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Il rentre en classe

Par Vanessav
La première rentrée scolaire arrive bientôt. Et oui, le lutin n’a pas encore 3 ans et pourtant il va aller à l’école. C’est vrai que la question de la déscolarisation jusqu’à ses 6 ans (ou plutôt la scolarisation à la maison) s’est posée… un peu unilatéralement toutefois, le papa n’étant pas convaincu. Et pourtant jeudi matin il va aller dans une classe de 20 bambins.
Il rentre en classe


Il est prêt. Dès le début, même à la Maison Verte dont je vous parlais là , il partait à la découverte des autres dans d’autres pièces, en rampant ou en marchant, pouvant passer près d’une heure en confiance à partir du moment où il me voyait passer la tête une fois de temps en temps. Il regarde le monde et les gens, marque un arrêt devant les personnes, que nous ne fréquentons pas assez souvent (timidité simulée ou juste temps nécessaire avant de s’apprivoiser à nouveau), et puis créer sa propre relation jusqu’à vouloir partager même les moments clefs.
Comment être prêt ? Suffit-il de cette autonomie, de cette ouverture vers les autres ? « Françoise Dolto affirme que l’enfant est prêt à aller à l’école lorsqu’à la maison, il est capable de « s’occuper tout seul, jouer tout seul, parler de tous ses agissements, jouer et fabuler avec ses ours, ses poupées, avec ses petites voitures… » (extrait de « Lorsque l’enfant parait, tome 1 »). L’enfant peut être prêt à s’intégrer à une collectivité d’enfants s’il a déjà acquis une certaine autonomie, qu’il se sent sécure et qu’un élan irrépressible le pousse à aller vers autrui et à découvrir le monde. » (extrait de « Accompagner ses premiers pas à l’école », article de Angélique TRIPODI pour le magazine « Grandir Autrement » n°15)
Alors oui, il est prêt, constamment loquace, spontanément partageur de ses découvertes et très demandeur d’activités. De celles qui le recentrent, le stimulent.
Avons-nous choisi la bonne école ? Le postulat pédagogique est celle d’une école publique, la maîtresse parait très motivée et très chaleureuse (au point d’envoyer des cartes de vacances aux enfants). Il apprendra à parler en public, à attendre son tour et à écouter, à vivre en collectivité. Il n’a pas été question d’autres apprentissages mais là n’est même pas la question. J’aurais aimé le mettre en école Montessori, lui permettre jusqu’à 6 ans, de se former seul (tout en étant accompagné, guidé) aux premiers apprentissages. L’aider à comprendre que les méthodes sont individuelles et qu’il est capable d’avoir le déclic de la compréhension et de la solution sans aide d’un adulte. Mais l’école est trop chère.
Je devais aussi me former à cette pédagogie. Je comptais alors pouvoir pallier aux faiblesses de notre lutin ou simplement l’aider à faire seul. Seulement le contexte n’est pas assez favorable à cet investissement de temps et d’argent juste pour accompagné le petit d’homme dans la scolarité normale. Je continue donc mes propres recherches, lis, fouine, achète, construis… je suis toujours en retard, je manque d’organisation, de méthode (et de matériel). Je pense que cela restera longtemps un manque dans mon épanouissement personnel et de maman, mes réflexions me portant très très souvent vers ces attitudes alternatives d’éducation et d’apprentissage, mais les conditions de vie ne laissent pas toujours le choix : c’est un investissement trop important sans débouché professionnel assuré.
Alors il va rentrer à la maternelle publique. Je ne le garderais pas avec moi. Et malheureusement c’est mieux. Malheureusement parce que mes failles de maman sont nombreuses. Si persistantes, si enfouies, si larvées aussi. Je manque de temps pour me construire et rattraper mon temps de vie perdu à survivre. Deux motivations s’affrontent sans me laisser de repos : prodiguer une éducation attentive, affectueuse et estimante… et m’occuper de moi, de ces questions qui me paraissent plus essentielles que de ramener de l’argent à la maison, de « tricoter ma vie », recoudre les points manquants. La résilience de Boris Cyrulnik est encore trop fraiche.
J’ai l’impression d’avoir été maman avant d’être prête à l’être. Prête du fond du cœur oui, prête de ce temps à devenir quelqu’un. Il est arrivé au bon moment, par choix. Mais si incomplète de moi, si demandeuse d’attention, de supports.
Il va aller à l’école parce que je suis encore incapable de lui prodiguer de la vraie présence autant qu’il lui en faut. Je manque de repères, entre autre éducatifs, je manque d’organisation pour permettre la compatibilité d’un temps pour moi (même restreint mais construit) et une vraie attention à lui.
Les moments spontanés de présence, de « soutenance » sont très nombreux mais la journée totale, répétitive sur une semaine, me laisse épuisée, culpabilisante et vide.
Il va rentrer à l’école et je vais revenir au travail. Encore, pas forcément à contrecœur, mais insatisfaite de ne pas avoir choisi ma voie avec confort. Allez, normalement ce seront de très bons moments, épanouissants et nouveaux. Je me prépare et je prépare le lutin à sa première rentrée, cela passe aussi par se laver les mains et s'essuyer le derrière (et le devant).


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