'excuse, on improvise, on trouve quelque chose, on n'a qu'à dire à tes amis qu'on les aime pas et puis tant pis.
J'suis pas d'humeur tout me déprime et il se trouve que par hasard, y'a un super bon film à la télé ce soir. Un chef-d'oeuvre du 7ème art que je voudrais revoir, un drame très engagé sur la police de Saint-Tropez. C'est une satire sociale dont le personnage central est joué par de Funès, en plus y'a des extraterrestres.
On s'en fout, on n'y va pas, on n'a qu'à se cacher sous les draps, on commandera des pizzas, toi la télé et moi, on appelle, on s'excuse, on improvise, on trouve quelque chose, on n'a qu'à dire à tes amis qu'on les aime pas et puis tant pis.
J'ai des frissons je me sens faible, je crois que je suis souffrant, ce serait pas raisonnable de sortir maintenant. Je préfère pas prendre de risque, c'est peut-être contagieux, il vaut mieux que je reste ça m'ennuie mais c'est mieux. Tu me traites d'égoïste, comment oses-tu dire ça ? Moi qui suis malheureux et triste et j'ai même pas de home-cinéma.
On s'en fout, on n'y va pas, on n'a qu'à se cacher sous les draps, on commandera des pizzas, toi la télé et moi, on appelle, on s'excuse, on improvise, on trouve quelque chose, on n'a qu'à dire à tes amis qu'on les aime pas et puis tant pis.
 
Bénabar
 
Tout va bien
 
Boule Quies, fric et vague à l'âme pour rien
Cholestérol, mais défilé d' mannequins
L'existence en peau de chagrin
Au son des karaokés, on se soutient
Barbecue, lacrymo, survêtement
Couleur des yeux, taille, poids déterminant
La joie en supplément
La détresse et le chagrin payables comptant.
Roulez jeunesse, la vie n'est qu'une kermesse
Il faudra que cela cesse, mais rien ne presse
Car tout va bien, tout va bien...
Quinte de toux pour les vieux supermans
Quête de toux pour les jeunes pyromanes
Pilotes de courses hystériques
Carambolages historiques, mais pas de panique
Disneyland, amour, joie de vivre... c'est louche
Revolver, barillet et cartouches. Tout va à vau-l'eau
Même la calotte s' mèle de capote, ces vieux puceaux.
Roulez jeunesse, la vie n'est qu'une kermesse
Héritiers de Damoclès, il faudra bien qu'on serre les fesses
Mais tout va bien...
Ils nous préparent la prochaine surboum
Bienvenue à tous dans le sanglant cartoon !
Notre bon vieux navire
Ne deviendra que l'Titanic ou le Bounty
Crack boursier, société en faillite
Pourriture que nos sociétés suscitent. Malgré les points de suture
Même si la foi se régénère les plaies suppurent.
 
Bénabar
 
Quatre mur et un toit
 
Un terrain vague, de vagues clôtures, un couple divague sur la maison future. On s'endette pour trente ans, ce pavillon sera le nôtre, et celui de nos enfants corrige la femme enceinte. Les travaux sont finis, du moins le gros oeuvre, ça sent le plâtre et l'enduit et la poussière toute neuve.
Le plâtre et l'enduit et la poussière toute neuve.
Des ampoules à nu pendent des murs, du plafond, le bébé est né, il joue dans le salon. On ajoute à l'étage une chambre de plus, un petit frère est prévu pour l'automne. Dans le jardin les arbres aussi grandissent, on pourra y faire un jour une cabane.
On pourra y faire un jour une cabane.
Les enfants ont poussé, ils sont trois maintenant, on remplit sans se douter le grenier doucement. Le grand habite le garage pour être indépendant, la cabane, c'est dommage, est à l'abandon. Monsieur rêverait de creuser une cave à vins, Madame préfèrerait une deuxième salle de bain.
Ça sera une deuxième salle de bain.
Les enfants vont et viennent chargés de linge sale, ça devient un hôtel la maison familiale. On a fait un bureau dans la p'tite pièce d'en haut, et des chambres d'amis, les enfants sont partis. Ils ont quitté le nid sans le savoir vraiment, petit à petit, vêtement par vêtement.
Petit à petit, vêtement par vêtement.
Ils habitent à Paris des apparts sans espace, alors qu'ici il y'a trop de place. On va poser tu sais des stores électriques, c'est un peu laid c'est vrai, mais c'est plus pratique. La maison somnole comme un chat fatigué, dans son ventre ronronne la machine à laver.
Dans son ventre ronronne la machine à laver.
Les petits enfants espérés apparaissent, dans le frigo, on remet des glaces. La cabane du jardin trouve une deuxième jeunesse, c'est le consulat que rouvrent les gosses. Le grenier sans bataille livre ses trésors, ses panoplies de cow-boys aux petits ambassadeurs, qui colonisent pour la dernière fois la modeste terre promise, quatre murs et un toit. Cette maison est en vente comme vous le savez, je suis, je me présente, agent immobilier. Je dois vous prévenir si vous voulez l'acheter, je préfère vous le dire cette maison est hantée. Ne souriez pas Monsieur, n'ayez crainte Madame, c'est hanté c'est vrai mais de gentils fantômes. De monstres et de dragons que les gamins savent voir, de pleurs et de bagarres, et de copieux quatre-heures, "finis tes devoirs", "il est trop lourd mon cartable", "laisse tranquille ton frère", "les enfants : à table !".
Écoutez la musique, est-ce que vous l'entendez ?

Roulez jeunesse, la vie n'est qu'une kermesse
Allumez vos feux de détresse et soyez dimanche à la messe
Car tout va bien, tout va bien.
 
Bénabar

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