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Cinéma et n’importe quoi…

Publié le 23 août 2009 par Boustoune

En matière de cinéma, chaque pays possède ses propres référents, ses auteurs marquants qui inspirent les générations suivantes ou qui créent des courants culturels. La France ressent encore l’influence de la Nouvelle vague des Truffaut, Godard, Chabrol et consorts ; la Grande-Bretagne s’est faite spécialiste de la comédie sociale sous la houlette des Loach, Leigh et Frears ; le Danemark a Lars Von Trier et son Dogme ; la Suède a eu Ingmar Bergman ; l’Espagne a Almodovar. Et en Serbie, l’exemple à suivre se nomme Emir Kusturica…
Il est donc tout à fait naturel que l’on ressente très fortement l’influence du réalisateur de Underground dans le premier film d’Uros Stojanovic, Charleston & vendetta, une tragi-comédie exubérante, peuplée de personnages picaresques et à l’intrigue audacieuse.
L’action débute au lendemain de la première guerre mondiale, dans les Balkans. Le conflit, meurtrier, a décimé la quasi-totalité de la population masculine en âge de travailler et de procréer. A Pokrp, la situation est même dramatique puisqu’il n’y a plus qu’un seul homme au village, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’est guère vaillant, puisqu’il s’agit d’un vieillard paralytique ! Pire, avant de mourir, le dernier homme valide, devenu fou, a truffé de mines anti-personnelles le sol des vignes de la bourgade, principale source de nourriture et de revenus. Les femmes sont obligées de tirer au sort pour savoir qui va devoir aller vendanger le dangereux vignoble, logiquement rebaptisé « mort-gnoble ». L’exercice est évidemment souvent fatal, et les enterrements sont monnaie courante dans le village.
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Comme les habitantes ont déjà pleuré toutes les larmes de leur corps pour leurs hommes disparus à la guerre, elles louent les services de Mala et Ognjenka, deux « pleureuses » professionnelles. Elles n’ont pas besoin de beaucoup se forcer pour laisser éclater leur chagrin. Il leur suffit de penser qu’au vu de l’espérance de vie dans leur village, elles vont peut-être mourir avant d’avoir pu connaître le plaisir charnel avec un homme, ni même le moindre baiser… Alors un jour, elles se décident à passer à l’acte avec le seul homme du village, notre vieillard plus très en forme… De fait, le cœur du bonhomme ne résiste pas à la visite des deux créatures de rêve… Les habitantes du village leur jettent une malédiction : elles n’ont que quelques jours pour aller trouver un homme pour le village.
S’engage alors une quête qui va les conduire non pas à un, mais à deux beaux spécimens masculins, virils et en pleine possession de leurs moyens. Mais, ayant goûté à l’amour, les deux jeunes femmes n’ont pas vraiment envie de partager leurs hommes avec les harpies du village…
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Pour mettre en scène ces situations improbables, le cinéaste a donc choisi de lorgner sur le style de Kusturica, misant sur l’inventivité de ses mouvements de caméra, une débauche d’effets visuels audacieux et un rythme de narration effréné.
Pari ambitieux, promesse alléchante. Au final, à moitié tenus, car même si on en prend effectivement plein les yeux, on reste étrangement à distance des personnages, pourtant incarnés par des actrices pleines de charme(s). Le problème est que Stojanovic, tellement obnubilé par ses partis pris esthétiques et son désir d’épater la galerie, a quelque peu oublié d’alimenter son scénario en péripéties et a surtout omis de lui apporter un fond.
Quel est le sujet du long-métrage ? Les conséquences de la guerre ? Les rapports hommes-femmes ? On peine à trouver le sens de l’œuvre…
Mais après tout, un film n’est pas obligé de véhiculer un message, d’induire une réflexion. Il peut se contenter de n’être qu’un simple divertissement. Sauf que sur ce plan-là, Charleston & vendetta n’est guère plus abouti, marquant un net essoufflement à mi-course, faute d’enjeux suffisamment clairs. Du coup, les effets visuels finissent par ne plus être assimilés qu’à de l’esbroufe gratuite, juste destinée à cacher les creux du scénario, et le rythme frénétique, au bord de l’hystérie, que le metteur en scène cherche à imprimer au récit finit par fatiguer.
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Bref, l’élève est loin de dépasser le maître et encore moins de l’égaler…
Uros Stojanovic est assurément un cinéaste doué et très prometteur. L’ambition formelle dont il fait preuve et la singularité de son univers artistique en attestent. Mais il lui manque clairement un vrai scénario, bien architecturé, bien pensé, avec des thématiques parfaitement définies. Quand on pense que sur un point de départ plus contemporain, mais très proche, la bosniaque Aida Begovic a réalisé le très émouvant Snow, il y a de quoi avoir des regrets… Peut-être est-ce là la mauvaise influence de Luc Besson, qui a produit le film par le biais de sa société EuropaCorp. Le cinéaste français a en effet la fâcheuse habitude de privilégier la forme au fond et de quelque peu bâcler des scénarii aux points de départ pourtant accrocheurs.
Toujours est-il que Charleston & Vendetta (encore un titre français idiot en regard du titre original « Tears for sale »…) ne restera hélas pas dans les annales… Dommage !
Note : ÉtoileÉtoileÉtoile
Charleston & Vendetta 

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