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L'Afrique en Noir & Blanc

Publié le 25 août 2009 par Detoursdesmondes
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David Dornbusch nous fait partager son enthousiasme pour l'exposition Louis Gustave Binger explorateur, du fleuve Niger au Golfe de Guinée (1887 1892) au Musée d’Art et d’Histoire de Louis Senlecq , à l’Isle Adam dans le Val d’Oise :

« Intéressante exposition à plus d’un titre.

D’une part, elle permet de découvrir Louis Gustave Binger immensément connu de son vivant. Le récit de ses expéditions faisait la Une des plus grands quotidiens de l’époque et il aura droit à des funérailles nationales en 1936.
Il naît en 1856 en Alsace. Il s’engage jeune, est officier d’ordonnance de Gallieni, puis réalise les deux expéditions qui vont le rendre célèbre.
Une première traversée de 4000 kilomètres de Dakar à Grand Bassam en Côte d’Ivoire entre 1887 et 1889, passant par Bamako, Kong (capitale à l’époque, simple village aujourd’hui), Bobo Dioulasso, Ouagadougou…
Les aventures sont innombrables dans un continent qu’il est l’un des derniers à parcourir avant que l’influence coloniale fasse son œuvre et détruise chefferies traditionnelles et villes fortifiées.
Sa seconde expédition de 2000 kilomètres (janvier - juillet 1892) vise à délimiter la frontière entre la Côte d’Ivoire et la Gold Coast (Ghana) britannique (on est quelques années avant Fachoda). Son intérêt est renforcé par le fait qu’il emmène cette fois avec lui un photographe, Marcel Monnier, qui rapporte plus d’un millier de clichés par le procédé de la Photosphère, témoignage extraordinaire sur les Africains, les villes et la nature du Ghana et de la Côte d’Ivoire.

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Suite à ces expéditions, Binger sera notamment gouverneur de Côte d’Ivoire (dont la deuxième capitale portera le nom de Bingerville !), directeur des affaires africaines au Ministère des Colonies. Il meurt en 1936 à l’Isle-Adam, qui continuera à perpétuer sa mémoire. On notera qu’il est le grand-père de l’écrivain Roland Barthes.
Il existe un blog actif sur Binger.

Baoule192Deuxième axe d’intérêt, raison de ma visite et de cette chronique, l’exposition de plusieurs dizaines de pièces de très bon niveau. On trouve des objets de la vie quotidienne (arcs, armes, tissus) et surtout de très belles statues et masques senoufo, agni, lobi, bambara, bobo, ashanti, baoulé.
Les objets exposés proviennent de la collection du musée du Quai Branly ainsi que de collections de très haut niveau dont celle de la galerie Alain Bovis.
Parmi ces pièces, on notera par exemple une splendide statue Senoufo, d’une très grande économie de lignes. Issue de la collection Alain Bovis, cette représentation féminine a peine esquissée, serait issue des pratiques de divination, apanage des groupes de femmes et de la société Sandogo.
Enfin,un coup de cœur pour les œuvres exposées d'Eric Manigaud.
L’artiste reprend à la mine de plomb, en très grand format, les images photographiques de Marcel Monnier de paysages envahis par la végétation.
Le résultat est proprement superbe.

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Le catalogue (30€) est réussi, avec entre autres, plusieurs textes très intéressants sur les différentes approches de la colonisation et la reproduction de l’ensemble des photos retrouvées de Marcel Monnier.

En conclusion, on notera qu’il s’agit d’une exposition quelque peu à l’écart des tendances actuelles de l’art africain. Depuis la fermeture des musées d’art africain « ancienne génération » (musée de l’Homme, Dapper, Mankind...), il est devenu rare - le musée de Tervuren est une exception - de rencontrer des expositions de pièces d’art africain insérées dans un contexte « colonial ».
Si aucune correspondance ne se fait jour entre les œuvres et le contexte historique, la re-création d’un « contexte africain », ici essentiellement par les exceptionnelles photos de Marcel Monnier, est un atout indéniable de l’exposition.
À méditer pour le futur ».

Une exposition à voir avant le 22 septembre
Musee Louis Senlecq - 46, Grande Rue - 95290 L'Isle-Adam
Tél : 01 34 69 45 44

À lire l'article d'Akwaba-Africa sur l'exposition.

Pour info : Dès l’automne 2009, « L’Afrique en Noir & Blanc » sera présentée dans plusieurs bibliothèques et musées français, puis en 2010, au Musée national des Civilisations ivoiriennes à Abidjan (Côte d’Ivoire) et au Musée du district de Bamako (Mali).

Photo 1 : Akassimadou, roi de Krinjabo et sa cour (1892), Marcel Monnier, Cliché photographique pris au photosphère ; 18,6 x 24,3 cm , Aix-en-Provence, Archives Nationales d’Outre-mer (ANOM) © ANOM.
Photo 2 : ?
Photo 3 : Masque baoulé à visage féminin (Côte d’Ivoire), Bois ; H. 45 cm, Collection particulière, © Henri Delage.
Photo 4 : Mission Binger en Côte d’Ivoire # 2 (2007), Eric Manigaud, Mine de plomb et poudre de graphite sur papier ; 177 x 135 cm, Collection particulière, © Eric Manigaud.


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