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Rions avec les écrivains. Aujourd'hui, la rentrée littéraire pour les nuls.

Par Thomz

Christine Angot ne sortant pas de romans tous les ans, ma haine se doit de trouver d'autre cibles, accompagnée de ma mauvaise foi. Frédéric Beigbeder était donc une cible de choix pour ce début de rentrée littéraire. Je tiens à préciser aux censeurs que je n'ai pas lu le livre, n'en ai aucune intention (mais que bien malgré moi, quand j'étais plus jeune, j'en ai lu du Beig, donc je ne suis pas totalement inculte sur la question, ce qui ne me qualifie pour autant en rien pour parler d'un livre que je n'ai pas lu), et que les passages en italiques sont de vrais passages de la 4e de couverture, et que mis bout à bout, ils forment l'intégralité de cette 4e de couverture. Le reste n'est que littérature


Cela pourrait commencer ainsi : " Je venais d'apprendre que mon frère était promu chevalier de la Légion d'Honneur, quand ma garde à vue commença ". [C’est bien ça, ça c’est de l’accroche. On joue du contraste, voir de l’opposition frontale. Ca rappelle de beaux débuts de phrase, quand faut marquer le lecteur par une image forte, pas du tout cliché comme écriture. Et puis bon, au moins on sait que tu vas parler de toi, alors on sait à quoi s’en tenir. Enfin tu mets du suspens aussi parce qu’on se demande (enfin quiconque n’ayant jamais lu la presse ni les journaux à scandale) pourquoi donc tu étais en garde à vue. Parce que tu as du le chercher quand même. Bon on sait que t’es pas un terroriste étant donné que t’as été relâché et qu’on t’a pas vu porter une combinaison orange orange quelque part à Cuba. Quel crime nous vaut donc un début aussi fort ?]


Ou ainsi : " Je ne me souviens pas de mon enfance ". [ Alors là bravo, c’est encore plus fort, bref, concis,on en redemande, phrase courte, une idée principale, et après on développe, on tartine. C’est l’inverse de ce que dit Proust en gros au début de la Recherche si je me souviens bien. Alors on voir que tu maitrises là littérature. Mais c’est vrai que tu es écrivain et que tu bosses (bossais ?) dans l’édition. C’est vrai aussi que tu étais un pubard. Peut être que ça vient de là cette nervosité du concept qui t’habite ?]

Mais en fait ce serait le même livre : celui de la mémoire et de l'enfance retrouvée, un Du côté de Guethary dans l'été inachevé de la côte basque où les parents de Frédéric se rencontrèrent, mais aussi le passage à l'âge d'homme, la mue d'un gamin immature en adulte pacifié. [On navigue en pleine pastorale, j’espère qu’on ne va pas découvrir que le petit Frédéric a été conçu dans un champ par une douce journée d’été, mon pauvre cœur n’y survivrait pas. Et puis Guethary, ça pose le décor c’est bien. C’est exotique, la côte basque, y a un côté sauvage et rugueux qui n’est pas sans m’exciter je dois dire. Et puis le texte nous rappelle bien l’influence de Proust, hein des fois qu’on ait pas compris que c’est la référence quand on veut parler correctement de quand on est enfant. Enfin Du côté de chez Swann, ça coule quand même mieux dans la bouche. Et puis Swann c’est quelqu’un, pas un lieu, alors là, l’analogie, franchement, c’est pas très réussi. Les stagiaires ne sont vraiment plus ce qu’ils étaient. Et on se dit que les interrogations métaphysiques qui vont prendre le dessus, sans aucun doute, du roman, seront inédites. Mais attendons la suite pour savoir. Rappelons qu’il n’est pas question de lire le livre. On voit aussi que c’est comme du Flaubert, que c’est un roman d’apprentissage quoi, comme la Chartreuse de Parme (qui est de Stendhal, comme la construction syntaxique de la phrase ne le laissait pas forcément entendre et menaçait de me faire passer pour un benêt), ou encore mieux, l’Education sentimentale, dont le thème est contenu dans le titre ce qui est bien pratique quand on veut lire un livre. C’est moins vague que « Un roman français » quand même, qui, tu me pardonneras c’est expression, est quand même foutrement vague. Mais bon, on peut reconnaître une certaine portée à l’universalisme, enfin si on cherche bien. Là aussi, on voit que ce sera un bouquin de contraste, comment t’as changé par rapport à quand t’étais gamin. Tu me diras moi j’en connais pas beaucoup des gens qui sont pareil que quand ils étaient gamins. On appelle ça grandir, moi j’ai grandi par exemple, et je fais pas chier le monde avec un livre. Bon après, c’est sur que ça peut faire de bons livres, mais quelque chose me dit que j’ai pas envie de savoir comment t’as grandi pour entrer dans la pub, devenir critique littéraire pour dames et éditeur de choc et enfin publier des livres insipide, aussi vide que notre époque (on appelle ça une mise en abyme tu me rétorqueras, moi j’y vois simplement une décalcomanie)]


Le 28 janvier 2008, Frédéric [j’adore parce que là on met que son prénom, parce que ça fait humble, et que ça rappelle aussi un autre Frédéric aussi qui est dans un bouquin que j’ai évoqué plus tôt. Moi aussi je suis très fort question intertextualité, moi aussi j’ai fait une classe prépa] l'écrivain media-choc [formule choc, inventée exprès pour le dossier de presse du bouquin, qu’on va réutiliser ad libitum (moi aussi je me la pète) comme bling bling ou usine à gaz. Franchement, ça claque « écrivain média-choc », tu devrais le déposer et le mettre sur tes cartes de visite] le personnage public, [à corriger : le personnage DANS Public] le noceur, est interpellé pour usage de stupéfiants sur un capot de Chrysler noire, dans la rue ; il aggrave son cas en fuyant la patrouille de police ! [Putain, c’est ça qu’on doit appeler la double peine ! le mec il sniffe sur un capot de caisse, se fait gauler, et en plus il court comme un gros con. Franchement, c’est pas un livre qu’on aurait du faire, c’est un film. Michael Mann aurait été pas mal juste pour cette séquence. Le reste, Josée Dayan peut sûrement s’en charger, si Olivier Dahan n’est pas occupé à jouer les artistes.Et puis bon pour la 4e, ils ont quand même l’art de la litote en même temps que du placement de marque. Parce que, que ce soit une Chrysler, on n’en a rien à foutre. C’est sur ça à plus de gueule que si c’était sur une pauvre Peugot 206 ou une twingo. Au moins là y a de la place sur le capot pour pouvoir se faire une méga-ligne. Mais « usage de stupéfiant sur le capot etc… ». On sait qu’il s’est fait une grosse ligne à la sortie d’une boîte sur le capot d’une caisse. Là on à l’impression qu’il avait juste posé son cul sur la bagnole et qu’il s’était roulé un joint tranquillement, ce qui n’est pas du tout classe et ne peut en aucun cas servir d’épisode fondateur et nécessairement traumatique à une introspection profonde.]

En garde à vue, dans une cellule puante de deux mètres carrés, on a le temps de réfléchir. [Franchement, moi je préfère réfléchir dans mon bureau, avec une bière et des clopes à portée de main, c’est pas mal aussi, et au moins ça sent pas trop mauvais, à part le tabac c’est vrai. Mais au fait, c’est là que le trauma commence, parce que c’est vrai, en cellule de dégrisement ça rigole pas, les clodos et les jeunes y vomissent quand même pas mal, et puis les flics en ont aussi sûrement marre des mecs qui savent pas être responsables, et surtout qui sont assez conspour se faire serrer complètement raides. Donc en fait, Frédéric, c’est comme si il avait fait de la prison. Et encore, ils nous épargnent ici le Dépôt, et puis le juge d’instruction méchant si bien que Beig il a du censurer son bouquin s’il voulait que tout le monde le lise. Maintenant, on a plus le courage de ses idées. On a le courage de faire un coup de pub gratos, d’exciter les journalistes de magazines féminins et puis sagement de ranger ses couilles dans son slip kangourou pour éviter de prendre des coups. Je croyais que t’avais changé. Au pire on t’aurait poursuivi pour diffamation non ? Pff. Donc tu réfléchis, et tu te dis que tu vas écrire un bouquin là-dessus non ?]

Qui est-on ? [Oh putain, mais c’est un livre de philosophie ou quoi ? Moi je veux lire un roman, pas un mec qui s’impose une réflexion sur l’ontologie de je ne sais quoi. Je veux savoir où je mets mon argent] Qu'a-t-on pu faire entre 0 et 13 ans ? De qui suis-je né ? [Bon là, on voit clairement qu’une autre influence majeure déteindra sur le texte : Marcel Rufo]

Pourquoi suis-je amnésique ? [Je pense que tu as la réponse, sinon t’aurais pas écrit un bouquin. Et si jamais y a pas la réponse dans le livre, je fais un scandale. Ca m’intéresse de savoir si tu te souviens de ton enfance. Tu sais, j’ai un peu plus que la moitié de ton âge, et mon enfance, et ba pareil, je m’en souviens pas trop, enfin des bouts, des images, comme tout le monde. Et puis en fait ça me gène pas de pas trop me souvenir. Plus tard peut être, quand je serai en panne d’inspiration et que j’aurais envie de me faire respecter de ces connards de critiques littéraires qui trouvent que mon œuvre n’a pas assez de gravité, de pesanteur]


Commence alors un roman français, une généalogie aux doux noms de pays qui va chercher du côté du Béarn (le père) où une élégante maison familiale, la Villa Navarre, reçoit Paul-Jean Toulet et Paul Valéry, et touche à l'aristocratie désargentée par la mère. [Sans intérêt, ça résume pas mal le livre y parait, alors je pense qu’on peut s’y reporter si on veut être sérieux, et ne pas avoir envie de perdre son temps ]

Alors que gémissent les compagnons de cellule, Frédéric se souvient enfin, de l'histoire de France et d'un slow, d'une plage à Biarritz et du divorce, de la timidité et de la célébrité. [alors c’est l’apothéose pour la fin, on se croirait dans sous le soleil avecses mauvais acteurs, ses mauvaises répliques, le tout emballé pour nous faire croire que la vie c’est ça. Idée pour ton prochain roman : ma vie a été une mauvaise série télévisée de TF1]

Donc en fait, si je veux résumer, Proust avait sa madeleine, et toi t’as eu les gémissements du mec bourré à côté de toi en dégrisement. La classe

La classe.


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