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Les Colts de la Violence

Par Tepepa
Les Colts de la Violence
1967
Mille dollari sul nero
Alberto Cardone
Avec: Anthony Steffen, Gianni Garko
Ça commence avec un gros plan sur la trogne en sueur d’Anthony Steffen, c'est-à-dire que ça commence de la façon la plus parfaite qui soit. On sait déjà qu’on va avoir droit à un film mal foutu, mal joué, mais qu’on va adorer ça. C’est le masochisme propre au genre. Une musique trompetissante s’élève sur les montagnes rocailleuses grisâtres d’Almeria, des détonations de Winchester retentissent à l’infini et notre homme fait mine de tomber. Le western spaghetti se décortique en motifs élémentaires insécables et incontournables : une musique, un homme qui tombe, une baston, puis sans transition, une pauvre loque qui se fait humilier, des sales gueules qui rient bêtement, un fouet qui claque. Les ingrédients sont là, le liant est le talent du réalisateur, la crème italienne prend où ne prend pas, je l’ai déjà dis ailleurs, tout est affaire de dosage, de talent, de respect du matériau. Le motif des sales gueules qui rient peut être glaçant s’il est placé en cours d’intrigue, que le tabassé paraît réellement souffrir, que les rires sont raccords avec les coups et le contexte ; il peut être ridicule s’il est placé dès le début du film, que le type qui se fait humilier est pour le moment inconnu, et que les rires semblent déconnectés des humiliations délivrées ou disproportionnés par rapport à leurs effets. Le talent est bien peu de chose, pourquoi en 1964 dans un film à petit budget, Clint Eastwood porte une tenue étudiée et splendide qui est encore aujourd’hui reconnue par n’importe quel quidam, pourquoi en 1967 dans ce film au budget sans doute comparable, Anthony Steffen a-t-il l’air encore plus pouilleux que d’habitude, vêtu éternellement des mêmes habits, sales, communs et si uniformes que les frontières entre le pantalon, la chemise et la veste deviennent indistinctes, comme si l’homme était moulé dans une coque beige inamovible et peu importe le film ? Avec si peu de soin porté au détail, Alberto Cardone peut bien situer le repaire du méchant dans un genre de temple précolombien pour provoquer un émoi esthétique, la maïzena fait des grumeaux au lieu de faire une crème fluide !

Mais comme pour Gringo joue sur le rouge du même Alberto Cardone, les grumeaux sont savoureux, et surtout totalement latins : la haine entre frères, la désintégration du noyau familial dont la mama parvient malgré tout, un temps, à empêcher le massacre, les dialogues extrêmement théâtraux et purement fonctionnels (Le « tu bois beaucoup trop » de Steffen à sa mère alors qu’il ne l’a pas vue depuis 12 ans), les traumatismes divers et variés, les situations outrées à la limite du ridicule, tout concourt à mettre en scène cette dramaturgie du désespoir si chère au genre. Et si Anthony Steffen est le même modèle de non jeu qu’il est d’habitude, Gianni Garko explose dans le rôle du méchant Sartana, instable, inquiétant, provocateur et fou, et grâce à lui, le film passe de justesse au cran supérieur. La mère est folle aussi, la fiancée est résignée, son frère est fou et muet, le reste du casting a peur de mourir, va mourir ou est déjà mort, les contre-plongées donnent le tournis, les mises à mort, que ce soit celle de la mère, celle du juge ou celle du type qui jouait le frère de Ramon dans Pour une poignée de dollars, durent, saignent, suent, dégoulinent de pathos mélodramatique jusqu’au bout des ongles recroquevillés. Ils sont tous en enfer et le spectateur est aux anges. J’aimais déjà beaucoup Gringo joue sur le rouge malgré une pile de défauts a priori insurmontables, j’aime autant Les colts de la violence, parce que malgré les décors fauchés, malgré la fausseté de certaines situations, malgré le ridicule, l’ennui ne pointe jamais son nez, et Alberto Cardone met tout son cœur à l’ouvrage pour apporter sa pelletée de torchis au boueux mais flamboyant édifice qu’est le western spaghetti.
Affiche: Western MoviesMerci à Sartana pour le film

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