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Vers un monde sans pauvreté

Publié le 30 août 2009 par Corentin33

YunusJe termine aujourd’hui “Vers un monde sans pauvreté” de Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix et fondateur de la banque Grameen. Excellent témoignage de celui qui a été surnommé “le banquier des pauvres”, à l’origine du concept même de micro-finance. Cet ancien professeur d’économie bengali raconte sa vie, son œuvre et c’est tout à fait passionnant.

Depuis son enfance dans une petite ville du Bangladesh jusqu’à ses conférences à l’ONU en passant par le développement de sa banque des pauvres en Afrique ou à Chicago, Yunus ne cesse d’être animé par une foi inébranlable en la nature humaine et la capacité des oubliés de ce monde à sortir de leur situation de détresse par le biais du crédit solidaire.

Très intéressant de prendre conscience des difficultés rencontrées par Yunus pour imposer sa vision originale de l’aide humanitaire, mais aussi celle d’une activité bancaire absolument opposée à celle qui prévaut dans les banques classiques.

Voici quelques aspects intéressants et originaux de son aventure :

- Il s’est résolu à ne prêter quasi exclusivement qu’à des femmes. Ainsi, il contourne l’emprise des hommes sur les femmes, notamment dans son pays d’origine, le Bangladesh, où la religion musulmane et le schéma rural classique de la société rendent toute initiative très compliquée (vraiment burlesque de lire les descriptions de Yunus parlant aux femmes de son village à travers une paroi de bois pour essayer de les convaincre de rejoindre Grameen…). Et il faut bien avouer que les femmes, ce n’est apparemment pas un cliché lorsqu’on lit ce livre, sont plus responsables et honnêtes que les hommes !

- Il prête sans aucune garantie de solvabilité. D’ailleurs, il prête aux plus pauvres parmi les plus pauvres, qui ne sont bien sûr pas solvables. Or, il obtient un taux de remboursement égal à 98 % en moyenne ! Il compare à de nombreuses reprises ce taux à celui des banques classiques du Bangladesh dans les années 70, de l’ordre de quelques dizaines de pourcents tout au plus. Jamais les banques classiques n’accepteraient de prêter à des clients aussi déshérités. Et ce n’est pas qu’une histoire d’assurance d’être remboursé, mais surtout de frais engagés pour prêter des sommes ridicules, ce qui rendrait l’opération déficitaire.

- L’organisation et le fonctionnement de sa banque Grameen suivent un modèle précis ainsi que des règles morales. Les employés sont recrutés très jeunes et formés par Grameen, avant toute autre expérience dans une autre banque. Ceux-ci doivent passer l’essentiel de leurs journées sur le terrain, à chercher de nouveaux déshérités à qui proposer des prêts solidaires. Ils doivent instaurer une relation de confiance avec leurs clients et sont investis d’une mission de développement et d’accompagnement de ces clients.

- La banque Grameen est détenue par ses clients, il n’y a pas d’autre actionnariat extérieur (à part le gouvernement du Bangladesh, à hauteur de quelques pourcents), ce qui renforce le principe solidaire et non intéressé de Yunus et de Grameen.

- Les taux d’intérêt vont de 20 à 40 % annuels. Ces taux peuvent sembler énormes, à première vue, à des occidentaux de notre genre. Cependant, il faut savoir que d’une part ces taux sont bien moindres que ceux pratiqués par les usuriers et prêteurs sur gages, monnaie courante dans le tiers monde, qui atteignent plutôt 10 à 20 % mensuels et parfois hebdomadaires (!), et d’autre part l’activité de micro-finance implique beaucoup d’employés, donc beaucoup de frais, pour des sommes plutôt basses, ce qui oblige Grameen à pratiquer de tels taux pour être rentable et continuer à exister et à se développer.

- Les pays occidentaux ont eu beaucoup de mal à accepter Grameen, puisqu’il s’agissait clairement d’un transfert de technologies (ou d’idées, de concept…) d’un pays pauvre du Sud vers l’occident riche et développé.

Je finis sur une citation de Yunus : “La qualité de vie d’une société ne devrait pas se mesurer au mode de vie des riches mais à celui de ceux qui sont au bas de l’échelle sociale”.


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