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Sans frontons ni colonnes

Publié le 01 septembre 2009 par Rendez-Vous Du Patrimoine
Sans frontons ni colonnes
zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZCliché I. RambaudUn clocheton la signale de loin rue Bergère (Paris, 9e ). De près, l’illusion est encore parfaite. Il s’agit sans nul doute d’une belle église avec ses codes architecturaux, ses hautes portes d’accès, son « tympan » en demi-cercle, ses médaillons, sa statuaire monumentale.
Si ce n’était cette inscription dans un cartouche rectangulaire « BNP Paribas », on aurait pu entrer y allumer un cierge !
Mais ce n’est pas une église, c’est bien le siège de ladite banque, autrefois Comptoir national d’escompte de Paris.
Entièrement réhabilité selon les normes Haute Qualité Environnementale (HQE), l’immeuble a été inauguré en juin de cette année (dossier de presse).
Confondre une banque et une église n’est pas si absurde.
A vrai dire, on peut s’y tromper tant le culte du dieu argent a depuis le XIXe siècle fait des progrès. Que l’architecture nous y invite clairement, comme ici, est une évidence plausible, elle qui a par ailleurs tant sacralisé les lieux de pouvoir :
- la justice avec les temples que sont les tribunaux, inspirés des lieux de culte gréco-romains
- la politique avec l’Assemblée nationale, son péristyle et son fronton
- l’argent toujours avec la Bourse de Paris et ses colonnades
L’architecture a emprunté les codes du religieux aux lieux de culte pour « sacraliser » les plus laïcs de nos monuments.
A l’inverse, l’Eglise peut réaliser des églises qui n’en ont plus l’apparence. Ainsi la cathédrale d’Evry avec son plan circulaire et sa tour biseautée.
Il y a donc au XXIe siècle de quoi s’y perdre.
Ainsi les églises (traditionnelles) se sont vidées mais d’autres « lieux de culte » se sont multipliés et remplis sans que les codes de l’architecture les désignent comme tels. L’art du camouflage.
Connaître les « lieux de culte » d’aujourd’hui et leurs formes actuelles revient à s’interroger sur les dieux adorés par notre siècle débutant et sur notre capacité à inventer des formes nouvelles.
J’en vois au moins trois qui sont tous, à vrai dire, les esclaves de la déesse Consommation.
Celle-ci, on le sait, se fait adorer dans les galeries et centres commerciaux où les adeptes viennent pousser le caddie. Des formes simples, un parallélépipède rectangle de type entrepôt suffit. Pas de décor particulier, de la tôle, du béton, du verre. C’est fonctionnel et rien n’est accordé au rêve ou à l’instruction. A l’intérieur, les rangées d’étagères sont toutes dirigées vers la sainte table, c’est à dire la caisse où tout le monde passe. Les lieux de culte sont clonés quelque soit la région ou le pays. Après tout, nous avons sans doute là ce que nos dieux méritent : pauvreté de formes et de matériaux.
Les sous-dieux sont au service de la déesse Consommation : le dieu de la chanson qui accueille en masse ses adeptes dans les grands stades (forme elliptique), le dieu du sport qui s’y retrouve aussi et, pour la parité, la déesse de l’image mais qui elle n’a pas besoin de temple puisqu’elle se diffuse, en direct à chacun, à travers les écrans (téléviseurs, ordinateurs, téléphones, pages de magazines, panneaux de rue etc…).
Mais laissons les nouveaux « lieux de culte » ! Je n’espère pas beaucoup qu’ils s’améliorent tous dédiés qu’ils sont au Super Dieu Argent.
En revanche, si un effort pouvait être fait au service de l’humanité pour que l’architecture qui lui est due (les logements, les hôtels, les prisons…) soit vraiment digne d’elle et de notre terre, quel progrès ! C’est un enjeu monumental pour l’avenir et qui peut requérir les plus belles intelligences : après les dieux, ceux de l’Eglise et de ses dérivés, l’homme enfin ! Sans frontons ni colonnes, juste du bien-être pour notre temps d’ici bas.Merci pour votre lecture ! Thank you for reading !

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