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Réforme du système santé américain : cas d’école

Publié le 22 août 2009 par Christophefaurie

Point, à partir de 3 articles du Monde, sur la réforme du système de santé américain par B.Obama.

Que veut B.Obama ?

Si je comprends bien, B.Obama juge que le système d’assurance privé est inefficace. Il coûte très cher et surtout « en dix ans, les polices d'assurance santé ont augmenté quatre fois plus que le coût de la vie aux Etats-Unis. » Ensuite il assure mal : non seulement tout le monde ne peut pas s’offrir une assurance, mais il refuse beaucoup de monde. Autrement dit le système d’assurance privé se comporte en monopole !

La solution est quasi mathématique. Un système public d’assurance entrant en concurrence avec le système privé, et le forçant à revoir ses pratiques et ses prix. On fait d’une pierre deux coups, baisse de coûts, meilleure qualité !

Résistance au changement

Ces mesures rencontrent une grosse résistance :

  • Elles vont couler les assureurs privés, le privé étant contraint de faire des bénéfices n’est pas concurrentiel. Argument surprenant : le capitalisme serait-il moins efficace, économiquement parlant, que l’économie dirigée ?
  • Opposition des 60 – 80 ans, une classe de votants décisive. Ils ont peur pour leur système d’assurance, qui fonctionne bien. Or, il me semble que celui-ci est essentiellement administré par l’état… Une explication alternative, la défiance vis-à-vis de l’équipe Obama : « Avec une nouvelle "caste" à la Maison-Blanche, ils se sentent dépossédés. »
  • Surtout, la réforme semble heurter ce que l’Amérique a de plus profond, ses valeurs : « la famille, la non-intervention de l'Etat, le refus de toute contrainte collective ». Quelques citations étonnantes :

Une retraitée ne veut pas "payer pour une assurance qui remboursera les avortements". Une autre élargit l'enjeu : "Le problème n'est pas la santé. C'est la transformation de ce pays en une Russie, en pays socialiste."

Un homme récemment licencié, Ron Ammerman, 35 ans, se lève : "Je suis responsable de moi-même, pas des autres, dit-il. Je ne devrais pas avoir à partager les fruits de mon travail avec d'autres."

Sarah Palin (…) "Mes parents ou mon bébé trisomique devront comparaître devant le tribunal de la mort d'Obama, où des bureaucrates décideront s'ils sont dignes ou non de recevoir des soins."

"Un tel système serait l'incarnation du mal", dénoncent les adversaires de la réforme.

Amérique fondamentaliste

Le discours de Sarah Palin, mis dans la bouche du président iranien, effraierait. D’ailleurs, il n’est pas rationnel : le « tribunal de la mort d’Obama », c’est le système de santé des autres pays occidentaux, qui sont des démocraties. En fait, à y bien regarder c’est le manque de logique qui est le trait commun de cette opposition : sur le fond elle nie non seulement les principes du libéralisme financier (l’efficacité de l’entreprise), mais aussi ceux de la foi chrétienne (le partage et la solidarité). On n’est pas dans la raison, mais dans l’émotion, les valeurs sacrées.

L’Amérique, pays fondamentaliste, même moins éclairé que les fondamentalismes qu’elle combat ? Pays le plus con du monde, comme le disent les guignols de l’info ? Obama, martyr qui va crever pour avoir voulu faire le bien de fondamentalistes ingrats et attardés ?

Eh bien, le changement, c’est toujours comme cela. Celui qui veut le changement a une raison imparable qui ne convainc personne. Et la résistance au changement s’exprime par des raisons totalement stupides. Ce qu’il y a de franchement intéressant dans cette réforme, c’est que c’est un cas d’école de conduite du changement.

Cas d’école

  • La résistance est légitime. L’organisation (la nation, ici) exprime maladroitement qu'elle craint que le changement démolisse ce qui fait sa force et son être (= ses « valeurs »). La cause de résistance étant aussi vieille que le pays, que l’administration Obama soit prise par surprise montre certainement qu’elle est coupée des préoccupations du peuple. Sa faiblesse est peut-être bien qu’elle ne représente pas l’Amérique.
  • Ce qui bloque c’est la mise en œuvre. Les Américains sont probablement d’accord pour avoir une assurance santé meilleur marché et plus efficace, mais pas au prix d’une bureaucratie. Ce qui bloque un changement, ce n’est presque jamais son objectif, c’est sa mise en œuvre. En quelque sorte, dans le changement, la fin justifie les moyens.
  • Le facteur clé du changement c’est son contrôle. Ce qui frappe ici, c’est le manque de leadership de l’administration Obama. Le président a demandé au Congrès d’écrire la loi. Le congrès ne pourrait qu’être d’accord avec ce qu’il aurait produit, n’est-ce pas ? Or, il a accouché de trois propositions incompatibles. Le grand théorème du changement, c’est qu’il doit être contrôlé. Plus exactement, ceux qui doivent concevoir la mise en œuvre du changement (le Congrès) doivent être placés dans une « cocotte minute », de façon à ce que la dite mise en œuvre soit sûre de sortir. Pour cela, il faut une animation du changement. Et il faut se donner les moyens de défendre ce en quoi l’on croit. Ce qui n’est pas difficile : la position des adversaires de la réforme, comme je le dis plus haut, peut être ridiculisée en s'appuyant sur les valeurs de l'Amérique.

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